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	<title>Sport Fever &#187; URSS</title>
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		<title>Miracle on ice (Partie 2)</title>
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		<pubDate>Wed, 01 Apr 2009 08:11:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Au cœur de l’arène olympique

Le tournoi de hockey des Jeux est prévu pour se dérouler en deux phases : les douze équipes participantes sont réparties en deux groupes, les deux leaders de chaque côté à la fin de ce premier tour se retrouvant dans une poule finale à quatre au cours de laquelle les points [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4 style="text-align: justify;">Au cœur de l’arène olympique</h4>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_433" class="wp-caption alignright" style="width: 275px"><img class="size-full wp-image-433" title="craig" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/04/craig.jpg" alt="Jim Craig" width="265" height="220" /><p class="wp-caption-text">Jim Craig</p></div>
<p style="text-align: justify;">Le tournoi de hockey des Jeux est prévu pour se dérouler en deux phases : les douze équipes participantes sont réparties en deux groupes, les deux leaders de chaque côté à la fin de ce premier tour se retrouvant dans une poule finale à quatre au cours de laquelle les points obtenus contre l’autre formation qualifiée sont conservés. Les Américains se retrouvent dans le groupe bleu, et évitent l’Union Soviétique, mais vont se trouver confronter à d’autres adversaires particulièrement redoutables. La qualification pour le second tour est loin d’être acquise d’avance, et la première rencontre face à la Suède va tirer la sonnette d’alarme. Menés deux buts à un durant le troisième tiers, les boys ne doivent leur salut qu’à un sursaut du défenseur Bill Baker, qui égalise à vingt-sept secondes du coup de trompe final. Ce premier point glané dans la douleur va cependant mettre sur orbite un groupe de plus en plus uni, et déjà au pied du mur avant d’affronter la Tchécoslovaquie, autre grande école de hockey européenne, habituée des podiums (douze médailles consécutives aux mondiaux dont trois titres en 1972, 1976 et 1977, deux médailles de bronze aux Jeux à Innsbruck en 1964 et Sapporo en 1972, et deux d’argent à Grenoble en 1968 et Innsbruck en 1976). Emmenés par les frères Stastny (Petr, Marian et Anton, qui feront les beaux jours de la franchise des Nordiques de Québec durant la décennie 80), ils sont les candidats les plus sérieux à l’obtention de la médaille d’argent. Malheureusement pour eux, ils tombent sur une équipe américaine révoltée, et survoltée, qui leur inflige une petite correction (7-3), en offrant un récital de vitesse et de collectif (sept buteurs différents) des plus séduisants. Les hommes à la bannière étoilée sont désormais entrés dans leur tournoi : la Norvège (5-1) et la Roumanie (7-2) ne sont que pures formalités, et l’Allemagne de l’Ouest, bien que crainte par Herb Brooks et menant un temps 2-0, ne résiste pas elle non plus, battue 4-2.</p>
<p style="text-align: justify;">Les Américains sont ainsi qualifiés pour la ronde finale. Seule ombre au tableau, ils finissent à la seconde place du groupe, les Suédois ayant également remporté tous leurs matchs, avec une meilleure différence de buts. Ils devront donc affronter lors de leur première rencontre les Soviétiques, qui ont sans surprise surclassé leurs adversaires de poule et sont plus que jamais favoris pour la conquête du titre suprême.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h4 style="text-align: justify;">Seul un miracle…</h4>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_436" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-436" title="eruzione1" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/04/eruzione1-300x176.jpg" alt="Mike Eruzione" width="300" height="176" /><p class="wp-caption-text">Mike Eruzione</p></div>
<p style="text-align: justify;">22 février, l‘heure du grand défi a sonné. Dans le vestiaire américain, Herb Brooks distille les dernières consignes à ses troupes et tente de trouver les mots justes pour les motiver, alors qu’ils sont au pied d’un Everest vertigineux. Sa plus vive inquiétude est que son équipe ait trop d’égards envers des adversaires qu’ils magnifient, et que le cauchemar du Madison ne rejaillisse dans les têtes à un moment donné. Durant la traditionnelle causerie d’avant-match, il leur déclare ainsi : « <em>Les grands moments naissent de grandes opportunités. Et c’est ce que vous avez, ce soir […] Ce moment est le vôtre</em>. »</p>
<p style="text-align: justify;">Les joueurs américains entrent sur la glace plus déterminés que jamais, mais doivent faire face à une vague rouge. Les Soviétiques privent leurs adversaires de palet et font le siège de la cage d’un Jim Craig qui apparaît rapidement être dans un bon soir. Littéralement bombardé (dix-huit tirs lors de la première période), il multiplie les sauvetages de grande classe, mais ne peut rien lorsqu’à la neuvième minute de jeu, Vladimir Krutov dévie un lancer d’Aleksei Kasatonov, ne lui laissant pas la moindre chance. Les hommes de Brooks restent cependant concentrés, défendent en bloc et font preuve d’une solidarité à toute épreuve. Sur une récupération à la bleue, Mark Pavelich adresse une transversale millimétrée pour Buzz Schneider, qui décoche un slapshot foudroyant finissant sa course dans la lucarne opposée de Valdislav Tretiak. La joie est malgré tout de courte durée, puisque dans la foulée, Sergei Makarov, d’un subtil revers, redonne l’avantage aux siens. La sirène annonçant la fin du premier tiers approche, et l’on se dit que les Américains ont déjà réussi un petit exploit en tenant ainsi tête à l’ogre soviétique durant vingt minutes.</p>
<p style="text-align: justify;">Moins de dix secondes à jouer, le défenseur Dave Christian envoie un dernier tir de son camp, sans danger apparent. Tretiak, faisant preuve d’une nonchalance inhabituelle, repousse de la botte et laisse un rebond surprenant. L’arrière-garde soviétique, léthargique sur l’action, ne voit pas Mark Johnson s’infiltrer, récupérer la rondelle, avant de tromper un Tretiak médusé. Le chronomètre affiche alors zéro seconde. Après délibération, et malgré les protestations de Tikhonov, les arbitres valident le but. Les Américains sont dès lors plus que jamais dans la partie.</p>
<p style="text-align: justify;">Au retour sur la glace, une immense surprise attend le public et les deux formations. Tikhonov, visiblement exaspéré par l’erreur de son cerbère, a décidé de le sanctionner et de le remplacer. A la légende vivante Tretiak succède ainsi dans entre les poteaux soviétiques Vladimir Myshkin, gardien de talent, mais ne possédant ni l’expérience, ni l’aura de son aîné. Les rouges accélèrent néanmoins le rythme, reprennent l’avantage au bout de deux minutes par l’intermédiaire d&#8217;Alexandre Maltsev en supériorité numérique et étouffent peu à peu leurs rivaux, ne leur laissant que deux petits tirs en tout et pour tout lors de cette période. Portés par un Jim Craig en état de grâce, les Américains font front et regagnent les vestiaires avec un seul but de retard au tableau d’affichage. A l’aube d’un troisième tiers décisif qui s’annonce palpitant, le suspense reste entier.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-medium wp-image-441" title="miracle21" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/04/miracle21-228x300.jpg" alt="miracle21" width="228" height="300" />Portés par une foule toute acquise à leur cause, les boys jettent leurs dernières forces dans la bataille. La préparation savamment concoctée par Herb Brooks, basée sur un conditionnement physique strict et méticuleux, porte ses fruits. Les joueurs américains sont désormais capables de rivaliser durant toute une rencontre avec leur homologues soviétiques sur le plan du patinage et ils imposent en outre à ces derniers un pressing avant qui leur pose énormément de problèmes. Les Rouges balbutient leur hockey, commencent à déjouer et à s’impatienter. Krutov écope bientôt d’une pénalité pour crosse haute. La pression s’accentue devant la cage de Myshkin, mais la défensive tient le choc. La supériorité numérique touche à sa fin. Sur une ultime incursion dans la zone soviétique, Mark Johnson reçoit une passe de Dave Silk au second poteau, et égalise en trouvant l’ouverture entre les jambes de Myshkin. Trois buts partout, la patinoire de Lake Placid entre en ébullition.</p>
<p style="text-align: justify;">Une minute plus tard, après une nouvelle parade décisive de Craig, le palet revient sur Schneider, qui adresse un tir lointain, stoppé facilement par Myshkin. Le forecheck orchestré par Harrington et Pavelich fait cependant perdre le contrôle de la rondelle à la défense. Elle échoit dans la palette du capitaine Mike Eruzione, qui d’un lancer balayé puissant, crucifie le portier soviétique, et plonge l’Amérique entière dans une transe indescriptible. Les USA sont pour la première fois du match en tête et ils ne lâcheront plus cet avantage, Jim Craig enrayant les dernières tentatives d’une armée rouge désespérée. Durant les derniers instants de cette rencontre électrisante et suffocante, le commentateur d’ABC, Al Michaels, lâche cette phrase, passée à la postérité : « <em>Eleven seconds, you’ve got ten seconds, the countdown going on right now ! Morrow, up to Silk. Five seconds left in the game. Do you believe in miracles ? YES !</em> » (Onze secondes, il vous reste dix secondes, le compte à rebours a commencé ! Morrow, pour Silk. Il reste cinq secondes dans le match. Croyez-vous aux miracles ? OUI !). Le coup de trompe final retentit, et c’est dans une explosion d’allégresse inénarrable que les joueurs sanctifient leur triomphe, accompagnés d’un vrombissant «<em> USA ! USA ! USA !</em> », entonné par le public de Lake Placid, en communion absolue avec son équipe .</p>
<p style="text-align: justify;">Les College boys, ces universitaires amateurs, viennent ainsi de réaliser un exploit sensationnel en venant à bout de la Dream Team soviétique. Pourtant, rien n’est alors acquis quant à la médaille d’or, le système de poule finale laissant encore la possibilité à la Suède et à l’URSS de terminer en tête. Une défaite contre la Finlande, et le rêve serait brisé net… Jim Craig déclare ainsi en conférence de presse : « <em>Si nous ne gagnons pas demain, les gens nous oublieront</em>. » Mais, portés par l’élan indicible impulsé par la victoire contre les Soviétiques, les hommes de Brooks ne faillent pas, et malgré quelques frayeurs (ils sont notamment menés 2-1 à l’abord du dernier tiers), remportent la rencontre 4-2, et hissent la bannière étoilée sur le toit de l’olympisme, prolongeant le miracle jusqu’à son terme.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette médaille d’or, outre le caractère épique inspiré par l’apothéose sportive, réchauffe le cœur d’une Amérique meurtrie. La victoire de ses boys est une étincelle rédemptrice, qui lui insuffle le sentiment dont elle a le plus besoin dans les jours sombres qu’elle traverse : l’espoir.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<pre>Crédits photos :
- W.L &amp; Associates, Inc.
- The Agency Group, LTD.
