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	<title>Sport Fever &#187; guerre froide</title>
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		<title>Miracle on ice (Partie 3)</title>
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		<pubDate>Thu, 09 Apr 2009 11:24:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L’impact historique du Miracle on ice

Ils l’ont fait. Réaliser l’impensable. Renverser la montagne. Plonger le pays dans une douce folie. L’exploit transcendant réalisé par la bande d’Herb Brooks soulève au travers des Etats-Unis une vague d’enthousiasme et de frénésie incomparable. Kevin Allen, auteur de l’ouvrage USA Hockey : a celebration of a great tradition, note [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4>L’impact historique du Miracle on ice</h4>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_448" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-448" title="eruzione2" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/04/eruzione2-300x297.jpg" alt="Mike Eruzione après avoir inscrit le but décisif" width="300" height="297" /><p class="wp-caption-text">Mike Eruzione après avoir inscrit le but décisif</p></div>
<p style="text-align: justify;">Ils l’ont fait. Réaliser l’impensable. Renverser la montagne. Plonger le pays dans une douce folie. L’exploit transcendant réalisé par la bande d’Herb Brooks soulève au travers des Etats-Unis une vague d’enthousiasme et de frénésie incomparable. Kevin Allen, auteur de l’ouvrage <em>USA Hockey : a celebration of a great</em> tradition, note : « <em>Grâce à l’avènement de la télévision, le but d’Eruzione en 1980 déclencha une célébration nationale spontanée d’une intensité stupéfiante. Les gens pleuraient, les inconnus s’enlaçaient, et des groupes au travers du pays se rassemblèrent dans de vibrantes interprétations de God bless America et du Star-spangled banner</em>. »</p>
<p style="text-align: justify;">Pour comprendre cette explosion de joie inouïe, difficile à évaluer chez nous, il faut se référer au contexte : la guerre froide, les tensions croissantes avec l’Union Soviétique, les désillusions successives de l’Oncle Sam sur la scène internationale, la morosité ambiante entre ses frontières. C’est une véritable crise de confiance qui affleure au-dessus de l’Amérique à cette époque, une remise en cause de ses croyances, de ses convictions les plus profondes, de cette foi immuable en elle-même, qui lui permet de surmonter tous les obstacles. L’Amérique doute. La nation est touchée dans son âme, et le patriotisme de l’Américain moyen mis à mal, chose qu’il a du mal à concevoir, et à affronter. C’est pourquoi la victoire de son équipe, composée uniquement d’amateurs, face à une formation soviétique qui cristallise tous les clichés malsains relatifs au sport communiste, dans une rencontre qui a toutes les allures d’une transposition sur la glace des enjeux de la guerre froide, prend pour lui la forme d’une douceur exquise. L’espace d’un instant, le temps se fige lors d’un match de hockey sur glace. Les Etats-Unis se réaccaparent le devant de la scène et la place qui, dans l’ordre naturel des choses, leur est dévolue : la première. Le gain de la médaille d’or est un symbole puissant, qui permet au pays d’y croire à nouveau, et qui explique a posteriori l’impact du miracle sur la société américaine.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette impression de renouveau insufflé par l’équipe nationale de hockey peut être corroborée par les propos de témoins de l’époque. Ainsi, E.M Smith, journaliste pour <em>Sports Illustrated</em>, écrit : « <em>A un moment où les tensions internationales et les frustrations domestiques avaient altéré le traditionnel optimisme américain, les outsiders de l’équipe olympique américaine donnèrent le vertige à la nation entière. […] Ces jeunes l’ont fait en s’appuyant sur l’ancienne éthique du travail américaine, que beaucoup croyaient disparue de la surface de la Terre</em>. » Barry Rossen, un des otages de l’ambassade américaine à Téhéran, rapporte lui ses souvenirs au <em>New York Times</em> : « <em>Le match a été le moment où les Américains ont commencé à nouveau à ressentir de la fierté. Les gens cherchaient quelque chose auquel s’accrocher. Les choses allaient si mal depuis si longtemps</em>. »</p>
<p style="text-align: justify;">Les joueurs eux-aussi se remémorent l’effet qu’a occasionné leur triomphe sur leurs compatriotes. Steve Janaszak, gardien suppléant, confie ainsi : « <em>D’un coup, vous avez cette petite lueur d’espoir qui a été présentée à tort comme un groupe d’universitaires qui ont sauté ensemble dans une voiture pour finir à Lake Placid. Ce qui n’était pas le cas, mais beaucoup d’Américains l’ont ressenti ainsi, jouer contre les grands, méchants professionnels soviétiques. Et nous les avons battus</em>. » Un moment rare, mémorable, impérissable, qui a profondément marqué la conscience collective américaine. Mike Eruzione, capitaine devenu héros intemporel un soir de février 1980, est sans aucun doute le mieux placé pour en parler.</p>
<p style="text-align: justify;">A l’époque, Mike, du haut de ses vingt-cinq ans, est le doyen du groupe. Joueur moyen évoluant dans les rangs de l’université de Boston, les recruteurs ne s’intéressent pas à lui, le jugeant trop frêle, trop lent pour intégrer le gratin de la prestigieuse Ligue Nationale. Il est vrai qu’il ne possède pas les prédispositions naturelles pour le jeu et le talent de ses compères Mark Johnson, Dave Christian ou Neal Broten pour ne citer qu’eux. D’ailleurs, il ne portera jamais les couleurs d’une franchise de la NHL et arrêtera sa carrière après les Jeux. Mais ce lancer salvateur qui conduit l’Amérique au paradis à Lake Placid va le faire entrer dans la légende et changer son existence, à jamais. Interviewé par <em>Sports Illustrated</em> en 2000, il atteste : « <em>Je dois gérer beaucoup plus, je pense, que la plupart de mes coéquipiers. Après les Jeux olympiques, ils ont eu des carrières NHL et ont été impliqués dans le milieu. Depuis vingt ans, je fais des choses à cause de ce qui m’est arrivé en 1980</em>. » Pas un jour ne se passe sans qu’il n’y ait quelqu’un pour lui rappeler ce but qui l’a fait passer à la postérité : « <em>La première fois que vous rencontrez les gens, ils ressentent le besoin de vous dire où ils étaient. Ils disent &laquo;&nbsp;laissez-moi vous raconter une histoire marrante. Vous ne devinerez jamais où je me trouvais quand vous les gars…&nbsp;&raquo;. Et je les ai tous écoutés, et ils étaient tous géniaux</em>. » Mike est devenu l’incarnation même du miracle, un messie tombé du ciel pour redorer le blason de son pays. Et, malgré les années qui passent, celui-ci ne l’oublie pas, et l’a érigé en sorte de dieu vivant, condition dont il ne pourra jamais se défaire, et qu’il a parfois du mal à envisager. Pour preuve, il n’a jamais trouvé la force de replonger dans ce moment, sorti de l’espace-temps, qui a littéralement bouleversé sa vie : «<em> Peut-être devrais-je m’asseoir avec un psychologue ou un spécialiste pour le faire, mais j’ai toutes les vidéos de chaque match au bureau et je ne les ai jamais regardées</em>. »</p>
<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl id="attachment_449" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px;">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-medium wp-image-449" title="miraclepodium" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/04/miraclepodium-300x230.jpg" alt="L'équipe américaine sur le toit de l'olympisme" width="300" height="230" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">L&#8217;équipe américaine sur le toit de l&#8217;olympisme</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">Pour les Américains, le Miracle on ice représente ainsi bien plus qu’une simple victoire sportive et est considéré aux Etats-Unis comme l’événement olympique majeur du vingtième siècle, ainsi que le précise E.M Smith : « <em>Aucune autre performance olympique n’a touché le pays autant que l’équipe de hockey ne l’a fait, pas même les brillantes courses de Jesse Owens devant Adolf Hitler à Berlin en 1936</em>. » Lake Placid est une date historique marquante dans l’histoire du hockey, du sport, de la société américaine. Dave Ogrean, ancien directeur exécutif de la fédération américaine de hockey, certifie : « <em>C’est le moment le plus extraordinaire de l’histoire de notre sport dans ce pays. Pour les personnes qui sont nées entre 1945 et 1955, elles savent où elles étaient quand John F. Kennedy a été assassiné, quand l’homme a marché sur la lune, et quand les USA ont battu l’Union Soviétique à Lake Placid</em>. »</p>
<p style="text-align: justify;">La Fédération de hockey internationale elle-même, à l’occasion de son centenaire en 2008, a élu le Miracle comme l’épisode le plus marquant de son histoire (devant la série du siècle de 1972), stipulant notamment : «<em> Il y a eu des équipes meilleures qui ont accompli de plus grandes choses au travers de périodes plus fastueuses du hockey international, mais il y a un seul match, une seule équipe, un seul moment, qui peut-être réellement appelé un miracle. Et rien ne peut surclasser un miracle. Rien</em> ». L&#8217;épisode s&#8217;est fait une place dans les livres d&#8217;histoire, et plusieurs documentaires et films ont déjà retracé l’épopée d’Herb Brooks et ses hommes (le dernier en date étant le long-métrage « Miracle », sorti sur les écrans en 2004).</p>
<p style="text-align: justify;">A l’époque, le hockey sur glace est une discipline relativement confidentielle aux Etats-Unis. Malgré le succès grandissant de la NHL, les meilleurs éléments restent les Canadiens, les Américains étant réputés maladroits et mentalement friables lors des événements importants. Peu avant Lake Placid, le légendaire technicien soviétique Anatoly Tarasov, en visite aux Etats-Unis, évoquait ces carences avec son ami Lou Vairo, membre de la fédération américaine : « <em>Vous pouvez bâtir les plus grands buildings au monde. Vous pouvez faire quarante-cinq sortes de mayonnaises différentes. Vous pouvez apprendre aux dauphins à exécuter les tâches les plus complexes. Pourquoi ne pouvez-vous pas apprendre à vos joueurs à se passer le palet à plus de deux mètres ?</em> »</p>
<p style="text-align: justify;">Les retombées d’un succès majeur d’une équipe nationale, au cours d’une grande compétition, sont bien souvent factuelles. L’intérêt grandit, des passions se dévoilent, des vocations naissent. Le triomphe des boys ne déroge pas à la règle, et va donner un nouvel élan au hockey américain. En 1980, environ 10 000 clubs étaient répertoriés aux USA. Ce chiffre est porté à près de 15 000 dix ans plus tard, et près de 30 000 en 1997, les données suivant une courbe ascendante. Les jeunes joueurs ont incontestablement été influencés par la performance de la bande à Herb Brooks, en témoignent les propos de l’ancien joueur des Washington Capitals, Steve Konowalchuk : « <em>J’avais huit ans lorsque les USA ont remporté l’or aux Jeux olympiques de 1980. Je me souviens de regarder les matchs et de fêter chaque victoire. En conséquence, j’ai travaillé très dur sur mon jeu, espérant un jour faire partie de quelque chose d’aussi spécial que de gagner une médaille d’or olympique .</em>» Et c’est ainsi que le miracle a apposé une marque indélébile sur le hockey américain.</p>
<p style="text-align: justify;">En ce qui concerne les réactions de l’autre côté du rideau de fer, peu d’études se sont intéressées au point de vue soviétique. Une des raisons majeures expliquant leur improbable défaite semble être le fait qu’ils aient largement sous-estimé leurs adversaires, confortés dans leurs certitudes par des années de succès sur les glaces du monde entier, et par l’écrasante victoire acquise aux dépens des universitaires américains juste avant l’ouverture des Jeux. Victor Tikhonov confie ainsi à Wayne Coffey, dans l’ouvrage <em>The boys of winter : the untel story of a coach, a dream and the 1980 U.S. Olympic Hockey Team </em>: « <em>Peu importe ce que nous essayions on ne pouvait enlever ce 10-3 de l’esprit des joueurs. Ils me dirent qu’il n’y aurait pas de problème. Il s’est avéré que c’est devenu un très gros problème </em>». Malgré ce camouflet, les Soviétiques font preuve de sportivité jusqu’au bout, félicitant leurs tombeurs après la rencontre. Mark Johnson se remémore d’un « <em>joli match</em> », lancé par Boris Mikhailov, alors qu’ils attendaient tous les deux pour le contrôle antidopage.</p>
<p style="text-align: justify;">A propos de son éviction surprise à la fin de la première période, Vladislav Tretiak raconte dans son autobiographie : «<em> Je ne crois pas que j’aurais du être remplacé. Myshkin était un excellent gardien, mais il n’était pas préparé pour le combat, il n’était pas assez focalisé sur les Américains</em> ». Bien des années plus tard, alors qu’ils se retrouvent coéquipiers sous le maillot des Devils du New Jersey, Mark Johnson évoque cette affaire avec Viacheslav Fetisov, qui hoche la tête et lui répond en deux mots aux accents de l‘Est : «<em> Coach crazy</em> » (entraîneur fou). Il affleure cependant que Tikhonov n’a pas subi les conséquences de ces choix tactiques discutables (le remplacement de Tretiak, l’obstination à s’appuyer sur ses vétérans durant le troisième tiers, le fait de ne pas sortir son gardien pour créer un avantage numérique en fin de partie.) Si la <em>Pravda </em>occulte le fâcheux revers, il n’est pas menacé dans ses fonctions, et la machine rouge reprend sa marche en avant dès l’année suivante, en remportant la Coupe Canada et les championnats du monde. S’en suivent deux autres titres mondiaux en 1982 et 1983, et la médaille d’or olympique en 1984 à Sarajevo. Avec du recul, l’échec de Lake Placid n’apparaît être qu’un accident de parcours dans l’histoire triomphante du hockey soviétique des années 1970-80, qui restera à jamais l’une des dynasties les plus grandioses de son temps.</p>
<p style="text-align: justify;">Le 22 février 1980, une rencontre de hockey s’est ainsi transformée en miracle. C’était l’histoire de vingt gamins, universitaires amateurs, emmenés par un entraîneur hors du commun, qui partaient en croisade, chaussés de patins, défier et terrasser le géant soviétique sur la glace de Lake Placid. Un conte de fées tout droit sorti des livres pour enfants, qui allait redonner à tout un pays l’occasion de sourire. Une Amérique mélancolique, désenchantée, plongée dans la torpeur des temps, qui, l’espace d’un instant, convergeait avec ses boys, héros à la foi ardente et inextinguible, vers le plus beau des rêves. Celui qui devient réalité.</p>
<pre style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.