- Sports Illustrated</pre>
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		<title>Miracle on ice (Partie 1)</title>
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		<pubDate>Mon, 30 Mar 2009 16:54:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">En cette fraîche soirée d’hiver, ils sont des millions d’Américains, suspendus à leur poste de télévision, à prier pour un miracle. Auquel personne ne croit. Auquel tout le monde, pourtant, a envie de croire. Vietnam, Watergate, Téhéran, inflation, chômage… Des noms qui résonnent comme une angoisse incandescente au pays de l’Oncle Sam. Au début des années 1980, la bannière étoilée est en berne. Les revers successifs subis par le pays sur la scène internationale ont affecté la population au plus haut point, et mis à mal le patriotisme hyperbolique de la nation entière. La guerre froide entre dans une phase nouvelle, caractérisée par un regain des tensions aux quatre coins de la planète. L’ambassade américaine est prise en otage en Iran, l’Union Soviétique vient d’envahir l’Afghanistan, et les Jeux de Moscou sont sur le grill.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce 22 février 1980, c’est ainsi tout un pays qui s’unit derrière ses boys, ces hockeyeurs encore amateurs, qui s’apprêtent à défier l’ogre soviétique sur la glace de Lake Placid. Plus qu’une banale rencontre de hockey, c’est la fierté, l’orgueil, l’honneur des Etats-Unis qui est en jeu dans cet affrontement au sommet. Pourtant, leurs chances de remporter cette bataille sont dérisoires, voire inexistantes. C’est pourquoi, ils espèrent tous, en secret… un miracle.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h4 style="text-align: justify;">Le Goliath soviétique</h4>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl id="attachment_427" class="wp-caption alignright" style="width: 310px;">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-medium wp-image-427" title="soviet1979" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/soviet1979-300x203.jpg" alt="L'équipe soviétique après sa victoire face aux All-Stars NHL en 1979" width="300" height="203" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">L&#8217;équipe soviétique après sa victoire face aux All-Stars NHL en 1979</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">Du 13 au 24 février 1980 doivent se tenir à Lake Placid, station située dans les Appalaches, les XIIIème Jeux olympiques d’hiver. Au cœur du conflit glacé, l’opposition entre les nations de l’Est et leurs hôtes américains, est attendue comme un test grandeur nature par les superpuissances, qui ambitionnent d’étendre leur supériorité idéologique sur le terrain sportif. Le tournoi de hockey sur glace, épreuve phare de la compétition, semble cependant, dès le départ, dévolu aux Soviétiques. En effet, depuis 1972 et une certaine <a href="http://www.sport-fever.com/?p=160" target="_blank">série du siècle</a>, plus personne outre-Atlantique n’ose remette en cause le talent et le savoir-faire de l’armada rouge, qui, telle une tornade, balaie tous ses opposants dans les diverses manifestations auxquelles elle prend part. Les hommes au maillot flanqué du célèbre « CCCP » restent sur quatre titres consécutifs aux Jeux, et ont remporté quatorze des dix-sept derniers championnats du monde. Durant la décennie 70, ils défient en outre ponctuellement des formations professionnelles, qu’ils domptent régulièrement	(notamment lors des Summit series de 1974, ou encore en 1979 lorsqu’ils humilient une équipe All-Star composée d’éléments de la Ligue Nationale six buts à zéro). A l’issue de ce camouflet, Frank Mahovlich, ailier gauche de Montréal et toujours friand de bons mots, déclare : «<em> Si vous les mettez au football, en deux ans ils seront capables de remporter le Superbow</em>l ».</p>
<p style="text-align: justify;">Le mythique entraîneur Viktor Tikhonov possède dans ses rangs des joueurs hors du commun, des légendes vivantes comme  Boris Mikhailov, Alexander Maltsev, Vladimir Petrov, Valery Kharlamov, Vladislav Tretiak, et de jeunes étoiles en devenir, qui ont pour noms Viacheslav Fetisov, Vladimir Krutov ou Sergei Makharov. Outre leurs prédispositions naturelles pour le jeu au-dessus de la moyenne, ces athlètes, dont le statut amateur n’est que fiction sournoise leur permettant de participer aux grands événements internationaux, se dévouent corps et âme à la pratique du hockey, évoluant pour la majorité dans le même club, le CSKA Moscou, et s’entraînant ensemble onze mois dans l’année. La mécanique est parfaitement huilée, et c’est une authentique « Dream Team » qui se présente à Lake Placid, avec un seul et unique objectif : l’or.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h4 style="text-align: justify;">La méthode Brooks</h4>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl id="attachment_426" class="wp-caption alignleft" style="width: 239px;">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-full wp-image-426" title="brooks" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/brooks.jpg" alt="Herb Brooks" width="229" height="280" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Herb Brooks</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">Du côté américain, la lourde tâche de former une équipe compétitive pour ces Jeux à domicile incombe à Herb Brooks, ancien international et coach universitaire à succès (il remporte notamment trois titres NCAA derrière le banc des Golden Gophers de Minnesota en 1974, 1976 et 1979). Il connaît parfaitement les rouages du hockey amateur, et se lance dans sa quête un an et demi avant la cérémonie d’ouverture. Pour ce faire, il organise un camp d’entraînement à Colorado Springs, regroupant près de 200 joueurs, qu’il observe scrupuleusement durant quelques jours, avant d’établir sa sélection. Brooks est un perfectionniste absolu, qui possède une conception originale du hockey, et qui sait exactement ce qu’il peut, et veut tirer de ses protégés.</p>
<p style="text-align: justify;">Il sait pertinemment que son équipe ne pourra rivaliser avec les Européens, et a fortiori les Soviétiques, sur le plan du talent et de la technique individuelle. Il a pris note des leçons infligées par la machine rouge aux professionnels nord-américains les années précédentes : « <em>Les formations All-Star ont failli car elles se sont trop reposées sur le talent de leurs individualités, et les Soviétiques retournent ce talent contre vous au travers d’un système mis en place pour améliorer leur équipe. Je souhaite accaparer ce système et les battre à leur propre jeu</em> ». L’escouade qu’il ambitionne ainsi de constituer devra être rigoureuse, solidaire, et se focaliser sur la vitesse d’exécution et le jeu en mouvement, sans se débarrasser et courir systématiquement derrière la rondelle. Il réunit un groupe de vingt joueurs, à qui il impose une discipline draconienne : il instaure des stages de préparation au cours desquels son équipe est soumise à un intense conditionnement physique, suivis d’une tournée de quatre mois en Europe et en Amérique du Nord. Rapidement, cependant, des dissensions se font jour au sein du groupe. La plupart des joueurs sont en effet issus de deux universités rivales, Minnesota et Boston, qui se retrouvent toutes les saisons en lutte pour le gain du Frozen Four. La gestion des égos est délicate, et plusieurs bagarres éclatent à l’entraînement. Brooks va alors reprendre les choses en main. Il admoneste ses protégés : « <em>Si vous voulez régler de vieux comptes, vous êtes dans la mauvaise équipe</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;">Et, en se faisant volontairement détester d’eux par ces méthodes martiales et une pression psychologique constante, il va devenir le vecteur unificateur de l’équipe. Les paroles du médecin en chef du Team USA, vont en ce sens : « <em>S’ils commencent à le haïr, ils arrêteront peut-être de se détester les uns les autres</em>. » Afin d’obtenir le meilleur de ses favoris, l’entraîneur n’hésite pas à les rabaisser constamment, à jouer avec leur orgueil, à les piquer au vif. Il signale ainsi à son gardien titulaire, Jim Craig, qu’il le trouve fatigué avant l’ouverture de la compétition, et qu’il regrette de l’avoir fait trop joué, bien qu’il n’en pense mot. Il connaît exactement l’état d’esprit de son cerbère, qui fonctionne à la motivation et se transcende lorsque la tension est à son paroxysme. D’autres joueurs se souviennent des relations conflictuelles entretenues avec leur coach despotique, à l’image du cadet de l’équipe Mike Ramsey, 18 ans à l’époque, qui confesse : «<em> Il mettait la confusion dans nos têtes à chaque opportunité</em> », ou de Mike Eruzione : « <em>Si Herb venait chez moi aujourd’hui, ce serait toujours inconfortable.</em> »</p>
<p style="text-align: justify;">Toutefois, tous le respectent, et prêtent une oreille attentive à son discours. Brooks est un anti-communiste avéré et aspire à donner à ses troupes l’envie et la force mentale nécessaires pour triompher de l’ennemi soviétique sur la glace. Il veut leur faire prendre conscience que les hommes de Tikhonov ne sont pas des dieux, mais bien des mortels, qu’il n’est pas impossible de vaincre. Il n’hésite pas ainsi à comparer Boris Mikhaïlov à Stan Laurel (de Laurel et Hardy), attestant : « <em>Vous pouvez battre Stan Laurel, non ?</em> », et déclare au travers d’une des nombreuses formules métaphoriques dont lui seul a le secret, et qui seront bientôt intitulées « Brook-ismes », qu’il faut «<em> regarder le tigre dans les yeux et lui cracher au visage</em>. »  Une véritable cohésion commence à émerger au sein du groupe, mais il en faudra bien plus. A quelques encablures du coup d’envoi du tournoi olympique, les Américains affrontent la machine de guerre soviétique, lors d’une rencontre à guichets fermés disputée au Madison Square Garden. Les boys sont étrillés sur le score sans appel de 10 à 3, dans un match au cours duquel ils ne font même pas illusion. La sanction est lourde, et ramène les plus optimistes sur Terre : il y a plus d’une classe de différence entre les deux formations et les espoirs de voir l’équipe à la bannière étoilée ramener ne serait-ce qu’une médaille de bronze de Lake Placid flirtent avec le néant…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<pre style="text-align: justify;"><em>Crédits photos :
- Getty Images / Focus on sport
- Hockey all of fame and museum
</em></pre>
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		<title>Moscou 1980 &#8211; L&#8217;olympisme dans la tourmente (Partie 5)</title>
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		<pubDate>Fri, 20 Mar 2009 12:04:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le rôle ambigu du gouvernement français face au boycott


En Janvier 1980, au moment où Carter brandit la menace du boycott, Valéry Giscard D&#8217;Estaing entre dans une période charnière de son mandat : il est déjà en train de préparer l&#8217;élection présidentielle de 1981, et il espère briguer une seconde investiture. Attaché à la détente et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4>Le rôle ambigu du gouvernement français face au boycott</h4>
<p><br/></p>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_407" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-407" title="vge" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/vge-300x244.jpg" alt="VGE" width="300" height="244" /><p class="wp-caption-text">VGE</p></div>
<p style="text-align: justify;">En Janvier 1980, au moment où Carter brandit la menace du boycott, Valéry Giscard D&#8217;Estaing entre dans une période charnière de son mandat : il est déjà en train de préparer l&#8217;élection présidentielle de 1981, et il espère briguer une seconde investiture. Attaché à la détente et au dialogue avec l&#8217;Est d&#8217;un côté, et ne s&#8217;entendant pas vraiment avec Carter de l&#8217;autre, il fait preuve d&#8217;une grande modération au départ sur la question des Jeux, se contentant de condamner l&#8217;intervention en Afghanistan, mais ne voulant pas s&#8217;inscrire dans une politique de sanctions à l&#8217;égard de l&#8217;Union Soviétique comme le préconise la Maison Blanche. Au travers de cette attitude semble transparaître la volonté de garder les portes ouvertes, et de jouer sur tous les tableaux. En ménageant Moscou, VGE souhaite pouvoir donner à la France le rôle mondial qu&#8217;elle entend jouer dans les relations bipolaires, en se posant en partenaire privilégié de l&#8217;URSS.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette façon d’agir revêt également une utilité pour sa politique intérieure, puisqu&#8217;en maintenant des rapports avec le Kremlin, le gouvernement se garde de froisser un électorat communiste qui, du fait de ses querelles répétées avec François Mitterrand, pourrait aider à sa réélection un an plus tard. D&#8217;autre part, en ne s&#8217;alignant pas sur les États-Unis, il détourne les critiques sur ses « dérives atlantistes », ce qui a pour effet de réjouir les gaullistes les plus convaincus.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette politique, qualifiée par Dominique Maliesky de « fuite en avant », révèle bien des ambiguïtés. Le gouvernement fait-il preuve d&#8217;attentisme du fait de désaccords au plus haut niveau, et d&#8217;hésitations quant à l’attitude à adopter, ou alors est-il foncièrement pour un boycott et en ce cas, veut laisser le soin aux instances sportives de porter le chapeau d&#8217;une non-participation ?</p>
<p style="text-align: justify;">Selon Maliesky, les deux hypothèses sont intimement liées, l’Élysée ayant sans doute agi avec la plus grande prudence, face à une opinion majoritairement pour la participation aux Jeux de Moscou : « Tout en étant dans son ensemble plutôt favorable à un boycott des Jeux, le gouvernement s&#8217;est mis à douter toujours plus de l&#8217;opportunité et du bien-fondé d&#8217;une telle mesure sous la pression de l&#8217;opinion publique, d&#8217;une majorité de la classe politique, de certains responsables sportifs et des athlètes opposés à une sanction olympique et au regard de l&#8217;isolement de la position américaine sur la scène internationale ». Revenons en détail sur les principales caractéristiques de cette politique française.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur la scène internationale, la France condamne l&#8217;action soviétique en Afghanistan, mais seulement verbalement : aux Nations Unies le 7 janvier tout d&#8217;abord, puis au conseil des ministres, le 22 janvier. Mais le gouvernement n’a recours à aucunes représailles : cette façon de procéder se justifie par la « nécessité de garder ouverte la porte de la communication avec l&#8217;Union Soviétique », tel que le déclare Jean François-Poncet, alors ministre des affaires étrangères. Cette politique parée des couleurs de la complaisance atteint son apogée lorsque, le 19 mai 1980, Valéry Giscard d&#8217;Estaing entreprend un voyage éclair à Varsovie, pour y rencontrer le leader soviétique Leonid Brejnev, et évoquer avec lui l&#8217;affaire afghane. Il semble satisfait de son action, si l&#8217;on considère ses déclarations lors du journal télévisé de TF1 : « Les entretiens que j&#8217;ai eu avec M.Brejnev ont atteint leur but [...] qui était de permettre, pour la première fois, depuis le début de cette année d&#8217;avoir une explication au plus haut niveau sur l&#8217;évolution de la situation internationale et la manière de réduire les tensions qui l&#8217;affectent. [...] Les chances de la détente Est-Ouest ont été incontestablement renforcées ». Ce voyage, si décrié par la suite, et qui donnera l&#8217;occasion à François Mitterrand d&#8217;affubler Giscard d&#8217;Estaing du surnom de « petit télégraphiste », montre au grand jour les limites de la diplomatie française. En voulant agir dans l&#8217;intérêt d&#8217;une détente, dont les fondements sont déjà sapés depuis un moment, et mettre la France en première ligne dans les relations bilatérales, il réalise en fait une erreur de calcul, en apportant une sorte d&#8217; « honorabilité politique » à l&#8217;Union Soviétique. Brejnev malade, la diplomatie du Kremlin tient dans les mains de Gromyko qui place la relation avec Washington au premier rang, et se « sert des pays européens selon les circonstances ». Cette entrevue de Varsovie apparaît ainsi dans ce contexte, dépourvue de sens et inutile.</p>
<p style="text-align: justify;">Face aux États-Unis, le gouvernement français adopte une attitude qui se situe dans la plus pure tradition du gaullisme, en faisant prévaloir l&#8217;indépendance nationale et le refus de l&#8217;alignement atlantique, comme en témoignent les propos de Jean François-Poncet, le 6 janvier 1980 : «  La France n&#8217;entend pas, dans cette affaire, que tout à coup sa diplomatie soit alignée sur celle d&#8217;autres pays. [...] Elle a une diplomatie indépendante et, en matière de détente [...] elle a une responsabilité particulière ». La France se tourne alors vers la République Fédérale d&#8217;Allemagne, avec pour objectif de faire peser le poids de l&#8217;Europe dans le débat. Le 5 février 1980, le sommet franco-allemand débouche sur une « déclaration commune », mais elle est en fin compte un échec, puisque les deux nations choisissent une orientation différente au moment du choix concernant la participation.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette dualité politique française au niveau international, se retrouve également à l&#8217;intérieur de ses frontières. Dans un premier temps, il semble que le gouvernement soit bien hostile au boycott et désireux de laisser son autonomie au mouvement sportif. On en revient toujours à la position officielle arrêtée le 23 janvier lors du conseil des ministres, qui laisse cependant entrevoir les possibilités d&#8217;un éventuel revirement : « sa formule [nous parlons du communiqué] est d&#8217;ailleurs suffisamment vague pour permettre non seulement des interprétations variées, mais également les tractations et les transactions entre pouvoirs publics et dirigeants sportifs de telle sorte que ces derniers se déterminent dans le sens souhaité par le gouvernement ».</p>
<p style="text-align: justify;">Au niveau international, la situation évolue et Washington voit de plus en plus de pays se rallier à sa cause. La France, qui a ouvertement condamné le boycott et a refusé de s&#8217;aligner, ne voudrait cependant pas être l’une des seules nations du bloc de l&#8217;Ouest à faire le déplacement en URSS pour s’engager dans des Jeux qui prendraient dès lors la forme de « spartakiades » : « si le gouvernement français a refusé d&#8217;être isolé dans un boycott, il craint tout autant d&#8217;être un des seuls pays européens à se rendre à Moscou ». Il semble dès lors, que l’incertitude s’installe au plus haut niveau décisionnel, et qu&#8217;apparaisse un nouveau souffle en faveur du boycott, dont le chef de file serait le président : « A l&#8217;examen, [...] la confusion règne, confusion au milieu de laquelle semble se dégager un sentiment croissant en faveur du boycott animé, selon toutes probabilités, par le Président de la République lui-même ». Mais la manœuvre est délicate.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, comment faire accepter un boycott à une opinion française, profondément attachée aux idéaux olympiques et à l&#8217;héritage du baron de Coubertin ? De plus, la majorité politique semble se dégager en faveur de la participation, et il convient de préserver l&#8217;électorat (notamment communiste) à quinze mois de l&#8217;échéance présidentielle. Un débat parlementaire sur la question paraît trop risqué, car il pourrait discréditer le gouvernement : « un débat eut ressemblé à une véritable cacophonie du fait que la ligne de clivage passe au milieu des partis politiques. [...] La majorité serait allée à la bataille et aurait voté de manière tout à fait dispersée. [...] Les résultats auraient été très certainement favorables majoritairement à une participation ».</p>
<p style="text-align: justify;">Le dernier recours du gouvernement pour mener à bien sa « stratégie » repose sur les instances sportives, et plus particulièrement le CNOSF, sur lequel de « discrètes pressions » vont être exercées. Celui-ci affirme pourtant dès le départ son indépendance vis-à-vis du domaine politique, et s&#8217;empresse d&#8217;accepter l&#8217;invitation pour les Jeux olympiques ce, dès le 22 janvier. Cependant, le président du Comité Claude Collard (qui apparaît sur les listes de soutien à la candidature de Giscard d&#8217;Estaing), semble avoir joué un rôle particulier : c’est un homme qui se caractérise indubitablement par une certaine ambivalence dans ses prises de position. Maliesky s&#8217;interroge ainsi : « a-t-il choisi d&#8217;attendre et de différer la réponse, a-t-il au contraire sciemment joué double jeu, assurant le gouvernement d&#8217;un boycott et ses troupes d&#8217;une participation ou a-t-il été débordé par le conseil d&#8217;administration lors du vote du 13 mai ? En l&#8217;absence de toute preuve dans un sens ou dans l&#8217;autre, aucune hypothèse n&#8217;est à exclure a priori ».</p>
<p style="text-align: justify;">La volonté de tenir les affaires sportives à l&#8217;abri de toute ingérence politique est pourtant fictive. Les pouvoirs publics délivrant les subventions nécessaires au fonctionnement du CNOSF, et régissant des institutions comme l&#8217;INSEP, ont sur le sport une influence non négligeable : « L&#8217;indépendance du mouvement sportif est illusoire, car le pouvoir sportif n&#8217;a que l&#8217;autorité que veut bien lui accorder le pouvoir politique, qu&#8217;il lui accorde effectivement dans toutes les circonstances qui l&#8217;arrangent mais qu&#8217;il lui supprimera en cas de nécessité »1. Ainsi, malgré ses déclarations (il réitère à plusieurs reprises la volonté française de participer aux Jeux, notamment pour calmer les protestations des athlètes), et ses gages de bonne volonté (il est l&#8217;instigateur de la réunion de Rome au mois de mai, qui instaure la dépolitisation des Jeux pour les pays européens), Collard a semble-t-il été soumis à des pressions émanant « d&#8217;en haut » : « durant les jours précédant la réunion du CNOSF, il ne fait plus aucun doute que J.P. Soisson a pour mission de faire entendre raison au comité olympique et de l&#8217;amener au renoncement », en raison du fait que l&#8217;olympiade moscovite prend de plus en plus les traits d&#8217;une « spartakiade ». Le président du CNOSF ne fait à aucun moment mention de cette manipulation : il réaffirme que son mouvement a une totale liberté d&#8217;action dans cette affaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais l&#8217;hypothèse la plus probable est la suivante : « si les pouvoirs publics lui laissent toute latitude, c&#8217;est en fait pour décider d&#8217;une non-participation. [...] Collard assure à J.P. Soisson que la décision de son mouvement sera conforme aux attentes du président de la République. Il semblerait donc « qu&#8217;il a joué double jeu aussi longtemps qu&#8217;il a pu ». Le 13 mai, ne pouvant enrayer le flot qui devait conduire la France en terre soviétique, il doit se plier au vote et confirmer la participation aux Jeux olympiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour accréditer cette thèse, précisons que Maliesky a entrepris de récolter les témoignages de plusieurs dirigeants du CNOSF de l&#8217;époque, lesquels lui ont confirmé « qu&#8217;ils avaient été soumis à des pressions officieuses sous la forme de coups de téléphone et d&#8217;injonctions », l&#8217;un d&#8217;eux allant jusqu&#8217;à les qualifier de &laquo;&nbsp;chantage&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;">Au terme de cette affaire, les tricolores participent bien aux épreuves organisées à Moscou en juillet, sous les couleurs olympiques, mais personne n&#8217;a été dupe quant à la politique mise en place par le gouvernement. A l&#8217;étranger, on fustige la diplomatie française : le <em>Washington Post</em> dénonce les « ruses et artifices gaulois »2, tandis que l&#8217;hebdomadaire <em>Time</em> qualifie la stratégie élyséenne de « double jeu complexe »3. En voulant jouer sur tous les tableaux, le pouvoir français a paradoxalement fait preuve d&#8217;immobilisme. Sa politique sur la question est marquée par ses atermoiements et une mauvaise appréciation des réalités mondiales, ce qui fait dire à Alfred Grosser : « le comportement de la France traduit une volonté de profiter de tous les avantages du neutralisme, mais sans en assumer les risques éventuels ».</p>
<p style="text-align: justify;">Nous nous apercevons ainsi, que même dans un pays lié à l&#8217;olympisme comme la France, les ingérences de la politique dans le sport peuvent être nombreuses. Les tergiversations au plus haut niveau de l&#8217;État français – tendant à imposer sa volonté à un mouvement sportif qui fera front malgré tout – vont dans ce sens.</p>
<p style="text-align: justify;">En pleine guerre froide, le spectre de la politique projette une ombre malsaine sur les anneaux brisés, et les plus vives inquiétudes se font sentir à quatre ans des prochains Jeux, qui doivent se dérouler au pays de Ronald Reagan : la Californie.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Notes</span></p>
<p style="text-align: justify;">1- <em>Le Matin</em>, 4 janvier 1980.</p>
<p style="text-align: justify;">2- <em>Wahinston Post</em>, 17 mai 1980.</p>
<p style="text-align: justify;">3- <em>Time</em>, 26 mai 1980.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;">Toutes les autres citations sont extraites de l’ouvrage suivant :</p>
<p style="text-align: justify;">Dominique Maliesky, <em>Sport et politique. Le boycott des Jeux de Moscou (1980) : une crise multidimensionnelle</em>, Thèse pour le doctorat en sciences politiques, Paris, Université de Paris I, 1989, 804 f.</p>
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		<title>La série du siècle (Partie 5)</title>
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		<pubDate>Tue, 10 Mar 2009 19:18:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
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La guerre froide transposée au sport
 Au cœur de la guerre froide, la série du siècle puise son origine dans des racines à connotation hautement politiques. Ainsi, durant ce mois de septembre 1972, l’affrontement entre Canadiens et Soviétiques est profondément imprégné par le spectre de la confrontation Est-Ouest. Plusieurs événements et déclarations renforcent [...]]]></description>
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<p class="mceTemp mceIEcenter">
<dl id="attachment_224" class="wp-caption aligncenter" style="width: 235px;">
<dt class="wp-caption-dt"><em><em><img class="size-medium wp-image-224" title="summit" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/summit-225x300.jpg" alt="Sculpture hommage au Team Canada 1972 (Hall of Fame)" width="225" height="300" /></em> </em></dt>
</dl>
</h3>
<h4>La guerre froide transposée au sport</h4>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;"> </span>Au cœur de la guerre froide, la série du siècle puise son origine dans des racines à connotation hautement politiques. Ainsi, durant ce mois de septembre 1972, l’affrontement entre Canadiens et Soviétiques est profondément imprégné par le spectre de la confrontation Est-Ouest. Plusieurs événements et déclarations renforcent l’impression qu’il est ici question de bien davantage qu&#8217;un simple jeu.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans les deux camps, avant même le coup d’envoi du premier match, les allégations ne laissent planer aucun doute quant aux enjeux véritables de la série : la suprématie du hockey mondial est en jeu, et au-delà, la supériorité d’un système de société sur un autre doit se trouver cristallisée sur la glace. Ainsi, alors que tout le Canada entrevoit une victoire écrasante des siens, faisant parfois même preuve de complaisance, le gouvernement soviétique, par l’intermédiaire de son porte-parole, ne cache pas son ambition d’user de cet affrontement comme d’un moyen de propagande privilégié : «<em> L’Union Soviétique possède le système sociopolitique le plus développé et le plus efficace au monde, et, par conséquent, notre pays est le leader dans de nombreux domaines. Nous allons le prouver au cours de cette série de hockey</em>. »</p>
<p style="text-align: justify;">Le ton est donné, et cette logique d’opposition entre deux systèmes étrangers, qui ne se comprennent foncièrement pas, va continuellement planer au-dessus de la série. Quelques anecdotes et autres « incidents diplomatiques » émaillant la confrontation entre les deux pays sont là pour nous le rappeler vertement.</p>
<p style="text-align: justify;">Le jour de l’arrivée de la délégation communiste sur le sol canadien coïncide avec le premier contretemps notoire. En 1969, un jeune réfugié tchèque ayant fui son pays après le printemps de Prague, saisit un tribunal québécois. Il demande réparation pour un préjudice subi lors de ces tragiques événements, sa voiture ayant été détruite par un char du Pacte de Varsovie. Il obtient gain de cause, mais l’Etat canadien ne peut cependant pas le dédommager. La venue des Soviétiques offre à la justice l’occasion de l’indemniser : elle demande la saisie de tout le matériel de l’équipe (estimé à 1 889 dollars), qui doit être vendu aux enchères. La somme doit par la suite être reversée au plaignant. Cette affaire et cette décision sont tout à fait inacceptables pour les Rouges, qui menacent immédiatement de rentrer chez eux. Il faut l’intervention en dernier recours d’Alan Eagleson, qui signe de sa propre main un chèque au réfugié, pour remettre la série sur les rails.</p>
<p style="text-align: justify;">Un exemple du choc culturel qui se prépare, et de l’arrogance préalable canadienne, se retrouve dans la publicité éditée par la distillerie McGuinness, basée à Toronto. A l’occasion de la série, elle décide de produire une vodka, baptisée la « Vodka Capitaliste », dont le slogan est le suivant : «<em> S’ils peuvent jouer au hockey, nous pouvons fabriquer de la vodka</em>. » Balayés par une tornade rouge lors du premier match à Montréal, les Canadiens chutent soudainement de leur piédestal. Les décideurs de McGuinness continuent à confectionner leur breuvage dernier-cri, enlevant cependant l’hypothétique «<em> si </em>» dans leur formulation.</p>
<p style="text-align: justify;">A la veille de se rendre en URSS, derrière les lignes ennemies, les Canadiens craignent les manœuvres de déstabilisation communistes. Arrivés à leur hôtel, et devant l’état du bâtiment, les propos de Frank Mahovlich, prononcés dans un bar à l’issue du dernier match à Vancouver, reviennent en tête à toute l’équipe. Il déclarait alors que les Canadiens devraient imiter Napoléon et son armée qui, en 1812, avaient planté des tentes autour de Moscou, afin de ne pas être dérangés dans leur préparation. Devant les ricanements de Serge Savard, il rétorque : « <em>Tu ne comprends pas en quoi cette série est si importante pour leurs objectifs de propagande. Ils feront n’importe quoi. Nous devrions acheter quelques tentes</em>. »</p>
<p style="text-align: justify;">Et les faits lui donnent raison. Tout semble mis en œuvre pour mettre la délégation canadienne dans les pires dispositions. Leurs vivres disparaissent et finissent au marché noir, la nourriture servie est exécrable, les fameux coups de téléphone mystères alors que des bruits étranges dans les couloirs réveillent les joueurs au milieu de la nuit. Certains commencent à sombrer peu à peu dans la paranoïa. Phil Esposito a l’impression d’être « <em>traqué</em> » par des hommes du KGB, Wayne Cashman, pensant son miroir piégé, le jette par la fenêtre, alors que Frank Mahovlich retourne sa chambre de fond en comble à la recherche d’appareils d’écoute. Une véritable théorie du complot se propage dans les rangs de la formation canadienne.</p>
<p style="text-align: justify;">Les entraînements des hommes à la feuille d’érable ne se passent pas non plus comme prévu. Ils héritent de vestiaires désuets et les horaires qui leur sont alloués à la patinoire changent brusquement à la veille du septième match. Priés de quitter la glace par l’entraîneur soviétique Vsevolod Bobrov, Harry Sinden entre dans une colère monumentale : « <em>Nous ne partirons pas avant 12h30. Si vous désirez laisser vos joueurs monter sur la glace avant, je ne sais ce qu’il peut leur arriver.</em> » Il obtient finalement gain de cause.</p>