.</span>
Crédits photos :
- Wikimedia Commons</pre>
<p><span style="text-decoration: underline;">Vidéos</span></p>
<p>Interview des acteurs du Miracle<br />
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<p>Portrait de Jim Craig<br />
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<p>Interview de Dave Silk et Aleksei Kasatonov<br />
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<p>Eruzione accepte d&#8217;affronter son but 28 ans après<br />
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<p>Exposé d&#8217;un étudiant lors d&#8217;un cours d&#8217;Histoire sur le miracle<br />
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		<title>Miracle on ice (Partie 2)</title>
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		<pubDate>Wed, 01 Apr 2009 08:11:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
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		<category><![CDATA[olympisme]]></category>
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		<category><![CDATA[URSS]]></category>

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		<description><![CDATA[Au cœur de l’arène olympique

Le tournoi de hockey des Jeux est prévu pour se dérouler en deux phases : les douze équipes participantes sont réparties en deux groupes, les deux leaders de chaque côté à la fin de ce premier tour se retrouvant dans une poule finale à quatre au cours de laquelle les points [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4 style="text-align: justify;">Au cœur de l’arène olympique</h4>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_433" class="wp-caption alignright" style="width: 275px"><img class="size-full wp-image-433" title="craig" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/04/craig.jpg" alt="Jim Craig" width="265" height="220" /><p class="wp-caption-text">Jim Craig</p></div>
<p style="text-align: justify;">Le tournoi de hockey des Jeux est prévu pour se dérouler en deux phases : les douze équipes participantes sont réparties en deux groupes, les deux leaders de chaque côté à la fin de ce premier tour se retrouvant dans une poule finale à quatre au cours de laquelle les points obtenus contre l’autre formation qualifiée sont conservés. Les Américains se retrouvent dans le groupe bleu, et évitent l’Union Soviétique, mais vont se trouver confronter à d’autres adversaires particulièrement redoutables. La qualification pour le second tour est loin d’être acquise d’avance, et la première rencontre face à la Suède va tirer la sonnette d’alarme. Menés deux buts à un durant le troisième tiers, les boys ne doivent leur salut qu’à un sursaut du défenseur Bill Baker, qui égalise à vingt-sept secondes du coup de trompe final. Ce premier point glané dans la douleur va cependant mettre sur orbite un groupe de plus en plus uni, et déjà au pied du mur avant d’affronter la Tchécoslovaquie, autre grande école de hockey européenne, habituée des podiums (douze médailles consécutives aux mondiaux dont trois titres en 1972, 1976 et 1977, deux médailles de bronze aux Jeux à Innsbruck en 1964 et Sapporo en 1972, et deux d’argent à Grenoble en 1968 et Innsbruck en 1976). Emmenés par les frères Stastny (Petr, Marian et Anton, qui feront les beaux jours de la franchise des Nordiques de Québec durant la décennie 80), ils sont les candidats les plus sérieux à l’obtention de la médaille d’argent. Malheureusement pour eux, ils tombent sur une équipe américaine révoltée, et survoltée, qui leur inflige une petite correction (7-3), en offrant un récital de vitesse et de collectif (sept buteurs différents) des plus séduisants. Les hommes à la bannière étoilée sont désormais entrés dans leur tournoi : la Norvège (5-1) et la Roumanie (7-2) ne sont que pures formalités, et l’Allemagne de l’Ouest, bien que crainte par Herb Brooks et menant un temps 2-0, ne résiste pas elle non plus, battue 4-2.</p>
<p style="text-align: justify;">Les Américains sont ainsi qualifiés pour la ronde finale. Seule ombre au tableau, ils finissent à la seconde place du groupe, les Suédois ayant également remporté tous leurs matchs, avec une meilleure différence de buts. Ils devront donc affronter lors de leur première rencontre les Soviétiques, qui ont sans surprise surclassé leurs adversaires de poule et sont plus que jamais favoris pour la conquête du titre suprême.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h4 style="text-align: justify;">Seul un miracle…</h4>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_436" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-436" title="eruzione1" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/04/eruzione1-300x176.jpg" alt="Mike Eruzione" width="300" height="176" /><p class="wp-caption-text">Mike Eruzione</p></div>
<p style="text-align: justify;">22 février, l‘heure du grand défi a sonné. Dans le vestiaire américain, Herb Brooks distille les dernières consignes à ses troupes et tente de trouver les mots justes pour les motiver, alors qu’ils sont au pied d’un Everest vertigineux. Sa plus vive inquiétude est que son équipe ait trop d’égards envers des adversaires qu’ils magnifient, et que le cauchemar du Madison ne rejaillisse dans les têtes à un moment donné. Durant la traditionnelle causerie d’avant-match, il leur déclare ainsi : « <em>Les grands moments naissent de grandes opportunités. Et c’est ce que vous avez, ce soir […] Ce moment est le vôtre</em>. »</p>
<p style="text-align: justify;">Les joueurs américains entrent sur la glace plus déterminés que jamais, mais doivent faire face à une vague rouge. Les Soviétiques privent leurs adversaires de palet et font le siège de la cage d’un Jim Craig qui apparaît rapidement être dans un bon soir. Littéralement bombardé (dix-huit tirs lors de la première période), il multiplie les sauvetages de grande classe, mais ne peut rien lorsqu’à la neuvième minute de jeu, Vladimir Krutov dévie un lancer d’Aleksei Kasatonov, ne lui laissant pas la moindre chance. Les hommes de Brooks restent cependant concentrés, défendent en bloc et font preuve d’une solidarité à toute épreuve. Sur une récupération à la bleue, Mark Pavelich adresse une transversale millimétrée pour Buzz Schneider, qui décoche un slapshot foudroyant finissant sa course dans la lucarne opposée de Valdislav Tretiak. La joie est malgré tout de courte durée, puisque dans la foulée, Sergei Makarov, d’un subtil revers, redonne l’avantage aux siens. La sirène annonçant la fin du premier tiers approche, et l’on se dit que les Américains ont déjà réussi un petit exploit en tenant ainsi tête à l’ogre soviétique durant vingt minutes.</p>
<p style="text-align: justify;">Moins de dix secondes à jouer, le défenseur Dave Christian envoie un dernier tir de son camp, sans danger apparent. Tretiak, faisant preuve d’une nonchalance inhabituelle, repousse de la botte et laisse un rebond surprenant. L’arrière-garde soviétique, léthargique sur l’action, ne voit pas Mark Johnson s’infiltrer, récupérer la rondelle, avant de tromper un Tretiak médusé. Le chronomètre affiche alors zéro seconde. Après délibération, et malgré les protestations de Tikhonov, les arbitres valident le but. Les Américains sont dès lors plus que jamais dans la partie.</p>
<p style="text-align: justify;">Au retour sur la glace, une immense surprise attend le public et les deux formations. Tikhonov, visiblement exaspéré par l’erreur de son cerbère, a décidé de le sanctionner et de le remplacer. A la légende vivante Tretiak succède ainsi dans entre les poteaux soviétiques Vladimir Myshkin, gardien de talent, mais ne possédant ni l’expérience, ni l’aura de son aîné. Les rouges accélèrent néanmoins le rythme, reprennent l’avantage au bout de deux minutes par l’intermédiaire d&#8217;Alexandre Maltsev en supériorité numérique et étouffent peu à peu leurs rivaux, ne leur laissant que deux petits tirs en tout et pour tout lors de cette période. Portés par un Jim Craig en état de grâce, les Américains font front et regagnent les vestiaires avec un seul but de retard au tableau d’affichage. A l’aube d’un troisième tiers décisif qui s’annonce palpitant, le suspense reste entier.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-medium wp-image-441" title="miracle21" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/04/miracle21-228x300.jpg" alt="miracle21" width="228" height="300" />Portés par une foule toute acquise à leur cause, les boys jettent leurs dernières forces dans la bataille. La préparation savamment concoctée par Herb Brooks, basée sur un conditionnement physique strict et méticuleux, porte ses fruits. Les joueurs américains sont désormais capables de rivaliser durant toute une rencontre avec leur homologues soviétiques sur le plan du patinage et ils imposent en outre à ces derniers un pressing avant qui leur pose énormément de problèmes. Les Rouges balbutient leur hockey, commencent à déjouer et à s’impatienter. Krutov écope bientôt d’une pénalité pour crosse haute. La pression s’accentue devant la cage de Myshkin, mais la défensive tient le choc. La supériorité numérique touche à sa fin. Sur une ultime incursion dans la zone soviétique, Mark Johnson reçoit une passe de Dave Silk au second poteau, et égalise en trouvant l’ouverture entre les jambes de Myshkin. Trois buts partout, la patinoire de Lake Placid entre en ébullition.</p>
<p style="text-align: justify;">Une minute plus tard, après une nouvelle parade décisive de Craig, le palet revient sur Schneider, qui adresse un tir lointain, stoppé facilement par Myshkin. Le forecheck orchestré par Harrington et Pavelich fait cependant perdre le contrôle de la rondelle à la défense. Elle échoit dans la palette du capitaine Mike Eruzione, qui d’un lancer balayé puissant, crucifie le portier soviétique, et plonge l’Amérique entière dans une transe indescriptible. Les USA sont pour la première fois du match en tête et ils ne lâcheront plus cet avantage, Jim Craig enrayant les dernières tentatives d’une armée rouge désespérée. Durant les derniers instants de cette rencontre électrisante et suffocante, le commentateur d’ABC, Al Michaels, lâche cette phrase, passée à la postérité : « <em>Eleven seconds, you’ve got ten seconds, the countdown going on right now ! Morrow, up to Silk. Five seconds left in the game. Do you believe in miracles ? YES !</em> » (Onze secondes, il vous reste dix secondes, le compte à rebours a commencé ! Morrow, pour Silk. Il reste cinq secondes dans le match. Croyez-vous aux miracles ? OUI !). Le coup de trompe final retentit, et c’est dans une explosion d’allégresse inénarrable que les joueurs sanctifient leur triomphe, accompagnés d’un vrombissant «<em> USA ! USA ! USA !</em> », entonné par le public de Lake Placid, en communion absolue avec son équipe .</p>
<p style="text-align: justify;">Les College boys, ces universitaires amateurs, viennent ainsi de réaliser un exploit sensationnel en venant à bout de la Dream Team soviétique. Pourtant, rien n’est alors acquis quant à la médaille d’or, le système de poule finale laissant encore la possibilité à la Suède et à l’URSS de terminer en tête. Une défaite contre la Finlande, et le rêve serait brisé net… Jim Craig déclare ainsi en conférence de presse : « <em>Si nous ne gagnons pas demain, les gens nous oublieront</em>. » Mais, portés par l’élan indicible impulsé par la victoire contre les Soviétiques, les hommes de Brooks ne faillent pas, et malgré quelques frayeurs (ils sont notamment menés 2-1 à l’abord du dernier tiers), remportent la rencontre 4-2, et hissent la bannière étoilée sur le toit de l’olympisme, prolongeant le miracle jusqu’à son terme.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette médaille d’or, outre le caractère épique inspiré par l’apothéose sportive, réchauffe le cœur d’une Amérique meurtrie. La victoire de ses boys est une étincelle rédemptrice, qui lui insuffle le sentiment dont elle a le plus besoin dans les jours sombres qu’elle traverse : l’espoir.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<pre>Crédits photos :
- W.L &amp; Associates, Inc.
- The Agency Group, LTD.
- Sports Illustrated</pre>
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		<title>Miracle on ice (Partie 1)</title>
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		<pubDate>Mon, 30 Mar 2009 16:54:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
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		<description><![CDATA[En cette fraîche soirée d’hiver, ils sont des millions d’Américains, suspendus à leur poste de télévision, à prier pour un miracle. Auquel personne ne croit. Auquel tout le monde, pourtant, a envie de croire. Vietnam, Watergate, Téhéran, inflation, chômage… Des noms qui résonnent comme une angoisse incandescente au pays de l’Oncle Sam. Au début des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">En cette fraîche soirée d’hiver, ils sont des millions d’Américains, suspendus à leur poste de télévision, à prier pour un miracle. Auquel personne ne croit. Auquel tout le monde, pourtant, a envie de croire. Vietnam, Watergate, Téhéran, inflation, chômage… Des noms qui résonnent comme une angoisse incandescente au pays de l’Oncle Sam. Au début des années 1980, la bannière étoilée est en berne. Les revers successifs subis par le pays sur la scène internationale ont affecté la population au plus haut point, et mis à mal le patriotisme hyperbolique de la nation entière. La guerre froide entre dans une phase nouvelle, caractérisée par un regain des tensions aux quatre coins de la planète. L’ambassade américaine est prise en otage en Iran, l’Union Soviétique vient d’envahir l’Afghanistan, et les Jeux de Moscou sont sur le grill.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce 22 février 1980, c’est ainsi tout un pays qui s’unit derrière ses boys, ces hockeyeurs encore amateurs, qui s’apprêtent à défier l’ogre soviétique sur la glace de Lake Placid. Plus qu’une banale rencontre de hockey, c’est la fierté, l’orgueil, l’honneur des Etats-Unis qui est en jeu dans cet affrontement au sommet. Pourtant, leurs chances de remporter cette bataille sont dérisoires, voire inexistantes. C’est pourquoi, ils espèrent tous, en secret… un miracle.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h4 style="text-align: justify;">Le Goliath soviétique</h4>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl id="attachment_427" class="wp-caption alignright" style="width: 310px;">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-medium wp-image-427" title="soviet1979" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/soviet1979-300x203.jpg" alt="L'équipe soviétique après sa victoire face aux All-Stars NHL en 1979" width="300" height="203" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">L&#8217;équipe soviétique après sa victoire face aux All-Stars NHL en 1979</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">Du 13 au 24 février 1980 doivent se tenir à Lake Placid, station située dans les Appalaches, les XIIIème Jeux olympiques d’hiver. Au cœur du conflit glacé, l’opposition entre les nations de l’Est et leurs hôtes américains, est attendue comme un test grandeur nature par les superpuissances, qui ambitionnent d’étendre leur supériorité idéologique sur le terrain sportif. Le tournoi de hockey sur glace, épreuve phare de la compétition, semble cependant, dès le départ, dévolu aux Soviétiques. En effet, depuis 1972 et une certaine <a href="http://www.sport-fever.com/?p=160" target="_blank">série du siècle</a>, plus personne outre-Atlantique n’ose remette en cause le talent et le savoir-faire de l’armada rouge, qui, telle une tornade, balaie tous ses opposants dans les diverses manifestations auxquelles elle prend part. Les hommes au maillot flanqué du célèbre « CCCP » restent sur quatre titres consécutifs aux Jeux, et ont remporté quatorze des dix-sept derniers championnats du monde. Durant la décennie 70, ils défient en outre ponctuellement des formations professionnelles, qu’ils domptent régulièrement	(notamment lors des Summit series de 1974, ou encore en 1979 lorsqu’ils humilient une équipe All-Star composée d’éléments de la Ligue Nationale six buts à zéro). A l’issue de ce camouflet, Frank Mahovlich, ailier gauche de Montréal et toujours friand de bons mots, déclare : «<em> Si vous les mettez au football, en deux ans ils seront capables de remporter le Superbow</em>l ».</p>
<p style="text-align: justify;">Le mythique entraîneur Viktor Tikhonov possède dans ses rangs des joueurs hors du commun, des légendes vivantes comme  Boris Mikhailov, Alexander Maltsev, Vladimir Petrov, Valery Kharlamov, Vladislav Tretiak, et de jeunes étoiles en devenir, qui ont pour noms Viacheslav Fetisov, Vladimir Krutov ou Sergei Makharov. Outre leurs prédispositions naturelles pour le jeu au-dessus de la moyenne, ces athlètes, dont le statut amateur n’est que fiction sournoise leur permettant de participer aux grands événements internationaux, se dévouent corps et âme à la pratique du hockey, évoluant pour la majorité dans le même club, le CSKA Moscou, et s’entraînant ensemble onze mois dans l’année. La mécanique est parfaitement huilée, et c’est une authentique « Dream Team » qui se présente à Lake Placid, avec un seul et unique objectif : l’or.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h4 style="text-align: justify;">La méthode Brooks</h4>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl id="attachment_426" class="wp-caption alignleft" style="width: 239px;">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-full wp-image-426" title="brooks" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/brooks.jpg" alt="Herb Brooks" width="229" height="280" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Herb Brooks</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">Du côté américain, la lourde tâche de former une équipe compétitive pour ces Jeux à domicile incombe à Herb Brooks, ancien international et coach universitaire à succès (il remporte notamment trois titres NCAA derrière le banc des Golden Gophers de Minnesota en 1974, 1976 et 1979). Il connaît parfaitement les rouages du hockey amateur, et se lance dans sa quête un an et demi avant la cérémonie d’ouverture. Pour ce faire, il organise un camp d’entraînement à Colorado Springs, regroupant près de 200 joueurs, qu’il observe scrupuleusement durant quelques jours, avant d’établir sa sélection. Brooks est un perfectionniste absolu, qui possède une conception originale du hockey, et qui sait exactement ce qu’il peut, et veut tirer de ses protégés.</p>
<p style="text-align: justify;">Il sait pertinemment que son équipe ne pourra rivaliser avec les Européens, et a fortiori les Soviétiques, sur le plan du talent et de la technique individuelle. Il a pris note des leçons infligées par la machine rouge aux professionnels nord-américains les années précédentes : « <em>Les formations All-Star ont failli car elles se sont trop reposées sur le talent de leurs individualités, et les Soviétiques retournent ce talent contre vous au travers d’un système mis en place pour améliorer leur équipe. Je souhaite accaparer ce système et les battre à leur propre jeu</em> ». L’escouade qu’il ambitionne ainsi de constituer devra être rigoureuse, solidaire, et se focaliser sur la vitesse d’exécution et le jeu en mouvement, sans se débarrasser et courir systématiquement derrière la rondelle. Il réunit un groupe de vingt joueurs, à qui il impose une discipline draconienne : il instaure des stages de préparation au cours desquels son équipe est soumise à un intense conditionnement physique, suivis d’une tournée de quatre mois en Europe et en Amérique du Nord. Rapidement, cependant, des dissensions se font jour au sein du groupe. La plupart des joueurs sont en effet issus de deux universités rivales, Minnesota et Boston, qui se retrouvent toutes les saisons en lutte pour le gain du Frozen Four. La gestion des égos est délicate, et plusieurs bagarres éclatent à l’entraînement. Brooks va alors reprendre les choses en main. Il admoneste ses protégés : « <em>Si vous voulez régler de vieux comptes, vous êtes dans la mauvaise équipe</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;">Et, en se faisant volontairement détester d’eux par ces méthodes martiales et une pression psychologique constante, il va devenir le vecteur unificateur de l’équipe. Les paroles du médecin en chef du Team USA, vont en ce sens : « <em>S’ils commencent à le haïr, ils arrêteront peut-être de se détester les uns les autres</em>. » Afin d’obtenir le meilleur de ses favoris, l’entraîneur n’hésite pas à les rabaisser constamment, à jouer avec leur orgueil, à les piquer au vif. Il signale ainsi à son gardien titulaire, Jim Craig, qu’il le trouve fatigué avant l’ouverture de la compétition, et qu’il regrette de l’avoir fait trop joué, bien qu’il n’en pense mot. Il connaît exactement l’état d’esprit de son cerbère, qui fonctionne à la motivation et se transcende lorsque la tension est à son paroxysme. D’autres joueurs se souviennent des relations conflictuelles entretenues avec leur coach despotique, à l’image du cadet de l’équipe Mike Ramsey, 18 ans à l’époque, qui confesse : «<em> Il mettait la confusion dans nos têtes à chaque opportunité</em> », ou de Mike Eruzione : « <em>Si Herb venait chez moi aujourd’hui, ce serait toujours inconfortable.</em> »</p>
<p style="text-align: justify;">Toutefois, tous le respectent, et prêtent une oreille attentive à son discours. Brooks est un anti-communiste avéré et aspire à donner à ses troupes l’envie et la force mentale nécessaires pour triompher de l’ennemi soviétique sur la glace. Il veut leur faire prendre conscience que les hommes de Tikhonov ne sont pas des dieux, mais bien des mortels, qu’il n’est pas impossible de vaincre. Il n’hésite pas ainsi à comparer Boris Mikhaïlov à Stan Laurel (de Laurel et Hardy), attestant : « <em>Vous pouvez battre Stan Laurel, non ?</em> », et déclare au travers d’une des nombreuses formules métaphoriques dont lui seul a le secret, et qui seront bientôt intitulées « Brook-ismes », qu’il faut «<em> regarder le tigre dans les yeux et lui cracher au visage</em>. »  Une véritable cohésion commence à émerger au sein du groupe, mais il en faudra bien plus. A quelques encablures du coup d’envoi du tournoi olympique, les Américains affrontent la machine de guerre soviétique, lors d’une rencontre à guichets fermés disputée au Madison Square Garden. Les boys sont étrillés sur le score sans appel de 10 à 3, dans un match au cours duquel ils ne font même pas illusion. La sanction est lourde, et ramène les plus optimistes sur Terre : il y a plus d’une classe de différence entre les deux formations et les espoirs de voir l’équipe à la bannière étoilée ramener ne serait-ce qu’une médaille de bronze de Lake Placid flirtent avec le néant…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<pre style="text-align: justify;"><em>Crédits photos :
- Getty Images / Focus on sport
- Hockey all of fame and museum
</em></pre>
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		<title>Moscou 1980 &#8211; L&#8217;olympisme dans la tourmente (Partie 5)</title>
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		<pubDate>Fri, 20 Mar 2009 12:04:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jeux olympiques]]></category>
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		<description><![CDATA[Le rôle ambigu du gouvernement français face au boycott


En Janvier 1980, au moment où Carter brandit la menace du boycott, Valéry Giscard D&#8217;Estaing entre dans une période charnière de son mandat : il est déjà en train de préparer l&#8217;élection présidentielle de 1981, et il espère briguer une seconde investiture. Attaché à la détente et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4>Le rôle ambigu du gouvernement français face au boycott</h4>
<p><br/></p>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_407" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-407" title="vge" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/vge-300x244.jpg" alt="VGE" width="300" height="244" /><p class="wp-caption-text">VGE</p></div>
<p style="text-align: justify;">En Janvier 1980, au moment où Carter brandit la menace du boycott, Valéry Giscard D&#8217;Estaing entre dans une période charnière de son mandat : il est déjà en train de préparer l&#8217;élection présidentielle de 1981, et il espère briguer une seconde investiture. Attaché à la détente et au dialogue avec l&#8217;Est d&#8217;un côté, et ne s&#8217;entendant pas vraiment avec Carter de l&#8217;autre, il fait preuve d&#8217;une grande modération au départ sur la question des Jeux, se contentant de condamner l&#8217;intervention en Afghanistan, mais ne voulant pas s&#8217;inscrire dans une politique de sanctions à l&#8217;égard de l&#8217;Union Soviétique comme le préconise la Maison Blanche. Au travers de cette attitude semble transparaître la volonté de garder les portes ouvertes, et de jouer sur tous les tableaux. En ménageant Moscou, VGE souhaite pouvoir donner à la France le rôle mondial qu&#8217;elle entend jouer dans les relations bipolaires, en se posant en partenaire privilégié de l&#8217;URSS.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette façon d’agir revêt également une utilité pour sa politique intérieure, puisqu&#8217;en maintenant des rapports avec le Kremlin, le gouvernement se garde de froisser un électorat communiste qui, du fait de ses querelles répétées avec François Mitterrand, pourrait aider à sa réélection un an plus tard. D&#8217;autre part, en ne s&#8217;alignant pas sur les États-Unis, il détourne les critiques sur ses « dérives atlantistes », ce qui a pour effet de réjouir les gaullistes les plus convaincus.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette politique, qualifiée par Dominique Maliesky de « fuite en avant », révèle bien des ambiguïtés. Le gouvernement fait-il preuve d&#8217;attentisme du fait de désaccords au plus haut niveau, et d&#8217;hésitations quant à l’attitude à adopter, ou alors est-il foncièrement pour un boycott et en ce cas, veut laisser le soin aux instances sportives de porter le chapeau d&#8217;une non-participation ?</p>