<p style="text-align: justify;">Les relations entre la police soviétique et les 3 000 supporters canadiens ayant fait le déplacement à Moscou sont, elles aussi, des plus tendues. A plusieurs reprises, l’incident diplomatique est évité de justesse. A l’issue de la septième rencontre, remportée par le Team Canada, les fans tentant de regagner les bus qui doivent les raccompagner à l’hôtel se trouvent confrontés à une colonne de militaires, pointant leurs fusils sur eux. Un officiel du Parti, frustré par la défaite et agacé par la liesse des Canadiens, venait d’envoyer les forces armées pour contrôler et réprimer une prétendue émeute. Médusés devant ce spectacle, les supporters doivent leur salut à l’intervention d’un commandant, vétéran de la seconde guerre mondiale, qui s’approche d’eux et présente ses excuses en anglais, avant de disperser ses troupes.</p>
<p style="text-align: justify;">Rentrés dans leurs quartiers, les Canadiens entendent bien fêter la victoire de leurs protégés. Devant le vacarme, les policiers décident d’interpeler un homme originaire de Montréal, et une bagarre éclate. Une fois le calme revenu, le supporter est emmené au commissariat, où il est jugé en comparution immédiate et condamné à deux ans de prison ferme pour « <em>troubles à la paix</em> ». D’âpres négociations sont alors entamées par l’ambassadeur canadien. Il obtient la libération du prévenu, à condition qu’il regagne immédiatement son pays et que le gouvernement canadien s’acquitte des frais relatifs aux dommages causés dans l’hôtel.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces diverses anecdotes affermissent le caractère éminemment politique de la série, et sont corroborées par les témoignages de plusieurs joueurs de l’époque. Ainsi, du côté canadien, les propos de Rod Seiling : « <em>C’était une guerre froide. Notre mode de vie contre leur mode de vie</em> », de Serge Savard : « <em>Ce n’était pas seulement du sport</em> », de Pat Stapleton : « <em>Leur socialisme contre notre liberté</em> », de Phil Esposito : «<em> Ce n’était plus du tout un jeu. C’était société contre société</em> », ou encore du sauveur Paul Henderson : « <em>Il n’y avait pas de choses comme un Francophone, un Occidental ou quoi que ce soit. Nous étions tous canadiens. […] Je crois que la guerre est la seule chose qui puisse réunir un pays ensemble à l’instar de cette série</em> », ne laissent entrevoir aucune ambigüité sur les motivations et les implications contenues dans cet affrontement au sommet.</p>
<p style="text-align: justify;">Le discours est le même chez les Soviétiques. Vladimir Vikulov, se remémorant le coup d’envoi de la série, raconte : «<em> Je me souviens du premier face-off. Je savais que ce face-off était symbolique. Je ne savais pas pourquoi, mais je voulais vraiment le remporter</em>. » Il est appuyé par son coéquipier Boris Mikhaïlov : « <em>Parfois, je ressentais qu’il s’agissait d’une guerre sur la glace. On se serrait la main avant et après les matches, mais je ne suis pas certain qu’il s’agissait de la poignée de main du sportif. Nous étions rivaux et chacun voulait montrait au monde qu’il était supérieur</em>. »</p>
<p style="text-align: justify;">Les hommes politiques profitent, eux-aussi, de l’incroyable impact conféré par l’événement pour soigner leur image. Situées à un moment crucial de l’histoire canadienne, les législatives de 1972, ayant pour fond la brûlante question québécoise, sont un test majeur pour le Premier ministre nationaliste, Pierre-Elliott Trudeau. Dans un pays divisé, il sait pertinemment que le hockey reste un vecteur essentiel pour affermir le lien social du pays, et va user de la série durant sa campagne. Il milite dans un premier temps pour la présence de Bobby Hull au sein de l’équipe, avant de donner le coup d’envoi de la première rencontre. Omniprésent, il a clairement derrière la tête des objectifs hautement politiques.</p>
<p style="text-align: justify;">L’un de ses principaux adversaires, le leader du parti conservateur, Robert Stanfield, est également aperçu au cours de la campagne, posant avec un maillot flanqué de la feuille d’érable. A Moscou, Leonid Brejnev, qui comme tous les politiciens soviétiques accorde une place capitale au sport, élément fondamental de la machine de propagande communiste, assiste aux quatre rencontres disputées dans l’enceinte du Palais Loujniki, aux côtés des pontes du régime.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans les nombreux jeux de la guerre froide, la série du siècle tient, ainsi, une place de premier choix.<br />
<span style="color: #ffffff;">.<br />
.</span></p>
<h4 style="text-align: justify;">L’impact historique de la série</h4>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;"> </span>La série du siècle peut être considérée comme un événement historique majeur à plusieurs niveaux.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Au niveau sportif</em></p>
<p style="text-align: justify;">Spécialistes, journalistes, sportifs. Tout le microcosme du hockey considère cette série comme un fait marquant de l’histoire de la discipline. Rétrospectivement, tous sont conscients d’avoir vécu, en ce mois de septembre 1972, un moment unique. Au lendemain de la dernière rencontre, les médias canadiens titrent : «<em> Le plus remarquable moment jamais entrevu</em> », «<em> Le plus grand but de l’histoire du hockey</em> » ou encore : « <em>Le frisson ultime</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;">A la question : « <em>Que représente la série du siècle par rapport aux autres trophées glanés au cours de votre carrière ?</em> », les réponses des joueurs canadiens sont éloquentes. Ken Dryden confesse ainsi : «<em> Rien dans le hockey ne m’a mis si mal et fait autant planer. Et rien ne signifiait autant</em>. » Les propos de Serge Savard : « <em>J’ai été à plusieurs reprises dans des équipes vainqueurs de la Stanley Cup, mais ce n’était rien comparé à la victoire sur les Soviétiques cette année-là</em> », de Pete Mahovlich : «<em> Je crois que le plus grand moment de ma carrière fut en 1972 quand nous avons été capables de remporter cette série qui devint si importante pour le hockey</em> », de Dennis Hull : « <em>Je n’avais jamais gagné de Stanley Cup, j’ai donc demandé à Cournoyer si c’était comme gagner la coupe. Il répondit &nbsp;&raquo; c’est dix fois mieux&nbsp;&raquo; . J’ai bien voulu le croire !</em> », ou de Tony Esposito : « <em>Il n’y aura plus jamais de série comme celle-là, et je suis fier d’y avoir pris part</em> », résument bien l’importance, la dimension et le prestige que ces joueurs aux palmarès gargantuesques confèrent à cette victoire. Le légendaire défenseur Bobby Orr, blessé au moment de la série, abonde : « <em>Ce qu’a accompli le Team Canada en 1972 fut incroyable… Il n’y a plus eu d’aussi grande victoire, dans aucun sport.</em> »</p>
<p style="text-align: justify;">Ce succès a permis au Canada de rester maître de son propre jeu, son enfant chéri qu’est le hockey, si bien que l’événement est encore fortement présent dans l&#8217;imaginaire collectif, ainsi que le note le journaliste d’<em>ESPN,</em> Scott Burnside : « <em>La notion attestant que le Canada tient une place spéciale dans l’univers du hockey a, et est toujours renforcée par la victoire lors de la série du siècle. Encore aujourd’hui, on peut voir des tee-shirts dans le pays sur lesquels est écrit &nbsp;&raquo; Hockey, It‘s our game&nbsp;&raquo;</em>. » Et pour le président de l’Association Hockey Canada, Bob Nicholson, il ne fait aucun doute que ce lien va perdurer encore très longtemps : « <em>72 fut tellement, tellement spécial. Je pense qu’après cinquante ans, elle aura toujours la même empreinte sur le jeu dans notre pays</em>. »</p>
<p style="text-align: justify;">De l’autre côté du rideau de fer également, et malgré une défaite sur le fil qui laisse un goût amer, un sentiment de fierté affleure et se perpétue à travers les âges. Les Soviétiques ont fait honneur à leurs couleurs, à leur patrie, et ont prouvé au monde entier qu’ils étaient tout autant capables que les fondateurs du hockey de pratiquer un jeu altruiste, exalté, inspiré. Vladimir Luchenko révèle : «<em> Nous les avions toujours battus aux Jeux olympiques et lors des championnats du monde. J’avais toujours entendu dire que leurs meilleurs joueurs évoluaient en NHL, et ça m’ennuyait de ne pas pouvoir les affronter. La série a finalement prouvé que nous étions aussi bons qu’eux</em> », tandis qu’Alexander Ragulin déclame : « <em>Nous ne sommes pas devenus riches, mais nous avons joué avec notre cœur et nous pouvons être fiers de la marque que nous avons laissée</em>. »</p>
<p style="text-align: justify;">Dave King, entraîneur canadien ayant officié un temps du côté du Metallurg Magnitogorsk, raconte avoir rencontré le défenseur Yuri Liapkin à l’occasion de son escapade russe, et se souvient l’avoir reconnu à la bague qu’il portait au doigt, précieuse relique de sa participation à la série du siècle : «<em> C’est une distinction d’honneur, une distinction de fierté. Cela classe ces gens dans une catégorie très spéciale ici </em>», précise-t-il.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span><br />
<em>Au niveau historique</em></p>
<p style="text-align: justify;">A l’occasion du passage au nouveau millénaire, la presse canadienne réalise une vaste étude à l’échelle nationale, afin de classer les faits les plus marquants du siècle passé. Au moment des résultats, l’équipe de 1972 arrive au premier rang dans la catégorie « sports », et au huitième dans celle « tous événements confondus ». Le peuple à la feuille d’érable confie ainsi l’importance toute particulière qu’il attribue à la victoire de ses protégés lors de la fameuse série. Comme le note avec pertinence Scott Burnside, « <em>les Canadiens se souviennent où ils se trouvaient quand Henderson a marqué le but victorieux comme les Américains se souviennent où ils étaient quand le président John F. Kennedy a été assassiné ou quand Apollo 11 s’est posé sur la lune</em> ». Ou plus près de nous, chacun se souvient ce qu’il faisait au moment des attentats du 11 septembre ou lors de la finale de la Coupe du monde de football 1998, pour les Français.</p>
<p style="text-align: justify;">L’écrivain Roy McSkimming, auteur de l’ouvrage <em>Cold War</em>, ajoute une dernière analyse : «<em> Le hockey devint pour nous plus qu’un jeu : il devint un symbole, un emblème de notre singularité en tant qu’individus, et en tant que société</em>. »</p>
<p style="text-align: justify;">En Union Soviétique, si la confrontation face aux Canadiens n’apparaît pas forcément dans les événements principaux du vingtième siècle (au regard de l’évolution et des bouleversements politiques et sociaux du pays, et de la part prise par l’URSS dans le jeu des relations internationales, il semble logique que le sport ne truste pas le haut de l’affiche), elle est en revanche en bonne position parmi les épisodes significatifs du sport communiste. La série apparaît, en effet, en troisième position parmi les exploits du hockey rouge du siècle (selon un classement réalisé par le réputé <em>Soviet Sports Daily</em>), derrière le premier championnat d’URSS de 1947, et la première victoire aux Mondiaux en 1954. Tretiak et Kharlamov apparaissent, eux, dans la liste des cinq plus grands sportifs russes de tous les temps (Tretiak se classe troisième, derrière le gardien de football Lev Yashin et le mythique lutteur Alexander Karelin, Kharlamov est quant à lui cinquième, devancé par Gary Kasparov).</p>
<p style="text-align: justify;">Comme au Canada, la série a considérablement touché le peuple soviétique, pour s’inscrire durablement dans les mœurs. Igor Larionov, ancien joueur emblématique des Red Wings de Detroit durant les années 1990, affirme à ce sujet : « <em>Ces gars ont fait l’histoire. C’était comme le premier homme sur la lune</em>. »</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span><br />
<em>Un carrefour dans  l’histoire du hockey </em></p>
<p style="text-align: justify;">La série du sicèle a eu sur l’évolution du jeu à long terme, et de la NHL, une influence prééminente. Poussés dans leurs derniers retranchements par les incroyables Soviétiques, les Canadiens ouvrent les yeux, et comprennent qu’en dehors de leurs frontières existent d’autres formes de hockey, capables de rivaliser avec le leur. Finissant avec un ethnocentrisme qui durait depuis des décennies, ils se tournent enfin vers l‘Europe, s’inspirant des techniques de l’Est, et accordent une attention nouvelle au vivier de talents que représente le Vieux continent.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans les années qui suivent, les rencontres entre les deux pays se multiplient (en 1974 a lieu un remake des Summit Series, remporté par les Soviétiques, et tombé depuis dans l‘oubli). Des clubs comme le CSKA effectuent notamment le déplacement en Amérique du Nord pour affronter les meilleurs éléments de la NHL. Au lendemain de la série, les Maple Leafs de Toronto font une offre d‘un million de dollars à la Fédération de hockey soviétique pour s‘adjuger les droits sur Kharlamov, proposition évidemment déclinée par les dirigeants qui ne pouvaient décemment pas, en pleine guerre froide, laisser filer leur étoile en Amérique. L’année suivante, la franchise de l’Ontario engage deux Suédois dans ses rangs, Borje Salming et Inge Hammarstrom.</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui, une Ligue Nationale sans Européens est tout simplement inimaginable : les Jari Kurri, Teemu Selanne, Dominik Hasek, Jaromir Jagr, Peter Forsberg, Mats Sundin, Nicklas Lidstrom, Slave Fetisov (premier Russe à rejoindre la NHL en 1989, bientôt imité par les Alexei Kovalev, Alexander Mogilny…), Sergei Fedorov et Pavel Bure, font tous partie de la légende du hockey. Ils seront rapidement suivis par les Evegeni Malkin et autre Alexander Ovechkin qui dynamitent soir après soir les patinoires nord-américaines.</p>
<p style="text-align: justify;">Avant 1972, l’idée d’une NHL cosmopolite apparaissait tout bonnement saugrenue. Dave King, qui a également officié derrière le banc du Team Canada durant neuf années et trois olympiades, nous livre sa thèse sur la question : « <em>Jusque 1972, nous n’avions pas de compétition réunissant les meilleurs joueurs. Nous avions toujours pensé que nous étions les meilleurs. Durant cette série, nous avons réalisé que peut-être, tactiquement et techniquement, ils faisaient des choses qui étaient très bien. Même après la victoire, le résultat fit se demander à certaines personnes : &nbsp;&raquo; Peut-être que ces gars sont réels. Ils avaient déjà battus nos amateurs, et maintenant ils sont passés tout près de battre nos joueurs professionnels&nbsp;&raquo; . Cela a signifié un réel changement dans notre jeu. Après ça, nous ne nous sommes pas reposés sur nos lauriers en disant simplement &nbsp;&raquo; Nous avons gagné&nbsp;&raquo; . Nous avons retroussé nos manches et dit &nbsp;&raquo; au boulot&nbsp;&raquo; . En apportant une partie de leur savoir-faire &#8211; jeu tactique et conditionnement &#8211; à notre propre jeu. </em>»</p>
<p style="text-align: justify;">Il poursuit en insistant sur le fait que la série a réellement ouvert les portes de la NHL aux joueurs européens : « <em>Les premiers joueurs à s’expatrier furent des Suédois et des Finlandais. Les seuls Russes et Tchèques entraperçus avant la fin des années 80 vinrent parce qu’ils avaient fait défection. Cela a commencé doucement. Cependant, si nous avions gagné largement, peut-être qu’aucun d’entre eux ne serait venu avant un long moment. Ainsi, c’est un point très important dans l’évolution de la NHL, mais aussi du hockey canadien. […] Beaucoup de bonnes choses ont émané de cette série. […] Ce fut le départ d’un tout nouveau respect de la façon d’appréhender le jeu</em> ».</p>
<p>Prises dans les remous de la politique, la série du siècle, transposition des enjeux de la guerre froide sur la glace, véritable moment charnière dans l’histoire du hockey, aura finalement débouché sur une orientation favorable pour ce sport, dont la face sera à jamais changée. Nous laissons le mot de la fin à l’illustre Vladislav Tretiak : « <em>En 1972, personne n’a perdu. Tout le monde a gagné. Maintenant, nous pouvons voir que les meilleurs joueurs russes peuvent jouer en NHL. La série a ouvert la porte pour les joueurs européens actuels de la NHL. Désormais, c’est la meilleure ligue au monde. Qui a gagné ? Le hockey a gagné</em> ».</p>
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		<title>La série du siècle (Partie 4)</title>
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		<pubDate>Tue, 10 Mar 2009 10:55:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
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		<description><![CDATA[Staying alive
.


Game 7
.