<p style="text-align: justify;">Selon Maliesky, les deux hypothèses sont intimement liées, l’Élysée ayant sans doute agi avec la plus grande prudence, face à une opinion majoritairement pour la participation aux Jeux de Moscou : « Tout en étant dans son ensemble plutôt favorable à un boycott des Jeux, le gouvernement s&#8217;est mis à douter toujours plus de l&#8217;opportunité et du bien-fondé d&#8217;une telle mesure sous la pression de l&#8217;opinion publique, d&#8217;une majorité de la classe politique, de certains responsables sportifs et des athlètes opposés à une sanction olympique et au regard de l&#8217;isolement de la position américaine sur la scène internationale ». Revenons en détail sur les principales caractéristiques de cette politique française.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur la scène internationale, la France condamne l&#8217;action soviétique en Afghanistan, mais seulement verbalement : aux Nations Unies le 7 janvier tout d&#8217;abord, puis au conseil des ministres, le 22 janvier. Mais le gouvernement n’a recours à aucunes représailles : cette façon de procéder se justifie par la « nécessité de garder ouverte la porte de la communication avec l&#8217;Union Soviétique », tel que le déclare Jean François-Poncet, alors ministre des affaires étrangères. Cette politique parée des couleurs de la complaisance atteint son apogée lorsque, le 19 mai 1980, Valéry Giscard d&#8217;Estaing entreprend un voyage éclair à Varsovie, pour y rencontrer le leader soviétique Leonid Brejnev, et évoquer avec lui l&#8217;affaire afghane. Il semble satisfait de son action, si l&#8217;on considère ses déclarations lors du journal télévisé de TF1 : « Les entretiens que j&#8217;ai eu avec M.Brejnev ont atteint leur but [...] qui était de permettre, pour la première fois, depuis le début de cette année d&#8217;avoir une explication au plus haut niveau sur l&#8217;évolution de la situation internationale et la manière de réduire les tensions qui l&#8217;affectent. [...] Les chances de la détente Est-Ouest ont été incontestablement renforcées ». Ce voyage, si décrié par la suite, et qui donnera l&#8217;occasion à François Mitterrand d&#8217;affubler Giscard d&#8217;Estaing du surnom de « petit télégraphiste », montre au grand jour les limites de la diplomatie française. En voulant agir dans l&#8217;intérêt d&#8217;une détente, dont les fondements sont déjà sapés depuis un moment, et mettre la France en première ligne dans les relations bilatérales, il réalise en fait une erreur de calcul, en apportant une sorte d&#8217; « honorabilité politique » à l&#8217;Union Soviétique. Brejnev malade, la diplomatie du Kremlin tient dans les mains de Gromyko qui place la relation avec Washington au premier rang, et se « sert des pays européens selon les circonstances ». Cette entrevue de Varsovie apparaît ainsi dans ce contexte, dépourvue de sens et inutile.</p>
<p style="text-align: justify;">Face aux États-Unis, le gouvernement français adopte une attitude qui se situe dans la plus pure tradition du gaullisme, en faisant prévaloir l&#8217;indépendance nationale et le refus de l&#8217;alignement atlantique, comme en témoignent les propos de Jean François-Poncet, le 6 janvier 1980 : «  La France n&#8217;entend pas, dans cette affaire, que tout à coup sa diplomatie soit alignée sur celle d&#8217;autres pays. [...] Elle a une diplomatie indépendante et, en matière de détente [...] elle a une responsabilité particulière ». La France se tourne alors vers la République Fédérale d&#8217;Allemagne, avec pour objectif de faire peser le poids de l&#8217;Europe dans le débat. Le 5 février 1980, le sommet franco-allemand débouche sur une « déclaration commune », mais elle est en fin compte un échec, puisque les deux nations choisissent une orientation différente au moment du choix concernant la participation.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette dualité politique française au niveau international, se retrouve également à l&#8217;intérieur de ses frontières. Dans un premier temps, il semble que le gouvernement soit bien hostile au boycott et désireux de laisser son autonomie au mouvement sportif. On en revient toujours à la position officielle arrêtée le 23 janvier lors du conseil des ministres, qui laisse cependant entrevoir les possibilités d&#8217;un éventuel revirement : « sa formule [nous parlons du communiqué] est d&#8217;ailleurs suffisamment vague pour permettre non seulement des interprétations variées, mais également les tractations et les transactions entre pouvoirs publics et dirigeants sportifs de telle sorte que ces derniers se déterminent dans le sens souhaité par le gouvernement ».</p>
<p style="text-align: justify;">Au niveau international, la situation évolue et Washington voit de plus en plus de pays se rallier à sa cause. La France, qui a ouvertement condamné le boycott et a refusé de s&#8217;aligner, ne voudrait cependant pas être l’une des seules nations du bloc de l&#8217;Ouest à faire le déplacement en URSS pour s’engager dans des Jeux qui prendraient dès lors la forme de « spartakiades » : « si le gouvernement français a refusé d&#8217;être isolé dans un boycott, il craint tout autant d&#8217;être un des seuls pays européens à se rendre à Moscou ». Il semble dès lors, que l’incertitude s’installe au plus haut niveau décisionnel, et qu&#8217;apparaisse un nouveau souffle en faveur du boycott, dont le chef de file serait le président : « A l&#8217;examen, [...] la confusion règne, confusion au milieu de laquelle semble se dégager un sentiment croissant en faveur du boycott animé, selon toutes probabilités, par le Président de la République lui-même ». Mais la manœuvre est délicate.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, comment faire accepter un boycott à une opinion française, profondément attachée aux idéaux olympiques et à l&#8217;héritage du baron de Coubertin ? De plus, la majorité politique semble se dégager en faveur de la participation, et il convient de préserver l&#8217;électorat (notamment communiste) à quinze mois de l&#8217;échéance présidentielle. Un débat parlementaire sur la question paraît trop risqué, car il pourrait discréditer le gouvernement : « un débat eut ressemblé à une véritable cacophonie du fait que la ligne de clivage passe au milieu des partis politiques. [...] La majorité serait allée à la bataille et aurait voté de manière tout à fait dispersée. [...] Les résultats auraient été très certainement favorables majoritairement à une participation ».</p>
<p style="text-align: justify;">Le dernier recours du gouvernement pour mener à bien sa « stratégie » repose sur les instances sportives, et plus particulièrement le CNOSF, sur lequel de « discrètes pressions » vont être exercées. Celui-ci affirme pourtant dès le départ son indépendance vis-à-vis du domaine politique, et s&#8217;empresse d&#8217;accepter l&#8217;invitation pour les Jeux olympiques ce, dès le 22 janvier. Cependant, le président du Comité Claude Collard (qui apparaît sur les listes de soutien à la candidature de Giscard d&#8217;Estaing), semble avoir joué un rôle particulier : c’est un homme qui se caractérise indubitablement par une certaine ambivalence dans ses prises de position. Maliesky s&#8217;interroge ainsi : « a-t-il choisi d&#8217;attendre et de différer la réponse, a-t-il au contraire sciemment joué double jeu, assurant le gouvernement d&#8217;un boycott et ses troupes d&#8217;une participation ou a-t-il été débordé par le conseil d&#8217;administration lors du vote du 13 mai ? En l&#8217;absence de toute preuve dans un sens ou dans l&#8217;autre, aucune hypothèse n&#8217;est à exclure a priori ».</p>
<p style="text-align: justify;">La volonté de tenir les affaires sportives à l&#8217;abri de toute ingérence politique est pourtant fictive. Les pouvoirs publics délivrant les subventions nécessaires au fonctionnement du CNOSF, et régissant des institutions comme l&#8217;INSEP, ont sur le sport une influence non négligeable : « L&#8217;indépendance du mouvement sportif est illusoire, car le pouvoir sportif n&#8217;a que l&#8217;autorité que veut bien lui accorder le pouvoir politique, qu&#8217;il lui accorde effectivement dans toutes les circonstances qui l&#8217;arrangent mais qu&#8217;il lui supprimera en cas de nécessité »1. Ainsi, malgré ses déclarations (il réitère à plusieurs reprises la volonté française de participer aux Jeux, notamment pour calmer les protestations des athlètes), et ses gages de bonne volonté (il est l&#8217;instigateur de la réunion de Rome au mois de mai, qui instaure la dépolitisation des Jeux pour les pays européens), Collard a semble-t-il été soumis à des pressions émanant « d&#8217;en haut » : « durant les jours précédant la réunion du CNOSF, il ne fait plus aucun doute que J.P. Soisson a pour mission de faire entendre raison au comité olympique et de l&#8217;amener au renoncement », en raison du fait que l&#8217;olympiade moscovite prend de plus en plus les traits d&#8217;une « spartakiade ». Le président du CNOSF ne fait à aucun moment mention de cette manipulation : il réaffirme que son mouvement a une totale liberté d&#8217;action dans cette affaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais l&#8217;hypothèse la plus probable est la suivante : « si les pouvoirs publics lui laissent toute latitude, c&#8217;est en fait pour décider d&#8217;une non-participation. [...] Collard assure à J.P. Soisson que la décision de son mouvement sera conforme aux attentes du président de la République. Il semblerait donc « qu&#8217;il a joué double jeu aussi longtemps qu&#8217;il a pu ». Le 13 mai, ne pouvant enrayer le flot qui devait conduire la France en terre soviétique, il doit se plier au vote et confirmer la participation aux Jeux olympiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour accréditer cette thèse, précisons que Maliesky a entrepris de récolter les témoignages de plusieurs dirigeants du CNOSF de l&#8217;époque, lesquels lui ont confirmé « qu&#8217;ils avaient été soumis à des pressions officieuses sous la forme de coups de téléphone et d&#8217;injonctions », l&#8217;un d&#8217;eux allant jusqu&#8217;à les qualifier de &laquo;&nbsp;chantage&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;">Au terme de cette affaire, les tricolores participent bien aux épreuves organisées à Moscou en juillet, sous les couleurs olympiques, mais personne n&#8217;a été dupe quant à la politique mise en place par le gouvernement. A l&#8217;étranger, on fustige la diplomatie française : le <em>Washington Post</em> dénonce les « ruses et artifices gaulois »2, tandis que l&#8217;hebdomadaire <em>Time</em> qualifie la stratégie élyséenne de « double jeu complexe »3. En voulant jouer sur tous les tableaux, le pouvoir français a paradoxalement fait preuve d&#8217;immobilisme. Sa politique sur la question est marquée par ses atermoiements et une mauvaise appréciation des réalités mondiales, ce qui fait dire à Alfred Grosser : « le comportement de la France traduit une volonté de profiter de tous les avantages du neutralisme, mais sans en assumer les risques éventuels ».</p>
<p style="text-align: justify;">Nous nous apercevons ainsi, que même dans un pays lié à l&#8217;olympisme comme la France, les ingérences de la politique dans le sport peuvent être nombreuses. Les tergiversations au plus haut niveau de l&#8217;État français – tendant à imposer sa volonté à un mouvement sportif qui fera front malgré tout – vont dans ce sens.</p>
<p style="text-align: justify;">En pleine guerre froide, le spectre de la politique projette une ombre malsaine sur les anneaux brisés, et les plus vives inquiétudes se font sentir à quatre ans des prochains Jeux, qui doivent se dérouler au pays de Ronald Reagan : la Californie.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Notes</span></p>
<p style="text-align: justify;">1- <em>Le Matin</em>, 4 janvier 1980.</p>
<p style="text-align: justify;">2- <em>Wahinston Post</em>, 17 mai 1980.</p>
<p style="text-align: justify;">3- <em>Time</em>, 26 mai 1980.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;">Toutes les autres citations sont extraites de l’ouvrage suivant :</p>
<p style="text-align: justify;">Dominique Maliesky, <em>Sport et politique. Le boycott des Jeux de Moscou (1980) : une crise multidimensionnelle</em>, Thèse pour le doctorat en sciences politiques, Paris, Université de Paris I, 1989, 804 f.</p>
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		<title>Moscou 1980 &#8211; L&#8217;olympisme dans la tourmente (Partie 3)</title>
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		<pubDate>Thu, 19 Mar 2009 15:49:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les dessous des Jeux &#8211; une nouvelle approche du boycott américain
.
Dans les pays occidentaux, l&#8217;invasion soviétique en Afghanistan est au moment des faits, présentée comme un vaste dessein offensif ayant pour but une occupation stratégique près du Golfe Persique, et le développement du glacis de l&#8217;Union Soviétique. Les gouvernements et médias de l&#8217;époque relaient cette [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4>Les dessous des Jeux &#8211; une nouvelle approche du boycott américain</h4>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;">Dans les pays occidentaux, l&#8217;invasion soviétique en Afghanistan est au moment des faits, présentée comme un vaste dessein offensif ayant pour but une occupation stratégique près du Golfe Persique, et le développement du glacis de l&#8217;Union Soviétique. Les gouvernements et médias de l&#8217;époque relaient cette thèse, et il en va de même pour l&#8217;historiographie contemporaine. En effet, aucun historien du sport ayant traité des Jeux olympiques de Moscou, n&#8217;a remis en cause cette version « officielle » des faits : aucun, avant M. Jérôme Gygax, de l&#8217;Institut universitaire des hautes études internationales de Genève. En travaillant sur de nouvelles sources (notamment les archives de l&#8217;ex-Union Soviétique ouvertes depuis 1993), et sur l&#8217;administration américaine de l&#8217;époque, il a entrepris de mettre à jour le rôle de cette dernière dans l&#8217;intervention soviétique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_368" class="wp-caption alignright" style="width: 234px"><img class="size-medium wp-image-368" title="brzezinski" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/brzezinski-224x300.jpg" alt="Zbiniew Brzezinski" width="224" height="300" /><p class="wp-caption-text">Zbiniew Brzezinski</p></div>
<p style="text-align: justify;">Selon lui, la Maison Blanche, en venant en aide à la rébellion basée au Pakistan, a favorisé « l&#8217;intervention communiste, entraînant les Soviétiques dans le guêpier afghan, un second Vietnam ». Les dires de Zbigniew Brzezinski, proche de Carter, et de l&#8217;ancien directeur de la CIA Robert Gates, apportent des éléments nouveaux quant à la compréhension du problème : « Ils laissent alors supposer une intervention détournée des services de la CIA bien avant le mois de décembre 1979 ». Dans un entretien accordé au Nouvel Observateur en janvier 1998, Brzezinski contredit les arguments qu&#8217;il avançait lui-même au moment des faits, et conforte la thèse nouvelle de l&#8217;aide apportée par les Américains, aux moudjahidins du Pakistan : « C&#8217;est en effet le 3 juillet 1979 que le président Carter a signé la première directive sur l&#8217;assistance clandestine aux opposants du régime pro-soviétique de Kaboul. Et ce jour-là, j&#8217;ai écrit une note au président dans laquelle je lui expliquais qu&#8217;à mon avis cette aide allait entraîner une intervention militaire des Soviétiques ». Ce soutien prend la forme d&#8217;une « covert operation », une opération secrète, mise en place très tôt avec le concours de la CIA de Gates, les déclarations de ce dernier l’attestent : « Carter et compagnie se tournèrent vers la CIA pour des actions secrètes visant la scène intérieure soviétique dès mars 1977 ».</p>
<p style="text-align: justify;">De ce fait, en armant les rebelles islamistes, avec l&#8217;aide du Pakistan et de la Chine (qui ont tous deux des avantages à tirer de la situation, la Maison Blanche se préserve en agissant à couvert, et tend à susciter une résistance contre le régime de Kaboul, qui pourrait s&#8217;étendre à Moscou : « Armer les partis islamistes présente l&#8217;avantage de ne pas impliquer les Américains de façon visible et peut, si l&#8217;action réussit, non seulement déstabiliser l&#8217;Afghanistan, mais également menacer d&#8217;embraser les républiques méridionales musulmanes d&#8217;URSS ».</p>
<p style="text-align: justify;">Le Kremlin lui-même, est bien conscient de ces ingérences dans la résistance contre Kaboul. A l&#8217;occasion des événements d&#8217;Hérat (un grand soulèvement a lieu dans cette ville de l&#8217;Ouest du pays en mars 1979, faisant 5 000 morts), Andrei Gromyko, membre influent du Politburo, déclare : « Des bandes de saboteurs et de terroristes, qui se sont infiltrées par le territoire du Pakistan, entraînées et armées non seulement avec la participation des forces pakistanaises mais aussi de la Chine, des États-Unis, et de l&#8217;Iran, sont en train de commettre des atrocités à Herat ».</p>
<p style="text-align: justify;">Au moment de l&#8217;entrée des troupes en Afghanistan, Moscou évoque d&#8217;ailleurs ces influences extérieures pour justifier son geste. L&#8217;administration Carter dément évidemment. Lors de son interview avec le Nouvel Observateur, le journaliste pose la question suivante à Brzezinski : « Lorsque les Soviétiques ont justifié leur intervention en affirmant qu&#8217;ils entendaient lutter contre une ingérence secrète des États-Unis en Afghanistan, personne ne les a crus. Pourtant, il y avait un fond de vérité&#8230; Vous ne regrettez rien aujourd&#8217;hui ? » La réponse est sans équivoque : « Regretter quoi ? Cette opération secrète était une excellente idée. Elle a eu pour effet d&#8217;attirer les Russes dans le piège afghan et vous voulez que je le regrette ? Le jour où les Soviétiques ont officiellement franchi la frontière, j&#8217;ai écrit au président Carter, en substance : &laquo;&nbsp;Nous avons maintenant l&#8217;occasion de donner à l&#8217;URSS sa guerre du Vietnam&nbsp;&raquo; ».</p>
<p style="text-align: justify;">Ce témoignage de l’un des acteurs principaux de la crise apporte du crédit aux travaux de M. Gygax. Le président Carter condamne le geste soviétique sur la scène internationale, alors qu&#8217;il a favorisé l&#8217;intervention en coulisses. Par la suite, il demande le retrait des troupes, brandissant des sanctions à l&#8217;encontre de Moscou, alors que là encore, il alimente le conflit en augmentant « substantiellement l&#8217;aide militaire au Pakistan dès le mois de janvier 1980 ».</p>
<p style="text-align: justify;">Parmi ces mesures de rétorsion figure le boycott des Jeux olympiques de Moscou, qui semble difficilement compatible avec la volonté affichée de retrait des troupes, objet de l&#8217;ultimatum de Carter. Le 20 janvier 1980, le président américain écrit à Kane : « Le gouvernement soviétique attache une énorme importance politique à la tenue des Jeux olympiques de 1980 à Moscou, et si les Jeux ne se tiennent pas à Moscou du fait de l&#8217;agression militaire soviétique en Afghanistan, ce fort outrage mondial ne pourra être caché au peuple soviétique, et se répercutera autour du globe ».</p>
<p style="text-align: justify;">En s&#8217;attaquant à la société soviétique, au peuple, le boycott prend ainsi une dimension supérieure, et devient une arme politique redoutable.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-369" title="boycottmos" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/boycottmos-191x300.jpg" alt="boycottmos" width="191" height="300" />Suite à cela, Carter mène une dure campagne pour imposer le boycott aux États-Unis, alors que le Comité olympique américain souhaite faire le déplacement à Moscou. Pour s&#8217;adjuger le ralliement de l&#8217;USOC, réticent à sa cause, l&#8217;administration présidentielle exerce des pressions financières, en influant sur ses principaux sponsors, qui menacent rapidement de stopper leurs subventions. La veille du vote qui doit décider de la participation ou non, Carter pousse son chantage encore plus loin, en annonçant qu&#8217;il « supprimera le statut fiscal privilégié dont bénéficie l&#8217;USOC et qu&#8217;il annulera la subvention de 4.2 millions de dollars, non encore allouée par le Congrès, en cas de vote contraire ». Le jour J, une délégation gouvernementale est présente à Colorado Springs, et le vice-président Walter Mondale, prononce un discours dans lequel il compare Moscou à Berlin, faisant ainsi monter la pression : « L&#8217;histoire retient son souffle devant ce qui se joue en ce moment et qui ne représente rien de moins que la future sécurité du monde civilisé ». Au pied du mur, l&#8217;USOC ne peut que s&#8217;aligner sur son gouvernement, en ratifiant le boycott à une large majorité. Les athlètes contredisent pour la plupart la décision de leur président, mais ils sont une nouvelle fois pris en otage par la politique, et ne feront pas le déplacement à Moscou.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Notes</span></p>
<p style="text-align: justify;">Toutes les citations sont extraites des travaux suivants :</p>
<p style="text-align: justify;">- Jérôme Gygax, <em>Le facteur idéologique dans la diplomatie américaine : instrumentalisation des Jeux olympiques dans la nouvelle guerre froide 1980-1984</em>, DEA en relations internationales mention Histoire et politiques internationales, Genève, IUHEI, 2003, 113 f.</p>
<p style="text-align: justify;">- Jérôme Gygax, « Entre enjeux internationaux et nationaux &#8211; Le boycott américain des Jeux de Moscou », in Pierre Milza (dir.), <em>Le pouvoir des anneaux : les Jeux olympiques à la lumière de la politique : 1896-2004</em>, Paris, Vuibert, 2004, pp. 263-297.</p>
<p style="text-align: justify;">- Jérôme Gygax, « Raisons et prétextes au boycott américain des Jeux de Moscou 1980 : covert operation ou engagement militaire en Afghanistan » in <em>Relations Internationales</em>, n° 112, Hiver 2002, pp. 263-297.</p>
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		<title>Moscou 1980 &#8211; L&#8217;olympisme dans la tourmente (Partie 2)</title>
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		<pubDate>Wed, 18 Mar 2009 17:27:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Vers la ruine des Jeux olympiques de Moscou
.
Pour faire du boycott une réussite, il faut pour Carter s’approprier le soutien de l’opinion américaine, mais aussi de la communauté internationale. Il veut en faire une action de grande ampleur, qui prendra la forme d’une sanction exemplaire contre le régime de Moscou. Comme le précise Jérôme Gygax [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4>Vers la ruine des Jeux olympiques de Moscou</h4>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<div id="attachment_362" class="wp-caption alignright" style="width: 211px"><img class="size-medium wp-image-362" title="American President Jimmy Carter" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/carter1-201x300.jpg" alt="American President Jimmy Carter" width="201" height="300" /><p class="wp-caption-text">Jimmy Carter</p></div>
<p style="text-align: justify;">Pour faire du boycott une réussite, il faut pour Carter s’approprier le soutien de l’opinion américaine, mais aussi de la communauté internationale. Il veut en faire une action de grande ampleur, qui prendra la forme d’une sanction exemplaire contre le régime de Moscou. Comme le précise Jérôme Gygax : « Le boycott olympique est choisi comme mesure de représailles pour sa dimension symbolique. Il exprime une condamnation morale qui devrait être adoptée par la communauté internationale […] Le boycott olympique a seul la capacité de mobiliser la sphère publique »1.</p>
<p style="text-align: justify;">Dès le lendemain de l’annonce du 20 janvier, la Chambre des représentants suit Carter dans sa démarche, à une très large majorité (386 voix pour, 12 contre), et est relayée une semaine plus tard par le Sénat (88 voix pour, 4 contre). La population et les médias sont eux aussi, en accord avec leur président2. Seuls le Comité olympique américain, l’USOC, et son président Robert Kane, contestent ces méthodes. Ce dernier refuse l’ingérence de la politique dans le sport : « Si nous commençons à faire de la politique c’est la fin des Jeux »3. Mais il apparaît bien isolé dans son combat, et il cède peu à peu du terrain sous les pressions exercées par le gouvernement. Lloyd Cutler écrit à Jimmy Carter : « La majorité, à l’image du président Robert Kane, se sentent victimes de la pression du président et du Congrès qui les forcent à prendre position »4. Le 27 janvier 1980, la commission exécutive de l’USOC, réunie à Colorado Springs, « accepte à l’unanimité de demander au CIO le déplacement, l’abandon ou le report des Jeux »5.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur la scène internationale, l’Assemblée générale des Nations Unies vote une résolution condamnant largement (par 104 voix contre 18, et 18 abstentions) l’intervention en Afghanistan et exige « un retrait immédiat et inconditionnel des forces soviétiques ».</p>
<p style="text-align: justify;">A Islamabad, les 27 et 28 janvier 1980, au cours de la réunion de l’Organisation des États de la Conférence islamique, réunissant trente-trois pays, on assiste à une dénonciation massive de l’attitude soviétique, qui « porte atteinte aux droits de l’homme et à la liberté des peuples » dans un pays frère. Au final, vingt-neuf d’entre eux décident de s’aligner sur la position américaine, en demandant l’ « arrêt immédiat et inconditionnel » de l&#8217;intervention soviétique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_357" class="wp-caption alignleft" style="width: 260px"><img class="size-full wp-image-357" title="killanin" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/killanin.jpg" alt="Lord Killanin" width="250" height="350" /><p class="wp-caption-text">Lord Killanin</p></div>