Phil Esposito défie Vladislav Tretiak


Malgré le bol d’air offert par la victoire lors de la rencontre précédente, les Canadiens sont toujours en position très délicate : ils sont dans l’obligation de remporter ce septième match s’ils veulent s’offrir une belle, et garder la possibilité de triompher dans cette série, qui tient toutes ses [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4>Staying alive</h4>
<p style="text-align: justify;"><em><span style="color: #ffffff;">.</span><br />
</em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Game 7</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl id="attachment_206" class="wp-caption alignright" style="width: 230px;">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-full wp-image-206" title="esposito" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/esposito.jpg" alt="Phil Esposito défie Vladislav Tretiak" width="220" height="276" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Phil Esposito défie Vladislav Tretiak</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">Malgré le bol d’air offert par la victoire lors de la rencontre précédente, les Canadiens sont toujours en position très délicate : ils sont dans l’obligation de remporter ce septième match s’ils veulent s’offrir une belle, et garder la possibilité de triompher dans cette série, qui tient toutes ses promesses. Pour cet affrontement au couteau, Sinden ne modifie que très peu sa rotation, faisant néanmoins entrer Esposito à la place de Dryden dans les cages. Du côté russe, les entraîneurs entendent compenser la perte de Kharlamov, en alignant leurs éléments les plus expérimentés. La « Kid line » est ainsi mise sur la touche, à l’exception d’Anisin.</p>
<p style="text-align: justify;">Les deux équipes rentrent pleines de conviction dans cette partie, qui sera sans doute la plus aboutie de la série en termes de qualité de jeu. Les Canadiens sont les premiers à se mettre en évidence, et ouvrent la marque au bout de quatre minutes de jeu, par l’intermédiaire de Phil Esposito, à la réception d’un centre d’Ellis. La réplique russe ne tarde pas : sur une sortie de zone fulgurante, Yakushev récupère le palet sur la gauche, prend de vitesse les défenseurs Bergman et Park dans la zone neutre, avant de décocher un slapshot imparable. Les Canadiens multiplient les pénalités, et sur un jeu de puissance, Petrov fait la différence, se présente seul devant Esposito et l’efface pour donner l’avantage aux siens. Soixante secondes plus tard, le chassé-croisé se poursuit. Serge Savard réalise un superbe mouvement à la bleue, feintant un tir, avant de servir Esposito qui, en position idéale, inscrit un doublé plein de clairvoyance.</p>
<p style="text-align: justify;">Durant le second tiers, les Soviétiques accentuent la pression, prenant peu à peu la mesure de leurs adversaires (13 tirs à 7), mais tombent sur un mur infranchissable, en la personne de Tony Esposito. En tout début de troisième période, Gilbert redonne un but d’avance au Team Canada, en venant tromper Tretiak d’un revers qu’il glisse entre ses jambières. Un avantage de courte durée, puisque sur une énième supériorité numérique, Yakushev, esseulé au second poteau, remet les deux formations à égalité, signant à son tour un doublé. Les minutes s’égrenant, le match se durcit et les esprits s’échauffent : sur un contact entre Bergman et Mikhailov derrière les cages canadiennes, les deux joueurs en viennent aux mains, et le russe donne un coup de patin à son opposant, l’entaillant sérieusement. Eclate alors une bagarre générale, à laquelle prend part le pourtant pacifique Yvan Cournoyer. Il reste alors moins de trois minutes à jouer, et le Canada n’a alors jamais été aussi près de la défaite. Dans une ambiance surchauffée, les hommes à la feuille d’érable jouent leur va-tout. C’est le moment que choisi Serge Savard pour lancer Paul Henderson à la ligne bleue. Il se présente seul face aux deux défenseurs russes, Vasiliev et Tsynganov, et réalise alors une prouesse technique incroyable, glissant le palet entre ses deux adversaires, enchaînant un petit pont, avant de tirer en déséquilibre alors qu’il est crocheté, pour trouver la lucarne de Tretiak. Durant les deux dernières minutes, les Soviétiques se ruent littéralement sur la cage d’Esposito, mais celui-ci parvient à préserver le score, réalisant quatre arrêts décisifs.</p>
<p style="text-align: justify;">Au bout du suspense, les Canadiens remportent la rencontre, et le droit de disputer un match décisif, pour le bonheur de tous les amoureux de sport. L’homme providentiel, Paul Henderson, qui avait déjà inscrit le but vainqueur (GWG, game winning goal) lors de la partie précédente, est sur un nuage. Ce joueur au profil d’anti-héros, joueur méritant mais pas superstar durant ses neuf années passées en NHL, devient le sauveur. Il revient sur son but exceptionnel après la rencontre : « Je ne marquerai plus jamais un but aussi important dans ma vie, et je peux désormais mourir tranquille ». Il ne sait pas à cet instant que l’histoire peut réserver parfois bien des surprises…</p>
<p><object width="425" height="344" data="http://www.youtube.com/v/WCejwriP2eI&amp;hl=fr&amp;fs=1" type="application/x-shockwave-flash"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/WCejwriP2eI&amp;hl=fr&amp;fs=1" /><param name="allowfullscreen" value="true" /></object></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<h4 style="text-align: justify;">The goal heard around the world</h4>
<p style="text-align: justify;"><em><span style="color: #ffffff;">.</span><br />
</em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La série va donc se jouer sur un seul et unique match. Plus qu’une simple rencontre sportive, cette opposition décisive revêt des enjeux politiques et idéologiques majeurs, et au jeu de la déstabilisation, les Soviétiques ont depuis longtemps prouvé leur incomparable savoir-faire. La veille du match, la tension est à son paroxysme. C’est le moment choisi par les bureaucrates communistes pour jeter un pavé dans la marre. Les arbitres préalablement désignés, avec l’accord des deux camps, pour officier lors de la rencontre, sont à l’origine le tchèque Rudy Bata et le suédois Uve Dahlberg. Malheureusement, ce dernier tombe mystérieusement malade, et se trouve dans l’incapacité de remplir sa tâche (on évoquera par la suite une sombre affaire de nourriture empoisonnée, l’hypothèse la plus probable étant cependant le fait qu’il ait renoncé suite à des pressions, le coach Sinden le croisant le jour J en pleine forme…). Sans demander l’avis des canadiens, les Russes choisissent pour les remplacer le duo d’allemands Baader-Kompalla, le cauchemar des hommes à la feuille d’érable ! Inacceptable pour la délégation canadienne. Alan Eagleson, président de la NHLPA et un des promoteurs de la série, contacte immédiatement son homologue russe, Alexander Gresko, et lui signifie que si la décision est maintenue, le Team Canada boycottera le match. Inflexibles dans un premier temps, les Soviétiques finissent par se rendre compte que les joueurs sont tous derrière Eagleson, et qu’une négociation s’impose s’ils désirent les voir monter sur la glace. Quelques heures avant le coup d’envoi, un compromis est trouvé : à chaque formation revient le choix d’un officiel. Ce sera Bata pour les Canadiens, et sans surprise, Kompalla pour les Soviétiques. L’affrontement final aura donc bien lieu. Malgré une nouvelle nuit agitée (Phil Esposito racontera par la suite : « Je recevais des coups de téléphone à trois, quatre heures du matin à chaque fois que j’essayais de m’endormir, et cela se produisait uniquement les nuits précédant un match), les Canadiens sont prêts à se lancer dans l’ultime bataille, ce qui pourrait être « le plus grand match jamais joué », selon les mots d’Harry Sinden.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Game 8</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;">Ce 28 septembre 1972, plus que deux équipes, ce sont deux sociétés, deux systèmes de pensée, deux pays qui s’affrontent sur la glace. Au Canada, les parents prennent des congés maladie, le taux d’absentéisme explose dans les écoles, où pourtant des postes de télévision sont autorisés dans les classes. Les bars débordent, les files se multiplient dans la rue devant les vitrines de magasins d’électronique. A Moscou aussi, un jour de congé national a été décrété par la Parti, afin que les habitants puissent suivre la rencontre. Deux peuples rivaux ont ainsi les yeux rivés sur le match du siècle.</p>
<p style="text-align: justify;">Le spectacle peut enfin commencer. Et les craintes canadiennes concernant l’arbitrage de l’allemand Kompalla se révèlent rapidement fondées. Au bout de deux minutes de jeu, il siffle en effet deux holdings plus que litigieux à l’encontre de Bill White et Frank Mahovlich, laissant les Canadiens à trois contre cinq. Les Soviétiques, qui n’en demandaient pas tant, profitent de l’aubaine pour ouvrir la marque, par l’intermédiaire de Yakushev. Tout juste trente-six secondes plus tard, Parise est sanctionné pour une interférence sur Maltsev. Le défenseur sort de ses gonds, frappant violemment la glace, et reçoit une méconduite. Il se rue alors vers l’officiel, faisant tournoyer sa crosse au-dessus de sa tête. Il se réfrène heureusement au dernier moment, mais est logiquement expulsé de la partie. Kompalla demande alors à Phil Esposito de prendre la place de son coéquipier en prison, pour les deux minutes et la méconduite, arguant d’une règle internationale qui lui permet de choisir n’importe quel joueur de substitution pour les pénalités, principe dont personne n’a jamais entendu parler. Devant l’explosion de colère du banc canadien, et les injonctions d’Harry Sinden, il se décide à faire marche arrière, remplaçant Esposito par Dennis Hull. Il semble à cet instant que tout soit mis en œuvre pour déstabiliser les Canadiens, qui restent malgré tout concentrer, et parviennent à égaliser dans la foulée sur un but d’Esposito. Sur un nouveau jeu de puissance, appelé suite à une interférence de Cournoyer, les Russes reprennent les devants, Lutchenko trompant Dryden à la réception d’une passe de Kharlamov, qui joue malgré sa cheville fracturée. Redoublant d’efforts, les hommes de Sinden reviennent à la marque peu avant le terme du premier tiers, Park concluant une magnifique action collective. Les deux formations rentrent aux vestiaires sur un score de parité.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-220" title="summit12" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/summit12-300x167.jpg" alt="summit12" width="300" height="167" />La seconde période repart sur les mêmes bases que la précédente. Au bout de seulement vingt-et-une secondes, Shadrin redonne l’avantage aux siens, Dryden étant surpris par un rebond derrière ses cages. L’égalisation intervient aux abords de la mi-match; la réalisation est l’œuvre de Bill White. Les Soviétiques décident alors de passer la vitesse supérieure, et dans la minute suivante, Yakushev trompe une nouvelle fois Dryden. Le break est fait sur un nouveau power play, Vassiliev, esseulé au second poteau, trouvant l’ouverture. Les Canadiens, une fois de plus au bord du précipice, restent cependant positifs, conscients qu’ils possèdent les armes pour renverser la vapeur. Durant la pause, un Alan Eagleson furieux fait son irruption dans le vestiaire : conversant de la possible issue de la rencontre avec son homologue Gresko, ce dernier venait de lui faire remarquer qu’en cas de nul, les Soviétiques demanderaient la victoire, invoquant une meilleure différence de buts (32-31). La question n’avait jusqu’alors pas été posée… Il harangue les troupes, leur faisant entrevoir que désormais, il n’existe d’autre alternative que la victoire.</p>
<p style="text-align: justify;">Et le message semble parfaitement reçu lorsqu’après deux minutes de jeu, à la suite d’un superbe débordement de Peter Mahovlich, Esposito s’impose dans le slot, avant de tromper Tretiak. Il fallait marquer vite pour les Canadiens, qui sont désormais plus que jamais en vie, et multiplient les assauts sur la cage de Tretiak. Les Soviétiques parviennent dans la foulée à tuer deux pénalités consécutives, mais reculent ostensiblement. A sept minutes du terme, c’est encore un Esposito au sommet de son art (Sinden qualifiera cette troisième période de son leader comme « son heure de gloire »), qui se faufile entre trois défenseurs, tir sur Tretiak qui repousse, se bat pour récupérer le palet derrière la cage, retente sa chance sur le gardien russe qui s’en sort une nouvelle fois, mais ne peut empêcher de laisser un rebond, exploité par Cournoyer, qui marque du revers. La lumière rouge pourtant, ne s’allume pas. S’en suit une scène des plus rocambolesques : Alan Eagleson, posté dans la tribune, voyant que le but n’est pas validé, entre dans une rage folle, et tente de se frayer un chemin vers la table de marque, au milieu des soldats de l’armée rouge. Ces derniers, ne connaissant pas son identité et pensant qu’il s’agit d’un simple supporter, l’interceptent et commencent à le molester. Intervient alors l’imposant Frank Mahovlich, qui vient à la rescousse de son compatriote en montant dans la tribune, apostrophant les militaires avec sa crosse, bientôt suivi par ses coéquipiers, qui se massent derrière la balustrade. Eagleson est finalement ramené sur la glace, et répond à la bronca de la foule par un bras d’honneur, imité par Joe Sgro et Mike Cannon, membres du staff. Une atmosphère belliqueuse règne sur la partie, la métaphore guerrière affublée à la série n’a jamais été aussi tangible, l’opposition entre les joueurs à la feuille d’érable et les soldats russes suggérant les prémices d’une lutte armée…</p>
<p style="text-align: justify;">Après un moment de délibération, le but du Roadrunner est finalement accepté, et le jeu peut finalement reprendre ses droits.</p>
<p style="text-align: justify;">Les deux équipes paraissent de plus en plus fatiguées : les Canadiens jettent leurs ultimes forces dans la partie, pendant que les Russes font le dos rond, aidés par l’inamovible Tretiak. Les secondes s’égrènent inexorablement… La voix annonçant la dernière minute de jeu fait gronder le Palais Loujniki. La ligne Cournoyer-Esposito-Frank Mahovlich est sur la glace, tentant son possible pour inscrire un but miraculeux. A ce moment, et sans tenir compte des consignes de son entraîneur, Paul Henderson interpelle Mahovlich, réclamant un changement (il confessera par la suite que c’est la seule fois de sa carrière qu’il prit une telle initiative). Une fois. Deux fois. Trois fois. Le grand attaquant revient alors vers le banc, laissant sa place à Henderson. Cournoyer et Esposito, exténués et qui s’apprêtaient à sortir, décident de rester un moment supplémentaire. Le palet est sous contrôle soviétique. Valery Vasiliev tente de gagner du temps derrière son propre but, mais sa relance hasardeuse finit dans la palette d’Yvan Cournoyer. La suite appartient à l’histoire, et à la voix du commentateur Foster Hewitt :</p>
<p style="text-align: justify;">« Cournoyer has it on the wing. Here’s a shot. Henderson makes a wild stab for it and falls. Here’s another shot. Right in front. They score ! Henderson has scored for Canada ! »</p>
<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl id="attachment_209" class="wp-caption alignright" style="width: 310px;">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-medium wp-image-209" title="henderson" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/henderson-300x265.jpg" alt="Yvan Cournoyer tombe dans les bras de Paul Henderson" width="300" height="265" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Yvan Cournoyer tombe dans les bras de Paul Henderson</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">Ainsi se produit le miracle. Paul Henderson, auteur du but « entendu autour du monde », est de nouveau le messie, et envoie son équipe et tout le peuple canadien au paradis, dans un dénouement dramatique digne des plus grands films hollywoodiens. Cournoyer tombe dans ses bras, laissant juste le temps à Denis Brodeur (père de Martin, gardien emblématique des New Jersey Devils), d’immortaliser l’instant, en prenant une photo qui allait à jamais marquer l’histoire du hockey sur glace. Tous les Canadiens fêtent le héros au centre de la patinoire. Il reste pourtant trente-quatre secondes à jouer. Un dernier arrêt décisif de Dryden, et la trompe retentit.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;">Les Canadiens ont gagné, et viennent d’offrir au monde du sport l’un de ses plus grands moments. Une série unique, envoûtante, renversante, magique, hors du temps… Après cela, le hockey ne sera plus jamais tout à fait pareil…</p>
<p><object width="425" height="344" data="http://www.youtube.com/v/rptwqd5ccYk&amp;hl=fr&amp;fs=1" type="application/x-shockwave-flash"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/rptwqd5ccYk&amp;hl=fr&amp;fs=1" /><param name="allowfullscreen" value="true" /></object></p>