<p style="text-align: justify;">C’est un point important marqué par Carter et son administration, qui vont maintenant s’atteler à obtenir le soutien des gouvernements et CNO étrangers : « De gros efforts sont faits pour persuader les autres gouvernements, les comités olympiques et les fédérations sportives internationales de déplacer, annuler ou reporter les Jeux de Moscou 1980 ».6 Cette campagne prend de l’ampleur lors de la réunion des délégués du CIO, le 9 février 1980 à Lake Placid. Lord Killanin, président du CIO, ouvre la séance en faisant l’apologie d’un sport exempté des interférences avec la politique, souhaitant sauver le mouvement olympique d’une nouvelle catastrophe : « Je ne me suis jamais refusé à reconnaître les intrusions de la politique dans le mouvement olympique et je demeure persuadé que nous devons nous y opposer. Nous ne pouvons qu’espérer que les dirigeants politiques de notre monde sauront résoudre leurs différends et éviter ainsi un autre holocauste [...] j’implore tous ceux qui ont des opinions et des sentiments divergents : n’utilisez pas les Jeux olympiques pour diviser le monde, mais pour l’unifier. N’utilisez pas les athlètes pour trouver une solution aux problèmes politiques »7. Le secrétaire d’État américain, Cyrus Vance, lui répond en ne laissant transparaître aucune ambiguïté sur la position américaine : « Mon gouvernement considère que ce serait une violation de ce principe fondamental (la trêve olympique) des Jeux olympiques que de tenir ou d’assister à des Jeux qui se tiendraient dans un pays engagé dans une guerre d’agression et qui a refusé d’obtempérer à l’ordre donné par la communauté internationale de cesser les hostilités. […] Nous nous opposerons à la participation d’une équipe américaine à tous les Jeux olympiques dans la capitale d’un pays envahisseur et demandons que les Jeux soient transférés de la capitale soviétique. Car nous voyons déjà le pays désigné comme hôte des Jeux cet été présenter ce choix comme une reconnaissance de la justesse de sa politique étrangère et de ses énormes services dans la lutte pour la paix ».8</p>
<p style="text-align: justify;">Le but ultime de Carter est clair : il souhaite la ruine des Jeux de Moscou. Cependant, le CIO reste inflexible face à ce qui s’apparente à un « diktat » américain. Faisant suite aux engagements pris par les CNO européens et l’Association des CNO au début du mois, les soixante-treize membres du CIO adoptent à l’unanimité, le 12 février 1980, une résolution confirmant les accords pris à Vienne en 1974. Les Jeux olympiques de 1980 auront bien lieu à Moscou. Cette prise de position satisfait bien évidemment le Kremlin. Mais c’est sans compter sur la détermination du président américain, qui démultiplie les efforts pour trouver des alliés à sa cause.</p>
<p style="text-align: justify;">La Grande-Bretagne et son premier ministre Margaret Thatcher, sont les premiers à apporter leur soutien au boycott. Le 17 janvier 1980, la Dame de fer ose même comparer l’olympiade moscovite à celle de Berlin : « Les Jeux de Moscou, comme en 1936 ceux de Berlin, sont essentiellement utilisés à des fins de propagande. Les athlètes sont des citoyens comme les autres, avec des droits mais aussi des responsabilités »9. Le 18 mars 1980, la Chambre des communes se prononce massivement en faveur de la non-participation (par 315 voix contre 147). Mais le CNO britannique, présidé par Sir Dennis Follows, résiste aux pressions et décide d’envoyer une équipe à Moscou, le 26 mars (par un vote de 18 voix contre 5).</p>
<p style="text-align: justify;">Carter et son administration commencent à craindre un effet « boule de neige », qui aboutirait sur une participation massive des pays de l’Ouest. A Bruxelles, le 22 mars 1980, les seize CNO d’Europe de l’Ouest, « réaffirment leur solidarité envers le CIO et leur opposition à l’organisation de toute compétition sportive qui se présenterait comme un moyen de se substituer aux Jeux olympiques »10 .</p>
<p style="text-align: justify;">Malgré cela, les défections commencent à voir le jour. En RFA, et malgré le désir de Willi Daume (président du CNO d’Allemagne de l’Ouest) d’envoyer une délégation en Union Soviétique, le chancelier Helmut Schmidt choisit de s’aligner sur Washington, et condamne les Jeux de Moscou en ces termes : « L’objectif du mouvement olympique était d’éduquer la jeunesse pour contribuer à un monde meilleur et plus pacifique. Une participation dans la situation actuelle aurait été comprise comme la négation de ces principes olympiques ».11 Le Bundestag vote le retrait (446 voix pour, 8 contre et 9 abstentions), suivi par le CNO le 19 mai (59 voix contre 40).</p>
<p style="text-align: justify;">Le 26 avril 1980, le Canada, dans un premier temps favorable à la participation, se rétracte et décide de ne pas se rendre en URSS (par un vote du CNO, 137 voix pour contre 35).</p>
<p style="text-align: justify;">Aux États-Unis, l’USOC finit par céder aux pressions, et ses délégués réunis à Colorado Springs le 12 avril 1980, finissent par voter le boycott avec une large majorité (1604 voix pour, 797 contre et 2 abstentions).</p>
<p style="text-align: justify;">S’ensuit une pluie de forfaits, avec notamment celui de la Chine Populaire, qui confirme la crise des rapports sino-soviétiques, Israël qui renonce le 22 mai, le Japon le 24…</p>
<p style="text-align: justify;">Finalement, soixante-deux pays prennent position en faveur du boycott. A l’initiative de la France, dix-neuf CNO européens se réunissent à Rome le 3 mai, et posent des conditions à leur engagement : ils exigent qu’il n’y ait pour eux « ni drapeaux, ni hymnes nationaux, ni uniformes, ni discours politiques, et refusent de participer à des manifestations qui ne sont pas strictement sportives afin d’éviter de cautionner la politique ou l’idéologie du pays hôte »12.</p>
<p style="text-align: justify;">Brejnev, sentant le péril fondre sur « ses » Jeux, reçoit Killanin au Kremlin le 7 mai, et fait d’importantes concessions en acceptant notamment cette « dépolitisation » souhaitée par l’Europe de l’Ouest.</p>
<p style="text-align: justify;">En fin de compte, les Jeux olympiques se tiennent bien à Moscou du 19 juillet au 3 août 1980, regroupant quatre-vingt nations. Malgré le boycott, ils sont une réussite pour le Kremlin, qui les transforme en une vitrine du régime. On assiste à un déchaînement de chauvinisme, la ville est bouclée, les effectifs de la milice quadruplés et les dissidents épurés. Les athlètes soviétiques triomphant dans un stade Lénine couvert de rouge, sont le symbole de la grandeur du communisme. L’URSS et les démocraties populaires remportent tout sur leur passage13, confirmant leur suprématie sur le terrain olympique. Mais les anneaux se sont une nouvelle fois désunis, et la prochaine olympiade, qui doit se tenir à Los Angeles en 1984, inspire d&#8217;ores et déjà les plus grandes craintes…</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Notes</span></p>
<p>1- Jérôme Gygax, « Entre enjeux internationaux et nationaux – Le boycott américain des Jeux de Moscou (1980) » in Pierre Milza (dir,), <em>Le pouvoir des anneaux : les Jeux olympiques à la lumière de la politique : 1896-2004</em>, Paris, Vuibert, 2004, p. 275.</p>
<p>2- Pour plus de détails voir <em>Le Matin</em>, 22 janvier 1980.</p>
<p>3- Alain Lunzenfichter, <em>Athènes 1896 – Pékin 2008 : choix épiques des villes olympiques</em>, Anglet, Atlantica, 2002, p. 149.</p>
<p>4- Jérôme Gygax, <em>op. cit.</em>, p, 280.</p>
<p>5- <em>Ibid</em>.</p>
<p>6- <em>Ibid</em>.</p>
<p>7- Voir David Miller, <em>La révolution olympique : portrait de Juan Antonio Samaranch</em>, Paris, Payot, 1993, p. 131 et Henri Charpentier et Alain Billouin, <em>Périls sur les Jeux olympiques : trop vite, trop haut, trop fort ?</em>, Chartres, Le cherche midi, 2004, p. 67.</p>
<p>8- David Miller, <em>op.cit.</em>, p, 131.</p>
<p>9- Jérôme Gygax, <em>op. cit.</em>, p. 280.</p>
<p>10- Henri Charpentier et Alain Billouin, <em>op. cit.</em>, p. 68.</p>
<p>11- Jérôme Gygax, <em>op. cit.</em>, p. 291.</p>
<p>12- Henri Charpentier et Alain Billouin, <em>op. cit.</em>, p. 68.</p>
<p>13- Voir James Riordan, <em>Sports, politics and communism</em>, Manchester, Manchester University Press, 1991, p. 67.</p>
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		<title>Moscou 1980 &#8211; L&#8217;olympisme dans la tourmente (Partie 1)</title>
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		<pubDate>Wed, 18 Mar 2009 16:59:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
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1945: la seconde guerre mondiale prend fin, et un «rideau de fer» s’abat sur le continent européen. Deux blocs, celui de l’Ouest et celui de l’Est, chacun sous l’égide d’une superpuissance (les États-Unis et l’URSS), s’opposent dans les années suivantes, en une lutte qui prend la forme d’une «guerre froide». Durant cette période, caractérisée par [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="aligncenter size-full wp-image-351" title="moscou80" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/moscou80.jpg" alt="moscou80" width="200" height="283" /></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">1945: la seconde guerre mondiale prend fin, et un «rideau de fer» s’abat sur le continent européen. Deux blocs, celui de l’Ouest et celui de l’Est, chacun sous l’égide d’une superpuissance (les États-Unis et l’URSS), s’opposent dans les années suivantes, en une lutte qui prend la forme d’une «guerre froide». Durant cette période, caractérisée par une instabilité extrême, ponctuée de conflits périphériques et de crises brûlantes, la rencontre quadriennale des Jeux devient rapidement pour les deux grands un instrument politique essentiel dans le conflit glacé qui les oppose, où le symbolique a une part prépondérante. Chaque pays, à son niveau, profite des Jeux pour faire un bilan des progrès réalisés, pratiquer une politique nationale de prestige, et tenter de prendre l’ascendant sur ses rivaux. Tout autour de la planète, d’importants moyens sont mis en œuvre à cet effet. Le bras de fer dans l’enceinte sportive devient la règle au fil des années.</p>
<p style="text-align: justify;">Les oppositions de la guerre froide sont stigmatisées dans les luttes olympiques, comme le note Juan Antonio Samaranch en 1988: « <em>Il est presque impossible d’éviter l’ingérence de la politique dans le sport. Si nous avons un monde en paix, nous aurons un mouvement olympique très tranquille. Si nous avons un monde au bord de la guerre froide, nous aurons beaucoup de difficultés. Je ne suis ni optimiste, ni pessimiste. Je crois que l’avenir du monde olympique dépend beaucoup de celui du monde, et notamment des relations Est-Ouest</em> ».1 Les victoires sont mises en avant par les gouvernements et le tableau des médailles, officiellement interdit, devient une référence. Malgré tout, la détente des années 1970 offre une période de répit. En 1972 à Munich et en 1976 à Montréal, si l’Olympisme est meurtri dans sa chair par les fléaux du terrorisme et du boycott, les superpuissances sont présentes et s’affrontent pacifiquement sur le stade. L’accalmie finie, le renouveau des tensions, caractérisé par l’émergence de la «nouvelle guerre froide», va se cristalliser dans les Jeux, au cours d’un premier épisode : l’olympiade de 1980, organisée au pays des Soviets.</p>
<h4 style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;"> </span>Aux origines du boycott</h4>
<p style="text-align: justify;">Forte de ses progrès constants et de sa domination imposée sur la scène olympique à partir des années cinquante, consciente de l’apport politique que procure la tenue d’une olympiade pour un pays, c’est tout naturellement que l’Union Soviétique se pose en candidate pour organiser ses propres Jeux olympiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Dès 1970, Moscou présente un projet mais est submergée par Montréal, qui se voit octroyer l’investiture de 1976. Loin de se décourager, les Soviétiques préparent un nouveau programme, mieux élaboré, pour 1980. Le vote doit avoir lieu à Vienne, où se tient la 75è session du CIO, le 23 octobre 1974. Tous les éléments sont réunis pour aboutir à un succès communiste. Moscou a pour principal adversaire Los Angeles, qui a déjà organisé les Jeux de 1932. Après le Canada, il semblerait normal que la flamme se déplace cette fois sur le Vieux Continent. De plus, l’URSS a fait briller le rouge au sommet de l’olympisme, de par ses performances, mais aussi parce qu’elle met un point d’honneur à promouvoir la perfection sportive dans son pays comme autour de la planète : « <em>Ses millions de sportifs, ses centaines de médaillés olympiques et l’ensemble de ses installations sportives, dont on ne trouve nulle part ailleurs l’équivalent, plaident pour les Soviétiques</em> ».2</p>
<p style="text-align: justify;">D’autre part, la session de Vienne se tient dans un contexte qui marque l’apogée de la détente. Les Américains viennent de se retirer du Vietnam, les deux superpuissances signent plusieurs accords bilatéraux, notamment sur la prévention de la guerre nucléaire, et la conférence d’Helsinki pointe à l’horizon :  « <em>En 1974 la plupart des pays de l’Ouest ont voté pour Moscou. Si cela avait été un vote politique, le CIO, dont la base est conservatrice, aurait voté différemment. Mais c’était le sommet de la détente Est-Ouest et, de toute façon, le vote reposait sur des considérations sportives</em> ».3</p>
<p style="text-align: justify;">Tout semble aller dans le sens d’un triomphe moscovite, et même si certains membres conservateurs du CIO peuvent être réfractaires à cette idée, il semble difficile de refuser l’investiture olympique à la capitale soviétique. Jérôme Gygax précise d’ailleurs : «<em> Ne pas accorder les Jeux à l’URSS, et ce malgré l’excellence de la candidature sportive soviétique, pouvait [...] être perçu comme un refus d’intégrer les pays socialistes dans le mouvement olympique, légitimant l’antagonisme des blocs idéologiques sur le plan sportif</em> ».4</p>