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		<title>La série du siècle (Partie 3)</title>
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		<pubDate>Tue, 10 Mar 2009 10:24:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
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		<description><![CDATA[En route vers l&#8217;Union Soviétique
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Durant la trêve de treize jours qui entrecoupe la série, les Canadiens souhaitent optimiser leur préparation, et c’est dans cette optique qu’ils se rendent à Stockholm, pour disputer deux matchs contre l’équipe nationale suédoise, et s’adapter ainsi au format des patinoires européennes (qui sont plus larges), et au décalage horaire. Les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4>En route vers l&#8217;Union Soviétique</h4>
<p><em><span style="color: #ffffff;">.</span><br />
</em></p>
<div id="attachment_194" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-194" title="canada11" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/canada11-300x192.jpg" alt="canada11" width="300" height="192" /><p class="wp-caption-text">Le Team Canada</p></div>
<p style="text-align: justify;">Durant la trêve de treize jours qui entrecoupe la série, les Canadiens souhaitent optimiser leur préparation, et c’est dans cette optique qu’ils se rendent à Stockholm, pour disputer deux matchs contre l’équipe nationale suédoise, et s’adapter ainsi au format des patinoires européennes (qui sont plus larges), et au décalage horaire. Les rencontres (victoire 4-1 canadienne et nul 4-4) sont accrochées, âpres et deviennent par moment brutales, les Suédois tentant de compenser leurs lacunes physiques et techniques par un jeu rugueux, voire violent. Durant la seconde partie, le défenseur Wayne Cashman reçoit un coup de crosse dans les dents. Il doit être évacué au vestiaire pour subir des points de suture, mais aucune pénalité n’est appelée, au grand damne de toute l’équipe canadienne, qui s‘en prend aux officiels. Les joueurs non-alignés, qui se trouvent dans les tribunes à ce moment, se ruent alors sur les photographes qui tentent d’immortaliser l’instant, nécessitant l’intervention des forces de sécurité pour séparer les belligérants. Plus tard dans la rencontre, Vic Hadfield reçoit une charge dans le dos, et réplique aussitôt en infligeant une crosse haute dans le visage du premier adversaire à sa portée. Ce dernier, dans une mise en scène assez pathétique, fait alors un tour de patinoire pour montrer aux spectateurs et aux journalistes le traitement de choc réservé par les Canadiens… La scène est reprise à la Une dès le lendemain dans les quotidiens du pays, mais aussi d’Union Soviétique.</p>
<p style="text-align: justify;">Les hommes à la feuille d’érable comprennent alors ce qui les attend de l’autre côté du rideau de fer, un territoire froid et inhospitalier. Cela a pour effet de renforcer la cohésion du groupe : les rivalités internes, marquées notamment par les antagonismes entre joueurs des Rangers et des Bruins, laissent progressivement la place à l’instauration d’un véritable esprit d’équipe. Malmenés en Suède, à quelques heures du premier rendez-vous moscovite, les liens entre les coéquipiers se resserrent indubitablement, et ils se surnomment eux-mêmes « les cinquante ». Ron Ellis raconte l’anecdote : « Nous étions en Suède, nos soirées &#8211; les joueurs, les entraîneurs et les autres &#8211; étaient composées d’exactement cinquante personnes. Et nous avions le sentiment que nous étions cinquante contre le reste du monde ».</p>
<p style="text-align: justify;">La délégation pose le pied sur le sol soviétique le 20 septembre au soir. Elle prend ses quartiers dans un hôtel du centre ville, réservé pour les visiteurs de l’Ouest, assez loin du standard cinq étoiles affiché. Les joueurs y retrouvent leurs familles, et apprennent que trois mille supporters ont fait le déplacement pour les encourager, nouvelle qui leur donne du baume au cœur, avant la bataille qui s’annonce. Le lendemain, avant le début du premier entraînement, le coach Sinden annonce la rotation qu’il a décidé d’aligner pour l’entame du cinquième match. Ces choix ne sont pas du goût de certains joueurs, dont l’égo mal placé ne supporte pas d’être mis sur la touche à l’approche du moment décisif. Ainsi, l’ailier des Rangers Vic Hadfield refuse de prendre part à la session, et est enjoint par Sinden à faire ses valises, suggestion qu’il prend au mot : il quitte l’équipe dès le lendemain, accompagné de Rick Martin des Sabres et de Jocelyn Guevremont des Canucks… Le coach canadien n’a rien fait pour les retenir, ne voulant prendre le risque de parasiter la bonne marche de sa formation avec des luttes intestines, désirant se focaliser désormais sur une seule et unique chose : le jeu, et les artifices à mettre en place pour triompher des Soviétiques.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<h4 style="text-align: justify;">Au bord du gouffre</h4>
<p style="text-align: justify;"><em><br />
</em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Game 5</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;"><br />
</span></p>
<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl id="attachment_191" class="wp-caption alignright" style="width: 222px;">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-medium wp-image-191" title="kharlamov1" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/kharlamov1-212x300.jpg" alt="Valeri Kharlamov, le virtuose soviétique" width="212" height="300" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Valeri Kharlamov, le virtuose soviétique</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">La cinquième manche de la série se joue le 22 septembre, avec pour cadre le palais Loujniki de Moscou. Elle commence par une scène insolite : durant la présentation des équipes, au moment où son nom est appelé, Phil Esposito s’avance sur la glace, mais glisse sur un pétale de fleur. Il se relève en effectuant une révérence, et salue le public, un large sourire irradiant son visage. Les spectateurs soviétiques applaudissent sagement (la plupart de la foule étant composée d’apparatchiks triés sur le volet, et d‘autres riches dignitaires, le prix des places ayant décuplé au marché noir), pendant que les 3000 Canadiens ovationnent leur favori au bruit des tambours et des trompettes, faisant sentir leur soutien à tout le groupe, qui ne sera finalement pas si seul dans ce combat…</p>
<p style="text-align: justify;">Et ce sont des Canadiens revivifiés qui abordent la partie avec un tout autre visage, celui d’une équipe affamée, avide de revanche, qui contraste avec des rouges qui paraissent désormais bien surs d’eux. Et les hommes à la feuille d’érable vont produire quarante minutes de haute volée, de loin les plus abouties depuis le début de la série. Ils voient tout d’abord leurs efforts récompensés à cinq minutes de la fin du premier tiers, lorsque Jean-Paul Parise trouve l’ouverture, plaçant le palet entre les jambières de Tretiak. Au cours de la deuxième période, ils poursuivent leur forcing, redoublant d’abnégation, et inscrivent deux nouvelles réalisations, par l’intermédiaire de Clarke et Henderson. L’attitude de ce dernier illustre parfaitement la volonté et la détermination retrouvées des Canadiens : peu après avoir donné un avantage significatif de trois buts aux siens, il est victime d’une charge brutale de Maltsev, qui le laisse groggy le long de la bande. Evacué vers le vestiaire, le médecin diagnostique un léger traumatisme, et lui conseille de ne pas reprendre le jeu. Henderson demande toutefois à Sinden de le garder dans la rotation, requête que ce dernier accepte, convaincu par l’obstination de son joueur. Et bien lui en prend, puisqu’après la réduction du score de Blinov à l’entrée du troisième tiers, Henderson reçoit une transversale magistrale de Clarke dans la palette, se présente en breakaway, et trompe Tretiak d’un tir plein de lucidité. Il reste alors un quart d’heure à jouer. Et une nouvelle fois, l’improbable va se produire. Les Canadiens se replient peu à peu sur eux-mêmes, faisant le dos rond pour préserver un avantage solidement construit, mais vont être emportés par une tornade rouge. Anisin réduit dans un premier temps la marque, récupérant un rebond successif à un tir de Liapkin. Sur le face-off, Shadrin profite de l’apathie de la défense canadienne pour récupérer le puck, et aller tromper sans trembler un Esposito, qui reste hagard. Quelques instants plus tard, c’est au tour de Gusev de s’illustrer, trouvant l’ouverture d’un magnifique slapshot en supériorité numérique. Il aura fallu tout juste deux minutes aux Soviétiques pour revenir dans le match. Les Canadiens sont abasourdis, le momentum a changé de camp. Il ne reste plus aux Russes qu’à mettre à mort un ennemi qui a déjà un genou au sol; et celui qui revêt en cette soirée la tenue du matador se nomme Vladimir Vikulov. Sur une récupération de l’inévitable Kharlamov, il reçoit le palet sur la gauche, efface son défenseur d’un grand pont sur la bande, avant de venir crucifier Esposito d’un revers. 5-4 : le palais Loujniki entre en ébullition. En fin de partie, Tretiak assure l’essentiel, s’interposant notamment brillamment devant Cournoyer. La trompe retentit, et c’est une foule enthousiaste qui acclame les joueurs Soviétiques, qui l’ont une nouvelle fois emporté, au terme d’un revirement de situation frénétique. Ils prennent un ascendant prépondérant (3-1-1), une petite victoire lors des trois dernières rencontres leur suffit désormais pour empocher la série.</p>
<p style="text-align: justify;">Du côté canadien, même si l’équipe est acclamée par ses fans à sa sortie, l’heure est plus que jamais au doute. Sinden le premier, apparaît abattu, lorsqu’il déclare à son assistant Fergusson : « Il n’y a rien d’approprié à dire après ça. Je leur ai dit tout ce que j’ai pu durant six semaines. Ils m’ont suffisamment écouté. Maintenant, il va falloir qu’ils trouvent leurs propres réponses ».</p>
<p style="text-align: justify;"><object width="425" height="344" data="http://www.youtube.com/v/NZ8uADyQUuw&amp;hl=fr&amp;fs=1" type="application/x-shockwave-flash"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/NZ8uADyQUuw&amp;hl=fr&amp;fs=1" /><param name="allowfullscreen" value="true" /></object></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<h4 style="text-align: justify;">Ne pas mourir à Moscou</h4>
<p style="text-align: justify;"><em><span style="color: #ffffff;">.</span><br />
</em></p>
<p style="text-align: justify;">Les Canadiens sont alors au pied du mur. Décontenancés, ils rejoignent leurs quartiers, et pour ne pas arranger les choses, apprennent que leur stock de nourriture et de bière a été dérobé à son arrivée à Moscou. Leurs nuits se révèlent également agitées, certains joueurs étant réveillés par de mystérieux coups de téléphone… Ils n’ont pourtant plus le choix, et surtout plus de droit à l’erreur, s’ils veulent emporter cette série, qui est devenue au fil des jours un inextricable guêpier, dont-ils n’ont pas les clés pour s’extirper. A l’entraînement, Sinden met en place de nouvelles phases de jeu, insistant sur l’importance du fore-checking pour gêner la relance ultra-rapide des Russes, et laissant plus d’initiatives à ses attaquants, dans l’optique de surprendre la défense adverse.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Game 6</span></p>
<p style="text-align: justify;">
<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl id="attachment_193" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px;">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-medium wp-image-193" title="clarke2" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/clarke2-300x204.jpg" alt="Clarke brisant la cheville de Kharlamov" width="300" height="204" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Clarke brisant la cheville de Kharlamov</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">Le sixième match, celui de la peur pour le Team Canada, est dans un premier temps dominé par le duo d’arbitres allemands, Frank Baader et Josef Kompalla, qui avaient déjà officié lors des deux rencontres contre la Suède à Stockholm, et avaient mis les nerfs des Canadiens à rude épreuve, par leurs décisions contestables. Durant le premier tiers, des pénalités litigieuses, et des hors-jeux imaginaires sont sifflés à l’encontre des hommes de Sinden. Les Soviétiques prennent peu à peu le match en main, mais butent sur un Dryden en grande forme. La première période se termine sur un score nul et vierge. Les rouges trouvent cependant l’ouverture dès le retour dès vestiaires, sur un tir rasant de la bleue, délivré par le défenseur Liapkin. A ce moment précis, les Soviétiques sont virtuellement les grands vainqueurs de la série. S’en suit alors une ébouriffante réaction d’orgueil canadienne : en l’espace d’une minute et vingt-trois secondes, Dennis Hull, suivant un rebond de Gilbert, Yvan Cournoyer, entre les jambes de Tretiak, et Paul Henderson, d’un tir successif à une interception dans la zone neutre, ramènent leur équipe totalement dans la partie. Les Canadiens musclent dès lors leur jeu, multiplient les pénalités, mais font front à des Soviétiques qui bombardent littéralement Ken Dryden, sans parvenir à trouver l’ouverture. Au cours de ce second tiers qui prend les allures d’une guerre de tranchée, un des tournants de la série se produit. Kharlamov, le meilleur joueur soviétique, qui fait tourner la tête de ses adversaires avec ses dribbles déroutants, est pris à partie par les défenseurs canadiens, qui souhaitent l’empêcher de s’exprimer, et le priver de palet. C’est d’abord Clarke qui le frappe au visage avec son gant, recevant une méconduite de dix minutes. Puis l’imposant Frank Mahovlich prend le relais en lui assénant un coup de coude le long de la bande. Avant que Clarke, tout juste sorti de prison, ne frappe sa cheville d’un coup de crosse impardonnable, alors qu’il armait un tir. Kharlamov poursuit tant bien que mal la rencontre, le diagnostic tombe en fin de partie : cheville fracturée. Le prodige soviétique sentait l’étau se refermer autour de lui, et se méfiait de l’agressivité croissante de Clarke : « Je suis convaincu que Bobby Clarke était chargé de me faire sortir du jeu. Parfois, je me disais que c’était son seul but. Je regardais ses yeux furieux, je voyais sa crosse qu’il brandissait comme une épée, je ne comprenais pas ce qu’il faisait. Cela n’avait rien à voir avec le hockey ». L’exécuteur Clarke confessera, quelques années plus tard : « Je me souviens de la causerie de John Fergusson entre la première et la deuxième période. Il n’a cessé de répéter que quelqu’un devait s’occuper de Kharlamov. J’ai regardé autour de moi dans le vestiaire, avant de réaliser que c’était à moi qu’il s’adressait ».</p>
<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl id="attachment_195" class="wp-caption alignright" style="width: 250px;">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-full wp-image-195" title="dryden1" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/dryden1.jpg" alt="Ken Dryden et Phil Esposito" width="240" height="300" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Ken Dryden et Phil Esposito</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">Le Canada tient le bon bout, réduisant au silence le jeu de puissance soviétique, si efficace jusqu’alors. Durant le dernier tiers, Dryden multiplie les parades, ne devant s’incliner que devant Yakushev, à deux minutes du terme. 3-2 score final, les Canadiens, par ce succès arraché au courage et au physique, obtiennent un sursis. Bien que malmenés une fois de plus par leurs adversaires, ils ont fait preuve d’une grande force mentale en revenant dans la partie, puis en résistant à la pression rouge, malgré de longs moments passés à jouer en infériorité numérique. Surtout, ils sont toujours vivants, et ont prouvé qu’ils pouvaient venir à bout des Soviétiques sur leurs terres (ce qui paraissait, vu l’évolution de la série, de plus en plus illusoire). En outre, ils ont mis hors-jeu l’une des plus grandes menaces ennemie, en la personne de Kharlamov. Avant la sixième empoignade qui s’annonce âpre et sauvage, le moral des troupes remonte ainsi inexorablement.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><object width="425" height="344" data="http://www.youtube.com/v/Mxm-aDQQntM&amp;hl=fr&amp;fs=1" type="application/x-shockwave-flash"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/Mxm-aDQQntM&amp;hl=fr&amp;fs=1" /><param name="allowfullscreen" value="true" /></object></p>
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		<title>La série du siècle (Partie 2)</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Mar 2009 17:33:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Canada]]></category>
		<category><![CDATA[guerre froide]]></category>
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		<category><![CDATA[série]]></category>
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		<description><![CDATA[La surprise du chef
 Game 1

.