<p style="text-align: justify;">Le vote est ainsi sans surprise, offrant la victoire à Moscou avec une marge très confortable : « <em>On avance le chiffre de 39 voix pour Moscou contre 22 à Los Angeles, ce qui semble bien surprenant. Plus exact paraît être le score de 49 à 12, puisé de bonne source</em> ».5 Les dirigeants soviétiques, Brejnev en tête, sont ravis, et entendent faire des Jeux un spectacle grandiose. Mais des voix contestatrices vont émerger, objectant la tenue du rassemblement olympique en URSS.</p>
<p style="text-align: justify;">Aux États-Unis, dès 1974, quarante membres du Congrès s’élèvent contre Moscou. C’est le début d’une longue campagne anti-soviétique au pays de l’Oncle Sam, menée à divers échelons. Zbigniew Brzezinski, conseiller aux Affaires de Sécurité nationale du président Carter, soutient des démarches effectuées auprès de l’URSS, ayant trait au respect des droits de l’homme et à la cessation de la ségrégation politique, notamment celle du sénateur du Minnesota, Wendell Anderson. Celui-ci, dans une résolution datée du 18 juillet 1978 , indique que «<em> de récents événements en Union Soviétique ont montré que la discrimination politique serait la toile de fond des Jeux olympiques s’ils se tiennent en URSS. Organiser une telle compétition dans un tel environnement relève de la dérision et représente une insulte à l’esprit des Jeux olympiques</em> ».6 Ces idées sont reprises par des syndicats, comme l’AFL-CIO, qui milite contre la participation des pays «libres». Son président, George Meany, demande même le 8 août 1978, le transfert des Jeux dans une autre ville tout en refusant un poste honorifique à l’USOC (Comité Olympique américain).</p>
<p style="text-align: justify;">Les médias ont également un rôle essentiel dans cette campagne. Journaliste à la <em>National Review</em>, James Burnham amalgame l’olympiade moscovite à celle de Berlin en 1936, à la différence près qu’au lieu d’être une vitrine du nazisme, les Jeux feraient cette fois « <em>l’apologie du communisme</em> ».7 Des témoignages de dissidents paraissent dans les organes de presse. Alexander Ginzburg, poète et journaliste exilé aux États-Unis, plaide en faveur du retrait des Jeux soviétiques. Vladimir Boukovsky et Vladimir Skutina, anciens prisonniers politiques, partagent le même point de vue, en témoignent les paroles de ce dernier publiées dans <em>Le Monde</em>, en 1979 : « <em>Je trouve qu’il est absolument juste que Vladimir Boukovsky ait lancé un appel pour boycotter les Jeux olympiques de Moscou. Il est absurde, illogique et paradoxal d’apporter la flamme olympique et d’autres symboles olympiques dans la capitale d’un état totalitaire et le plus cruel de l’histoire de l’humanité</em> ».8</p>
<p style="text-align: justify;">Autour du globe, les échos de cette campagne se font également ressentir. En Grande-Bretagne, le parti libéral prône le boycott « <em>en protestation de la persécution des dissidents soviétiques</em> ». Même rhétorique en Israël, où le Premier ministre Menahem Begin, avec l’appui du lobby américain, condamne le choix du CIO « <em>en raison des restrictions faites aux Juifs soviétiques d’émigrer en Israël </em>».</p>
<p style="text-align: justify;">Toutes ces contestations ne peuvent cependant suffire à engendrer un boycott de grande envergure. La crise afghane va en être l’amorce.</p>
<h4 style="text-align: justify;"><strong>La crise afghane, élément déclencheur</strong></h4>
<p style="text-align: justify;">L’Afghanistan, situé dans la région stratégique de l’Asie du Sud-Ouest, est pris dans les soubresauts de la guerre froide dès le début des années 1950. En conflit avec son voisin pakistanais à propos de leur frontière commune, il se retrouve dans une situation délicate lorsque la Maison Blanche décide de s’allier avec le gouvernement d’Islamabad (du fait que le Pakistan possède un accès à la mer par le port de Karachi, et n’a pas de frontière commune avec l’URSS). Les dirigeants afghans se tournent ainsi naturellement vers le voisin soviétique, capable de les aider économiquement et de leur fournir des armes.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1973, Mohammed Daoud accède à la présidence, avec le soutien du parti communiste afghan, le Parcham. Celui-ci, mené par Nur Mohammed Taraki et Hafizullah Amin, fomente un coup d’état le 27 avril 1978, supprime Daoud et proclame la République démocratique d’Afghanistan. Le Parti communiste est désormais officiellement au pouvoir, mais cette nouvelle donne n’entraîne pas de réaction immédiate de la part des États-Unis. En effet, cette affaire ne change pas fondamentalement le jeu des alliances traditionnelles dans la région, l’Afghanistan se trouvant dans la mouvance soviétique depuis longtemps. De plus, les Américains restent en position de force du fait de leurs unions, avec le Pakistan d’un côté et l’Iran de l’autre. Leurs intérêts dans le Golfe Persique ne peuvent être menacés à ce moment. Les événements vont cependant s’enchaîner rapidement par la suite.</p>
<p style="text-align: justify;">En décembre 1978, Taraki signe un « Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération entre l’URSS et la République démocratique d’Afghanistan », plaçant officiellement son pays dans la sphère d’influence de Moscou. Un refroidissement des relations américano-afghanes se fait dès lors sentir, en témoignent les propos de Taraki : « <em>Après ma visite en Union Soviétique et la signature d’un traité très important entre nos pays, les impérialistes américains et autres réactionnaires devinrent fortement antagonistes à la République démocratique d’Afghanistan. Ils ont compris que l’Afghanistan avait finalement été perdu par l’Ouest</em> ».9</p>
<p style="text-align: justify;">De plus, le Shah d’Iran, Mohammad-Réza Palavi, est renversé en février 1979. Le pouvoir bascule entre les mains de l’ayatollah Khomeiny, qui instaure une République islamique. Les États-Unis perdent ainsi leur principal allié &#8211; avec Israël &#8211; dans la région, et s’inquiètent pour l’avenir. Dans le même temps, la révolte populaire gronde en Afghanistan, les méthodes des dirigeants qui visent à imposer un régime socialiste par la force étant de plus en plus contestées. La résistance islamiste s’organise à partir du Pakistan et Taraki perd peu à peu le contrôle du pays. Au départ réticents à une intervention militaire, malgré les appels à l’aide de Kaboul, les Soviétiques se voient contraints de revoir leurs plans lorsque Taraki est assassiné, le 16 septembre 1979, par Amin qui prend le pouvoir. Ce dernier est vu d’un mauvais œil par le Kremlin qui craint le basculement de l’Afghanistan à l’Ouest, comme le précise cette lettre d’Andropov (alors à la tête du KGB) à Brejnev : « <em>Après le coup d’état et le meurtre de Taraki en septembre de cette année, la situation en Afghanistan a commencé à prendre une tournure indésirable pour nous [...] Au même moment, des informations alarmantes ont commencé à nous parvenir à propos des activités secrètes d’Amin, nous avertissant d’un possible revirement politique vers l’Ouest</em> ».10</p>
<p style="text-align: justify;">Redoutant, en outre, une intervention militaire indirecte des États-Unis via l’Iran où la tension est à son paroxysme, craignant de perdre un régime allié près de la frontière méridionale en plus de vouloir garder une certaine cohérence en matière de politique étrangère (en venant au secours d’un régime communiste en péril), les dirigeants du Politburo décident d’envahir l’Afghanistan le 6 décembre 1979. Ils mettent en place un nouveau gouvernement, dirigé par Babrak Karmal, un homme choisi par le Kremlin. Moins d’un mois plus tard, le 27 décembre, les blindés franchissent la frontière. Une grave crise s&#8217;ouvre alors.</p>
<p style="text-align: justify;">Jimmy Carter, président des États-Unis depuis 1977, rompt peu à peu avec les idéaux de la détente, mettant en avant la défense des droits de l’homme, dans une lutte idéologique avec les communistes. Dans la logique de refroidissement des relations américano-soviétiques, qui prévaut à la veille des années 1980, l’invasion de l’Afghanistan est un événement majeur, lourd de conséquences. Empêtré dans l’affaire des otages de Téhéran et ayant en point de mire l’élection présidentielle de fin d’année, Carter ne veut pas laisser passer cette occasion de condamner l’Union Soviétique devant la communauté internationale. Présentée comme une opération offensive d’envergure qui permet une prise de position près du Golfe Persique, apparentée également à une violation du droit des peuples, l’invasion soviétique est immédiatement dénoncée par le président Carter. Dans son annonce du 4 janvier 1980, qui fait état de sanctions prises à l’égard de l’URSS (embargos sur le blé et les matières technologiques en particulier), apparaît pour la première fois la possibilité d’un boycottage des Jeux olympiques de Moscou : « <em>Bien que les États-Unis préféreraient ne pas se retirer des Jeux olympiques prévus à Moscou cet été, l’Union Soviétique doit comprendre que la continuation des actions agressives va mettre en danger et la participation des athlètes et le voyage à Moscou des spectateurs qui, normalement, aimeraient assister aux Jeux olympiques </em>».11</p>
<p style="text-align: justify;">La menace devient effective le 20 janvier 1980. A cette occasion, Carter pose, lors d’une allocution télévisée, un ultimatum à l’adresse de Moscou. Il fixe le délai du retrait des troupes soviétiques à un mois. Au cas contraire, les athlètes à la bannière étoilée ne se rendront pas aux Jeux : « <em>Si dans un mois au plus tard, le 20 février, vos soldats n’ont pas évacué l’Afghanistan, l’équipe olympique américaine n’ira pas à Moscou et nous demanderons aux autres pays de s’abstenir aussi</em> ».12</p>
<p style="text-align: justify;">Il écrit ensuite à Robert Kane (président de l’USOC) : « <em>Je vous demande solennellement d’aviser le Comité international olympique que si les troupes soviétiques ne quittent pas l’Afghanistan dans le prochain mois, Moscou ne peut être le cadre d’une organisation qui a pour but de promouvoir la paix et la bonne volonté</em> »13. Dès lors s’engage une course contre-la-montre, dont le but avoué est la ruine de l’olympiade moscovite.</p>
<p><span style="color: #ffffff;">.</span><span style="text-decoration: underline;">Notes </span></p>
<p style="text-align: justify;">1- <em>Le Monde</em>, 21 juillet 1988.</p>
<p style="text-align: justify;">2- Alain Lunzenfichter, <em>Athènes 1896 – Pékin 2008 : choix épiques des villes olympiques</em>, Anglet, Atlantica, 2002, p. 144.</p>
<p style="text-align: justify;">3- Lord Killanin, <em>My Olympic years</em>, Londres, Secker et Warburg, 1983, p. 168.</p>
<p style="text-align: justify;">4- Jérôme Gygax, « Entre enjeux internationaux et nationaux – Le boycott américain des Jeux de Moscou (1980) » in Pierre Milza (dir,), <em>Le pouvoir des anneaux : les Jeux olympiques à la lumière de la politique : 1896-2004</em>, Paris, Vuibert, 2004, p. 263.</p>
<p style="text-align: justify;">5- Alain Lunzenfichter, <em>op. cit.</em>, p. 145.</p>
<p style="text-align: justify;">6- Jérôme Gygax, <em>op. cit.</em>, p. 266.</p>
<p style="text-align: justify;">7- Alain Lunzenfichter, <em>op. cit.</em>, p. 148.</p>
<p style="text-align: justify;">8- Jérôme Gygax, <em>op. cit.</em>, p. 267.</p>
<p style="text-align: justify;">9- Jérôme Gygax, « Raisons et prétextes au boycott américain des Jeux olympiques de Moscou 1980 : covert operation ou engagement militaire en Afghanistan » in <em>Relations Internationales</em>, n° 112, Hiver 2002, p. 495.</p>
<p style="text-align: justify;">10- <em>Ibid.</em>, p. 501.</p>
<p style="text-align: justify;">11- Jérôme Gygax, « Entre enjeux internationaux et nationaux – Le boycott américain des Jeux de Moscou (1980) » in Pierre Milza (dir,), <em>Le pouvoir des anneaux : les Jeux olympiques à la lumière de la politique : 1896-2004</em>, Paris, Vuibert, 2004, p. 265.</p>
<p style="text-align: justify;">12- <em>Ibid.</em>, p. 275.</p>
<p style="text-align: justify;">13- Henri Charpentier et Alain Billouin, <em>Périls sur les Jeux olympiques : trop vite, trop haut, trop fort ?</em>, Chartres, Le cherche midi, 2004, p. 66.</p>
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		<title>La série du siècle (Partie 5)</title>
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		<pubDate>Tue, 10 Mar 2009 19:18:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
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La guerre froide transposée au sport
 Au cœur de la guerre froide, la série du siècle puise son origine dans des racines à connotation hautement politiques. Ainsi, durant ce mois de septembre 1972, l’affrontement entre Canadiens et Soviétiques est profondément imprégné par le spectre de la confrontation Est-Ouest. Plusieurs événements et déclarations renforcent [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3 style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p class="mceTemp mceIEcenter">
<dl id="attachment_224" class="wp-caption aligncenter" style="width: 235px;">
<dt class="wp-caption-dt"><em><em><img class="size-medium wp-image-224" title="summit" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/summit-225x300.jpg" alt="Sculpture hommage au Team Canada 1972 (Hall of Fame)" width="225" height="300" /></em> </em></dt>
</dl>
</h3>