2 septembre 1972 : le duel est sur le point de débuter, et le Forum s’est paré de ses plus beaux atours. Près de 19 000 spectateurs emplissent les gradins, tous acquis à la cause de leurs favoris. Les hymnes des deux nations résonnent dans la patinoire et le Premier [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4>La surprise du chef</h4>
<p><span style="color: #ffffff;"> </span><span style="text-decoration: underline;">Game 1<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span><br />
<img class="alignright size-full wp-image-176" title="we-lost2" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/we-lost2.jpg" alt="we-lost2" width="170" height="166" />2 septembre 1972 : le duel est sur le point de débuter, et le Forum s’est paré de ses plus beaux atours. Près de 19 000 spectateurs emplissent les gradins, tous acquis à la cause de leurs favoris. Les hymnes des deux nations résonnent dans la patinoire et le Premier ministre, Pierre Elliott-Trudeau, donne le coup d’envoi. Tout semble se passer comme prévu lorsque, après seulement trente secondes de jeu, Phil Esposito récupère un rebond consécutif à un tir de Frank Mahovlich pour ouvrir le score. La légende veut qu’après cette entame tonitruante, un supporter canadien posté juste derrière le banc soviétique, ait clamé : «<em> Existe-t-il une règle pour arrêter le match après dix buts dans les compétitions internationales ?</em> », saillie accompagnée par le rire de fans en délire.</p>
<p style="text-align: justify;">Seulement six minutes plus tard, Paul Henderson double la mise. La machine est lancée et l’on se dirige vers une promenade de santé canadienne. Pourtant, à la surprise générale, les Rouges se désinhibent peu à peu et reviennent progressivement dans la partie. Ils réduisent dans un premier temps l&#8217;écart par l’intermédiaire d’Evgeny Zimin, avant d’égaliser sur un but de Vladimir Petrov en infériorité numérique. A la stupeur générale, le score est de deux buts partout à la fin du premier tiers. Phil Esposito déclare durant la pause : « <em>On a de sérieux problèmes. Ces gars peuvent vraiment jouer. Ceux qui les ont supervisé devraient être trucidés</em> », pendant que Paul Henderson fait lui aussi part de ses doutes à ses coéquipiers : « <em>Cela va être une très, très longue série</em> ». Il ne croit pas si bien dire.</p>
<p style="text-align: justify;">Durant la deuxième période, les Soviétiques font merveille en s&#8217;appuyant sur leur jeu collectif et leur rapidité d’exécution. Ils rajoutent deux buts, inscrits par leur attaquant le plus talentueux, l’ailier gauche de poche Valery Kharlamov. Les Canadiens ne s’en remettront pas : malgré une réalisation de Bobby Clarke en début de troisième tiers, ils encaissent trois buts supplémentaires, surclassés dans tous les compartiments du jeu par des Russes virevoltant sur la glace. 7-3, le camouflet est terrible, et inacceptable pour les stars de la NHL, qui, oubliant les règles primaires de bienséance et de sportivité, rentrent au vestiaire sans saluer leurs bourreaux, laissant ces derniers exulter, devant les yeux d’une foule médusée.</p>
<p style="text-align: justify;">Le pays se réveille avec une sérieuse gueule de bois. Les médias et tout le peuple sont sous le choc, ne parvenant pas à expliquer ce qui s’apparente à un cauchemar. Comment des professionnels de la prestigieuse Ligue Nationale, représentants du pays du hockey-roi, ont-ils pu perdre face à de modestes amateurs &#8211; qui sont en réalité bien plus que cela ? L’entraîneur canadien, Harry Sinden, analyse la défaite : « <em>Nous sommes assommés, véritablement abasourdis. C’est dû à la manière avec laquelle ils ont gagné. Avec vitesse, finesse, des charges solides, un gardien incroyable, et par-dessus tout, l’esprit d’équipe. Ils sont bons. Bons à quel point, reste à le savoir. Il y a encore sept matches à disputer, mais c’est une vraie compétition maintenant</em> ». La confiance a changé de camp et l’on s’achemine désormais vers une série passionnante, à l’issue des plus incertaines.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.<object classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="425" height="350" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/g8Av0_7SrcY" /><embed type="application/x-shockwave-flash" width="425" height="350" src="http://www.youtube.com/v/g8Av0_7SrcY"></embed></object></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Game 2</span></p>
<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl id="attachment_177" class="wp-caption alignleft" style="width: 210px;">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-full wp-image-177" title="savard" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/savard.jpg" alt="Serge Savard" width="200" height="249" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Serge Savard</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">La deuxième rencontre doit avoir lieu à Toronto, au Maple Leafs Garden, deux jours plus tard. Le Canada, meurtri dans sa chair, n’a pas le droit à l’erreur, et se doit de remettre les pendules à l’heure. Pour ce faire, Harry Sinden décide de remanier son équipe en profondeur : les lignes d’attaques sont modifiées, avec pour objectif d’associer autant que possible les joueurs évoluant dans le même club. Trois paires défensives sont retenues, au lieu des cinq initiales (avec l‘introduction notable de Serge Savard dans la rotation), et Tony Esposito prend la place de Dryden dans les cages.</p>
<p style="text-align: justify;">Les bénéfices de ces changements se font rapidement ressentir sur la glace : les Canadiens abordent la rencontre bien plus concentrés, faisant preuve d’une envie et d’une abnégation supérieures par rapport au premier match. Cela n’échappe pas à l’ailier russe Boris Mikhailov, qui se souvient : « <em>Un joueur de hockey sent les choses en observant son adversaire. Je me souviens scruter leurs yeux à Toronto, et y voir plus de feu et d’intensité</em>. » A l’issue la première période, le score est pourtant nul et vierge.</p>
<p style="text-align: justify;">Cependant, les Soviétiques sont mis en difficulté et multiplient les indisciplines. Sur une supériorité numérique, aux abords de la mi-match, Phil Esposito ouvre le score. Dès le début du troisième tiers, il est imité par <a href="http://www.sport-fever.com/?p=21" target="_blank">Yvan &laquo;&nbsp;The Roadrunner&nbsp;&raquo; Cournoyer</a>, qui double la mise dans les mêmes conditions (après une méconduite de Kharlamov, qui prend dix minutes pour avoir bousculé un arbitre). Quelques minutes plus tard pourtant, Alexander Yakushev jette un froid dans l’enceinte en réduisant l&#8217;écart. Le même scénario qu’à Montréal pourrait-il se reproduire ? Vingt-et-une secondes après, Pat Stapleton est envoyé deux minutes en prison pour un <em>hooking</em>. La foule retient son souffle. Le bloc canadien fait front devant la cage d’Esposito, et sur une récupération, Peter Mahovlich part en contre, feinte un <em>slapshot</em> à la bleue et élimine le dernier défenseur Evegeny Paliadev, avant de crucifier Tretiak d’un magnifique revers. C’est le tournant du match. Les Soviétiques ne reviendront plus, et encaissent même un dernier but, œuvre de l’autre frère Mahovlich, Frank, parfaitement servi par Stan Mikita.</p>
<p style="text-align: justify;">Le peuple peut respirer, mais ses protégés n’ont malgré tout pas paru totalement maîtres de leur sujet, empochant la victoire principalement grâce à leur rigueur et à l’impact physique injecté dans la rencontre, ne survolant pas les débats dans le jeu à proprement parler. Les officiels soviétiques font d’ailleurs entendre leur mécontentement envers les arbitres américains à la fin du match, le président de la fédération, Andrei Starovoitov, les accusant « <em>d’avoir laissé les Canadiens jouer comme une bande de barbares</em> », allant jusqu’à casser des chaises dans leur vestiaire…</p>
<p style="text-align: justify;">Du côté canadien, ce succès est un profond soulagement. Harry Sinden ne se laisse cependant pas éblouir par cette victoire, plus que jamais conscient de la qualité de ses opposants, et lance à ses troupes : « <em>Appréciez la victoire, mais gardez les pieds sur terre. Il nous reste six matches à jouer. Appréciez ce soir, savourez-le, mais il nous reste des rencontres périlleuses à jouer !</em> »<br />
<span style="color: #ffffff;">.<br />
</span><br />
<object classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="425" height="344" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/-iEJD7Pg0Tk&amp;hl=fr&amp;fs=1" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><embed type="application/x-shockwave-flash" width="425" height="344" src="http://www.youtube.com/v/-iEJD7Pg0Tk&amp;hl=fr&amp;fs=1" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true"></embed></object></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span><br />
<span style="text-decoration: underline;">Game 3</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<img class="size-medium wp-image-201" title="canada2" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/canada2-300x241.jpg" alt="canada2" width="300" height="241" />
<p style="text-align: justify;">Pour la troisième manche, direction l’Ouest du Canada et la ville de Winnipeg, dans une ambiance quelque peu délétère. En effet, cette région du pays regrette d’avoir été laissé de côté par les pontes de la NHL lors des précédentes expansions (seul Vancouver a fait son entrée dans la ligue), et ne comprend toujours pas comment l’enfant prodigue de la ville et du club des Jets, Bobby Hull, a pu se voir refuser sa participation à la série. Ainsi, certains journaux locaux n’hésitent pas à désigner le Team Canada comme le « Team US-NHL »… Toutefois, la veille de la rencontre, l’actualité internationale prend le dessus sur le hockey : à Munich, où se déroulent les Jeux olympiques d’été, un commando terroriste palestinien du nom de Septembre Noir a pris l’équipe de lutte israélienne en otage. La tentative de libération par les autorités allemandes est un fiasco : onze athlètes et un policier trouvent la mort, le monde entier est sous le choc…</p>
<p style="text-align: justify;">Outre-Atlantique, la vie poursuit son cours, et Sinden, satisfait du déroulement du deuxième match, choisi de garder sensiblement la même formation, laissant Tony Esposito dans les buts. L’entraîneur russe Bobrov de son côté, opte pour quelques modifications, en choisissant notamment d’inclure dans sa rotation la « Kid line », composée d’Alexander Bodunov, de Vyacheslav Anisin et de Yuri Lebedev, trois gamins qui faisaient partie l’année précédente de l’équipe junior soviétique, vainqueur des mondiaux universitaires de Lake Placid.</p>
<p style="text-align: justify;">La partie est entamée tambour battant, et ce sont les Canadiens qui prennent le jeu à leur compte. Ils sont récompensés au bout de tout juste deux minutes, lorsque Jean-Paul Parisse ouvre la marque. Les Soviétiques égalisent dans la foulée, mais les hommes à la feuille d’érable poursuivent leur forcing, et reprennent l’avantage juste avant la fin de la période, sur une réalisation de Ratelle. En début de deuxième tiers, Esposito donne le break aux siens, d‘un superbe slap. Deux buts d’avance, ou une histoire de déjà-vu… Quelques minutes plus tard, alors que les rouges sont en infériorité numérique, Kharlamov récupère un palet le long de la bande, donne le tournis et efface Brad Park, avant de gagner son duel face à Esposito. Les Canadiens pensent le signe indien vaincu lorsque Henderson redonne une avance de deux buts aux siens, à sept minutes du terme de la période. C’est sans compter sur la »Kid line », qui entre en scène et met le feu sur la glace : en deux minutes, ils ramènent leur formation dans le match, tout d’abord par l’intermédiaire de Lebedev, qui suit bien un rebond laissé par Esposito, puis grâce à Alexander Bodunov, qui à la réception d’une passe d’Anisin, tire et trouve la lucarne du portier canadien. 4-4, plus rien ne sera marqué durant le dernier tiers, les locaux butant sur un Tretiak, manchot présumé, en état de grâce, auteur de trente-quatre arrêts au cours de la rencontre (contre vingt-et-un à Esposito), et élu pour la seconde fois consécutive homme du match. Les Canadiens ont dominé, ont pris l’avantage, eut les opportunités de l’emporter, mais ont une nouvelle fois failli, rejoints par des Russes au collectif soudé, au moral en acier trempé, portés par un gardien de vingt ans hors du commun…</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">..</span><span style="text-decoration: underline;"><br />
<object classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="425" height="344" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/Qrb3JrcTwwQ&amp;hl=fr&amp;fs=1" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><embed type="application/x-shockwave-flash" width="425" height="344" src="http://www.youtube.com/v/Qrb3JrcTwwQ&amp;hl=fr&amp;fs=1" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true"></embed></object></span></p>
<p><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Game 4</span></p>
<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl id="attachment_179" class="wp-caption alignleft" style="width: 219px;">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-medium wp-image-179" title="sinden" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/sinden-209x300.jpg" alt="Harry Sinden" width="209" height="300" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Harry Sinden</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">La dernière escale de ce périple au pays du hockey se déroule à Vancouver, où les Canadiens n’ont d’autre choix que de remporter la rencontre, au risque de s’exposer à une cruelle désillusion à Moscou. Dryden se voit donner une seconde chance dans les cages, alors que Savard est absent, blessé au cuir chevelu. Mais l’accueil réservé par les fans canadiens se révèle glacial. Il l’est encore davantage au terme de la première période, au cours de laquelle les Soviétiques prennent un avantage de deux buts, marqués par Boris Mikhailov en supériorité numérique. Les locaux remportent le deuxième tiers 2-1, mais c’est un mirage : ils ne peuvent faire illusion face à des adversaires qui les outre dominent dans tous les secteurs du jeu. La messe est dite depuis longtemps, et malgré un ultime sursaut d’orgueil canadien durant la dernière période, la partie se termine sur le score de 5-3. Un succès sans contestation possible, qui fait dire au coach Sinden : « Nous ne sommes jamais entrés dans le match. Ils ont juste pris le contrôle, et malgré tous nos efforts, nous avons peu à peu sombré au fil de la rencontre ». Cette nouvelle humiliation ne plait que modérément à la foule, qui accompagne la sortie de ses joueurs d’une bronca monumentale, assortie de jets de projectiles en tout genre sur la glace. C’est le moment que choisit Phil Esposito pour réagir. Devant le tollé réservé à l’équipe canadienne, il laisse éclater sa colère, encore en sueur, devant les caméras de télévision : « Je voudrais dire au gens à travers tout le Canada que nous avons essayé, nous avons donné le meilleur de nous-mêmes, et pour les gens qui nous ont hué, je suis vraiment, tous les gars sont vraiment accablés, et nous sommes déçus par certaines personnes… On ne comprend pas la mauvaise presse que l’on nous fait, les sifflets que l’on reçoit dans nos propres patinoires. Si les Russes huent leurs joueurs, alors je reviendrais et je m’excuserais auprès de chaque Canadien, mais je ne crois pas qu’ils le feront. Je suis vraiment déçu. […] Chacun de ces gars, trente-cinq gars qui sont venus jouer pour le Team Canada, nous l’avons fait parce que nous aimons notre pays, et pas pour une autre raison. Ils peuvent jeter l’argent de leur retraite par-dessus la vitre, ils peuvent jeter ce qu’ils veulent par-dessus la vitre, nous sommes venus parce que nous aimons le Canada ».</p>
<p style="text-align: justify;">Les joueurs canadiens rentrent abattus à leur chambre d’hôtel, pendant que les Soviétiques sabrent le champagne dans les clubs de Vancouver.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.<br />
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<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span><br />
La tournée canadienne s’achève ainsi sur une surprise monumentale : après quatre matchs, les Soviétiques mènent la série (2-1-1), avant de recevoir à quatre reprises à domicile. Revigorés par la diatribe d’Esposito, il reste quinze jours aux Canadiens pour se préparer à l’affrontement en terre hostile communiste, et éviter au pays de perdre tout ce qui fait son honneur, sa gloire, sa plus grande fierté : son hockey sur glace, ce qui est tout simplement inconcevable.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Vidéo</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span><span style="text-decoration: underline;"><br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;">Phil Esposito s&#8217;adressant à la patrie</p>
<p style="text-align: justify;">
<p><object classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="425" height="344" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/YqZOLIzs7zo&amp;hl=fr&amp;fs=1" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><embed type="application/x-shockwave-flash" width="425" height="344" src="http://www.youtube.com/v/YqZOLIzs7zo&amp;hl=fr&amp;fs=1" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true"></embed></object></p>
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		<title>La série du siècle (Partie 1)</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Mar 2009 16:55:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
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		<description><![CDATA[28 septembre 1972. Une date, un événement, un épilogue dramatique qui laissent le temps se figer et façonner la fabuleuse histoire du sport en plus de marquer à jamais la mémoire collective. Chaque Canadien alors en âge de comprendre ce qui se passait se rappelle où il se trouvait lors de cette journée si particulière. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>28 septembre 1972. Une date, un événement, un épilogue dramatique qui laissent le temps se figer et façonner la fabuleuse histoire du sport en plus de marquer à jamais la mémoire collective. Chaque Canadien alors en âge de comprendre ce qui se passait se rappelle où il se trouvait lors de cette journée si particulière. Comme si c’était hier.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Septembre 1972. Dans un monde régi par la guerre froide, les Canadiens sont sur le point d’affronter les Soviétiques, au cours d’une série de huit matches au cours de laquelle la suprématie sur le hockey mondial est en jeu. Bien plus qu’une simple confrontation sportive, cette rencontre revêt une dimension idéologique majeure. A l’heure où le sport devient un outil privilégié dans la lutte entre superpuissances, ce sont deux conceptions du hockey, deux styles de vie, deux modèles de société qui sont sur le point de s’affronter sur la glace. Et ce qui va devenir la « série du siècle » va offrir aux yeux du monde un spectacle onirique et un moment de sport inoubliable qui vont fondamentalement transformer la face du hockey. Flashback.</p>
<h4><strong>Aux origines de la série</strong></h4>
<p style="text-align: justify;">Le Canada, véritable terreau du hockey sur glace, marque de son empreinte les compétitions internationales majeures dans la première partie du XXe siècle, à commencer par les Jeux olympiques. Il remporte le premier tournoi organisé à Anvers en 1920, puis à partir de l’instauration des Jeux d’hiver quatre ans plus tard, glane cinq médailles d’or au cours des six premières éditions (une défaite en finale des Jeux de Garmsich-Partenkirchen en 1936 face à la Grande-Bretagne reste un accident inexplicable).</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-162" title="cccp" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/cccp-201x300.jpg" alt="cccp" width="201" height="300" />A cette époque en Union Soviétique, le sport est totalement intégré à la politique, considéré comme un instrument de propagande essentiel pour le Parti, qui régule ainsi tout ce qui touche de près ou de loin à la sphère sportive. Pourtant, au départ, les autorités communistes ignorent les fédérations bourgeoises et décident de boycotter toute compétition émanant de celles-ci, dont les JO, accusés de «<em> faire dévier les travailleurs de la lutte des classes en les entraînant vers de nouvelles guerres impérialistes</em> »1.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette situation perdure jusqu’à l’émergence de la guerre froide. Dès lors, forte de son système sportif étatisé et de ses structures, l’URSS voit dans les Jeux et les victoires que peuvent lui conférer ses athlètes un moyen idéal pour défaire l’idéologie du bloc adverse tout en faisant la promotion du communisme : « <em>En URSS, le sport national était maintenant considéré comme assez fort pour partir à la conquête du monde : les victoires sur les états bourgeois démontreraient aux gens de l’intérieur comme de l’extérieur la vitalité du système soviétique</em> »2.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec ses sportifs « amateurs » camouflés (pour ne pas déroger aux codes de la Charte olympique, les athlètes occupent des fonctions quasi-fictives dans l’administration ou l’armée, la totalité de leur temps étant consacrée à l’entraînement), la puissante machine rouge se lance dans la course aux médailles à partir de 1952, avec une réussite certaine. En 1954, les hockeyeurs soviétiques remportent leur premier championnat du monde à Stockholm, et poursuivent leur fulgurante progression année après année, instaurant une véritable dynastie, ne laissant que les miettes aux Canadiens.</p>
<p style="text-align: justify;">Exaspérés par ces revers à répétition, ces derniers tentent de négocier en 1970, à l’occasion des Mondiaux de Winnipeg, la présence d’un nombre limité de professionnels de la NHL dans leurs rangs. Les Soviétiques refusent. En réponse, les hommes à la feuille d’érable décident alors de se retirer de toute compétition internationale. Cependant, deux ans plus tard, l’idée d’une confrontation entre les amateurs russes et les stars canadiennes commence à germer.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-medium wp-image-169" title="cccp1" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/cccp1-266x300.jpg" alt="cccp1" width="266" height="300" />L’ébauche de ce projet trouve ses racines au mois de décembre 1971. Un diplomate canadien, Gary Smith, est alors en mission du côté de Moscou, avec pour objectif de répertorier des informations sur la société et le mode de vie soviétiques au travers du quotidien <em>Izvestia</em>. Devant le florilège d’articles traitant de propagande anti-occidentale, il se décide à jeter un œil du côté de la section sport du journal. Il tombe alors sur un papier signé d’un certain <em>Snowman</em>, Boris Fedosov de son vrai nom, attestant que les hockeyeurs soviétiques se lassent des victoires aisées sur leurs voisins européens et sont à la recherche d’un challenge de plus grande envergure. Smith contacte alors l’auteur de l’article. Ils se retrouvent autour d’un verre et fomentent le dessein d’une série opposant les meilleurs joueurs russes aux stars canadiennes. Ils font remonter les résultats de leur entrevue au sein de leur hiérarchie respective. Quelques mois plus tard, le projet prend vie. Les bases de l’événement sont posées : un affrontement au meilleur de huit matches, quatre à travers le Canada, et quatre à Moscou, au mois de septembre 1972.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<h4 style="text-align: justify;">Un succès canadien annoncé</h4>
<p style="text-align: justify;"><img class="size-medium wp-image-164 alignleft" title="summit72" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/summit72-300x261.jpg" alt="summit72" width="300" height="261" /></p>
<p style="text-align: justify;">A l’aube de la série, la grande majorité des observateurs nord-américains sont unanimes : l’équipe canadienne, emmenée par les stars de la NHL Tony et Phil Esposito, Stan Mikita, Bobby Clarke, Gary Bergman, les frères Mahovlich, Yvan Cournoyer, Serge Savard et autre Ken Dryden, ne va faire qu’une bouchée des amateurs venus de l’autre côté du rideau de fer. Et ce n’est pas parce manquent à l’appel Bobby Orr (blessé à un genou) et Bobby Hull (qui, ayant signé la saison précédente aux Winnipeg Jets dans la ligue concurrente de la WHA, n’est pas autorisé à faire partie de l’équipe, malgré les nombreuses pressions politiques en faveur de sa participation), que les pronostics vont changer, l’écart de niveau supposé entre les deux formations étant colossal.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, à la veille du premier match, le <em>New York Times</em> écrit : «<em> L’équipe de NHL va les battre en huit manches sèches</em> », appuyé par d’autres quotidiens comme le<em> Boston Globe</em> : « <em>8-0 &#8211; et ce sera également le score du premier match</em> », et des personnalités tel le légendaire gardien Jacques Plante, qui atteste : «<em> Huit d’affilée pour le Canada </em>». A la rigueur, les hommes à la feuille d’érable pourraient laisser filer une rencontre, comme le signale le <em>Toronto Star</em>, qui prédit un score de 7-1.</p>
<p style="text-align: justify;">Seules deux voix osent augurer un succès soviétique : l’ancien gardien des Maple Leafs de Toronto, Billy Harris, qui voit en Vladislav Tretiak, le dernier rempart russe, une des clés de la victoire, et le journaliste du <em>Montreal Star,</em> John Robertson. Ce dernier pense lui aussi que les Rouges vont s’imposer, s&#8217;appuyant sur le fait que la saison NHL n’a pas encore commencé. Pour lui, les joueurs canadiens ne seront pas au point physiquement. Ils sont fustigés par la presse américaine, Roberston faisant notamment l’objet d’attaques virulentes, étant même incité à aller écrire pour la <em>Pravda</em>…</p>
<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl id="attachment_161" class="wp-caption alignright" style="width: 310px;">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-full wp-image-161" title="tretiak" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/tretiak.jpg" alt="Tretiak, point faible supposé de l'équipe soviétique" width="300" height="283" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Tretiak, point faible supposé de l&#8217;équipe soviétique</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">Le staff et les joueurs canadiens paraissent également sûrs de leur triomphe face à cette modeste équipe soviétique qui vient en Amérique du Nord « <em>pour apprendre</em> », selon leurs propres termes. Les émissaires du Team Canada, John McLellan et Bob Davidson (respectivement entraîneur et scout des Toronto Maple Leafs), passent durant l’été une semaine en Russie, à l’occasion de laquelle ils supervisent deux rencontres de la sélection nationale opposée au CSKA Moscou (club de l’armée). Leur rapport est sans concession : les hockeyeurs russes sont à des années lumières des Canadiens en termes de talent pur et de jeu, et leur gardien, Vladislav Tretiak, est le point faible de cette équipe. L’histoire apprendra plus tard que cette semaine là, Tretiak était sur le point de se marier (mais avait dû reporter la cérémonie à trois reprises en raison de sa préparation à la série) et n’avait pas à ce moment la tête à jouer au hockey.</p>
<p style="text-align: justify;">Le lendemain de l’arrivée des Soviétiques en terre canadienne, les stars de la NHL assistent au premier entraînement de ces derniers. Devant leur équipement désuet et leurs méthodes atypiques, ils se trouvent conforter dans leurs certitudes et rient au nez de leurs futurs adversaires. Anatoli Tarasov, coach de la formation russe, se souvient : « <em>C’était mon rêve de voir des joueurs professionnels. Vous êtes venus à nos entraînements et nous sommes venus aux vôtres, mais il y avait une différence. Vous avez regardé cinq minutes, et vous vous êtes moqués de nos joueurs. Je suis resté assis pendant vos entraînements, ensorcelé. Je n’ai jamais écrit autant et aussi vite. Cela m’a enchanté de vous voir rire de nous. Soit vous étiez trop suffisants et n’y portiez aucune attention, soit vous ne compreniez pas le type de hockey que nous jouions</em> ». Seul Ken Dryden, qui était encore amateur en 1969 et avait été battu par les Russes lors des championnats du monde, sait de quoi ils sont capables, et comprend vite qu’ils n’ont pas dévoilé tout leur potentiel.</p>
<p style="text-align: justify;">A quelques encablures du coup d’envoi du premier match qui doit se tenir dans la Mecque du hockey, le mythique Forum de Montréal, le ton de la série est ainsi donné.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.<br />
.</span><br />
<span style="text-decoration: underline;">Notes</span></p>
<p style="text-align: justify;">1- James Riordan, <em>Sports, politics and communism</em>, Manchester, Manchester University Press, 1991, p. 70.</p>
<p style="text-align: justify;">2- <em>Ibid</em>, p. 72.</p>
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