<h4>La guerre froide transposée au sport</h4>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;"> </span>Au cœur de la guerre froide, la série du siècle puise son origine dans des racines à connotation hautement politiques. Ainsi, durant ce mois de septembre 1972, l’affrontement entre Canadiens et Soviétiques est profondément imprégné par le spectre de la confrontation Est-Ouest. Plusieurs événements et déclarations renforcent l’impression qu’il est ici question de bien davantage qu&#8217;un simple jeu.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans les deux camps, avant même le coup d’envoi du premier match, les allégations ne laissent planer aucun doute quant aux enjeux véritables de la série : la suprématie du hockey mondial est en jeu, et au-delà, la supériorité d’un système de société sur un autre doit se trouver cristallisée sur la glace. Ainsi, alors que tout le Canada entrevoit une victoire écrasante des siens, faisant parfois même preuve de complaisance, le gouvernement soviétique, par l’intermédiaire de son porte-parole, ne cache pas son ambition d’user de cet affrontement comme d’un moyen de propagande privilégié : «<em> L’Union Soviétique possède le système sociopolitique le plus développé et le plus efficace au monde, et, par conséquent, notre pays est le leader dans de nombreux domaines. Nous allons le prouver au cours de cette série de hockey</em>. »</p>
<p style="text-align: justify;">Le ton est donné, et cette logique d’opposition entre deux systèmes étrangers, qui ne se comprennent foncièrement pas, va continuellement planer au-dessus de la série. Quelques anecdotes et autres « incidents diplomatiques » émaillant la confrontation entre les deux pays sont là pour nous le rappeler vertement.</p>
<p style="text-align: justify;">Le jour de l’arrivée de la délégation communiste sur le sol canadien coïncide avec le premier contretemps notoire. En 1969, un jeune réfugié tchèque ayant fui son pays après le printemps de Prague, saisit un tribunal québécois. Il demande réparation pour un préjudice subi lors de ces tragiques événements, sa voiture ayant été détruite par un char du Pacte de Varsovie. Il obtient gain de cause, mais l’Etat canadien ne peut cependant pas le dédommager. La venue des Soviétiques offre à la justice l’occasion de l’indemniser : elle demande la saisie de tout le matériel de l’équipe (estimé à 1 889 dollars), qui doit être vendu aux enchères. La somme doit par la suite être reversée au plaignant. Cette affaire et cette décision sont tout à fait inacceptables pour les Rouges, qui menacent immédiatement de rentrer chez eux. Il faut l’intervention en dernier recours d’Alan Eagleson, qui signe de sa propre main un chèque au réfugié, pour remettre la série sur les rails.</p>
<p style="text-align: justify;">Un exemple du choc culturel qui se prépare, et de l’arrogance préalable canadienne, se retrouve dans la publicité éditée par la distillerie McGuinness, basée à Toronto. A l’occasion de la série, elle décide de produire une vodka, baptisée la « Vodka Capitaliste », dont le slogan est le suivant : «<em> S’ils peuvent jouer au hockey, nous pouvons fabriquer de la vodka</em>. » Balayés par une tornade rouge lors du premier match à Montréal, les Canadiens chutent soudainement de leur piédestal. Les décideurs de McGuinness continuent à confectionner leur breuvage dernier-cri, enlevant cependant l’hypothétique «<em> si </em>» dans leur formulation.</p>
<p style="text-align: justify;">A la veille de se rendre en URSS, derrière les lignes ennemies, les Canadiens craignent les manœuvres de déstabilisation communistes. Arrivés à leur hôtel, et devant l’état du bâtiment, les propos de Frank Mahovlich, prononcés dans un bar à l’issue du dernier match à Vancouver, reviennent en tête à toute l’équipe. Il déclarait alors que les Canadiens devraient imiter Napoléon et son armée qui, en 1812, avaient planté des tentes autour de Moscou, afin de ne pas être dérangés dans leur préparation. Devant les ricanements de Serge Savard, il rétorque : « <em>Tu ne comprends pas en quoi cette série est si importante pour leurs objectifs de propagande. Ils feront n’importe quoi. Nous devrions acheter quelques tentes</em>. »</p>
<p style="text-align: justify;">Et les faits lui donnent raison. Tout semble mis en œuvre pour mettre la délégation canadienne dans les pires dispositions. Leurs vivres disparaissent et finissent au marché noir, la nourriture servie est exécrable, les fameux coups de téléphone mystères alors que des bruits étranges dans les couloirs réveillent les joueurs au milieu de la nuit. Certains commencent à sombrer peu à peu dans la paranoïa. Phil Esposito a l’impression d’être « <em>traqué</em> » par des hommes du KGB, Wayne Cashman, pensant son miroir piégé, le jette par la fenêtre, alors que Frank Mahovlich retourne sa chambre de fond en comble à la recherche d’appareils d’écoute. Une véritable théorie du complot se propage dans les rangs de la formation canadienne.</p>
<p style="text-align: justify;">Les entraînements des hommes à la feuille d’érable ne se passent pas non plus comme prévu. Ils héritent de vestiaires désuets et les horaires qui leur sont alloués à la patinoire changent brusquement à la veille du septième match. Priés de quitter la glace par l’entraîneur soviétique Vsevolod Bobrov, Harry Sinden entre dans une colère monumentale : « <em>Nous ne partirons pas avant 12h30. Si vous désirez laisser vos joueurs monter sur la glace avant, je ne sais ce qu’il peut leur arriver.</em> » Il obtient finalement gain de cause.</p>
<p style="text-align: justify;">Les relations entre la police soviétique et les 3 000 supporters canadiens ayant fait le déplacement à Moscou sont, elles aussi, des plus tendues. A plusieurs reprises, l’incident diplomatique est évité de justesse. A l’issue de la septième rencontre, remportée par le Team Canada, les fans tentant de regagner les bus qui doivent les raccompagner à l’hôtel se trouvent confrontés à une colonne de militaires, pointant leurs fusils sur eux. Un officiel du Parti, frustré par la défaite et agacé par la liesse des Canadiens, venait d’envoyer les forces armées pour contrôler et réprimer une prétendue émeute. Médusés devant ce spectacle, les supporters doivent leur salut à l’intervention d’un commandant, vétéran de la seconde guerre mondiale, qui s’approche d’eux et présente ses excuses en anglais, avant de disperser ses troupes.</p>
<p style="text-align: justify;">Rentrés dans leurs quartiers, les Canadiens entendent bien fêter la victoire de leurs protégés. Devant le vacarme, les policiers décident d’interpeler un homme originaire de Montréal, et une bagarre éclate. Une fois le calme revenu, le supporter est emmené au commissariat, où il est jugé en comparution immédiate et condamné à deux ans de prison ferme pour « <em>troubles à la paix</em> ». D’âpres négociations sont alors entamées par l’ambassadeur canadien. Il obtient la libération du prévenu, à condition qu’il regagne immédiatement son pays et que le gouvernement canadien s’acquitte des frais relatifs aux dommages causés dans l’hôtel.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces diverses anecdotes affermissent le caractère éminemment politique de la série, et sont corroborées par les témoignages de plusieurs joueurs de l’époque. Ainsi, du côté canadien, les propos de Rod Seiling : « <em>C’était une guerre froide. Notre mode de vie contre leur mode de vie</em> », de Serge Savard : « <em>Ce n’était pas seulement du sport</em> », de Pat Stapleton : « <em>Leur socialisme contre notre liberté</em> », de Phil Esposito : «<em> Ce n’était plus du tout un jeu. C’était société contre société</em> », ou encore du sauveur Paul Henderson : « <em>Il n’y avait pas de choses comme un Francophone, un Occidental ou quoi que ce soit. Nous étions tous canadiens. […] Je crois que la guerre est la seule chose qui puisse réunir un pays ensemble à l’instar de cette série</em> », ne laissent entrevoir aucune ambigüité sur les motivations et les implications contenues dans cet affrontement au sommet.</p>
<p style="text-align: justify;">Le discours est le même chez les Soviétiques. Vladimir Vikulov, se remémorant le coup d’envoi de la série, raconte : «<em> Je me souviens du premier face-off. Je savais que ce face-off était symbolique. Je ne savais pas pourquoi, mais je voulais vraiment le remporter</em>. » Il est appuyé par son coéquipier Boris Mikhaïlov : « <em>Parfois, je ressentais qu’il s’agissait d’une guerre sur la glace. On se serrait la main avant et après les matches, mais je ne suis pas certain qu’il s’agissait de la poignée de main du sportif. Nous étions rivaux et chacun voulait montrait au monde qu’il était supérieur</em>. »</p>
<p style="text-align: justify;">Les hommes politiques profitent, eux-aussi, de l’incroyable impact conféré par l’événement pour soigner leur image. Situées à un moment crucial de l’histoire canadienne, les législatives de 1972, ayant pour fond la brûlante question québécoise, sont un test majeur pour le Premier ministre nationaliste, Pierre-Elliott Trudeau. Dans un pays divisé, il sait pertinemment que le hockey reste un vecteur essentiel pour affermir le lien social du pays, et va user de la série durant sa campagne. Il milite dans un premier temps pour la présence de Bobby Hull au sein de l’équipe, avant de donner le coup d’envoi de la première rencontre. Omniprésent, il a clairement derrière la tête des objectifs hautement politiques.</p>
<p style="text-align: justify;">L’un de ses principaux adversaires, le leader du parti conservateur, Robert Stanfield, est également aperçu au cours de la campagne, posant avec un maillot flanqué de la feuille d’érable. A Moscou, Leonid Brejnev, qui comme tous les politiciens soviétiques accorde une place capitale au sport, élément fondamental de la machine de propagande communiste, assiste aux quatre rencontres disputées dans l’enceinte du Palais Loujniki, aux côtés des pontes du régime.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans les nombreux jeux de la guerre froide, la série du siècle tient, ainsi, une place de premier choix.<br />
<span style="color: #ffffff;">.<br />
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<h4 style="text-align: justify;">L’impact historique de la série</h4>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;"> </span>La série du siècle peut être considérée comme un événement historique majeur à plusieurs niveaux.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Au niveau sportif</em></p>
<p style="text-align: justify;">Spécialistes, journalistes, sportifs. Tout le microcosme du hockey considère cette série comme un fait marquant de l’histoire de la discipline. Rétrospectivement, tous sont conscients d’avoir vécu, en ce mois de septembre 1972, un moment unique. Au lendemain de la dernière rencontre, les médias canadiens titrent : «<em> Le plus remarquable moment jamais entrevu</em> », «<em> Le plus grand but de l’histoire du hockey</em> » ou encore : « <em>Le frisson ultime</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;">A la question : « <em>Que représente la série du siècle par rapport aux autres trophées glanés au cours de votre carrière ?</em> », les réponses des joueurs canadiens sont éloquentes. Ken Dryden confesse ainsi : «<em> Rien dans le hockey ne m’a mis si mal et fait autant planer. Et rien ne signifiait autant</em>. » Les propos de Serge Savard : « <em>J’ai été à plusieurs reprises dans des équipes vainqueurs de la Stanley Cup, mais ce n’était rien comparé à la victoire sur les Soviétiques cette année-là</em> », de Pete Mahovlich : «<em> Je crois que le plus grand moment de ma carrière fut en 1972 quand nous avons été capables de remporter cette série qui devint si importante pour le hockey</em> », de Dennis Hull : « <em>Je n’avais jamais gagné de Stanley Cup, j’ai donc demandé à Cournoyer si c’était comme gagner la coupe. Il répondit &nbsp;&raquo; c’est dix fois mieux&nbsp;&raquo; . J’ai bien voulu le croire !</em> », ou de Tony Esposito : « <em>Il n’y aura plus jamais de série comme celle-là, et je suis fier d’y avoir pris part</em> », résument bien l’importance, la dimension et le prestige que ces joueurs aux palmarès gargantuesques confèrent à cette victoire. Le légendaire défenseur Bobby Orr, blessé au moment de la série, abonde : « <em>Ce qu’a accompli le Team Canada en 1972 fut incroyable… Il n’y a plus eu d’aussi grande victoire, dans aucun sport.</em> »</p>
<p style="text-align: justify;">Ce succès a permis au Canada de rester maître de son propre jeu, son enfant chéri qu’est le hockey, si bien que l’événement est encore fortement présent dans l&#8217;imaginaire collectif, ainsi que le note le journaliste d’<em>ESPN,</em> Scott Burnside : « <em>La notion attestant que le Canada tient une place spéciale dans l’univers du hockey a, et est toujours renforcée par la victoire lors de la série du siècle. Encore aujourd’hui, on peut voir des tee-shirts dans le pays sur lesquels est écrit &nbsp;&raquo; Hockey, It‘s our game&nbsp;&raquo;</em>. » Et pour le président de l’Association Hockey Canada, Bob Nicholson, il ne fait aucun doute que ce lien va perdurer encore très longtemps : « <em>72 fut tellement, tellement spécial. Je pense qu’après cinquante ans, elle aura toujours la même empreinte sur le jeu dans notre pays</em>. »</p>
<p style="text-align: justify;">De l’autre côté du rideau de fer également, et malgré une défaite sur le fil qui laisse un goût amer, un sentiment de fierté affleure et se perpétue à travers les âges. Les Soviétiques ont fait honneur à leurs couleurs, à leur patrie, et ont prouvé au monde entier qu’ils étaient tout autant capables que les fondateurs du hockey de pratiquer un jeu altruiste, exalté, inspiré. Vladimir Luchenko révèle : «<em> Nous les avions toujours battus aux Jeux olympiques et lors des championnats du monde. J’avais toujours entendu dire que leurs meilleurs joueurs évoluaient en NHL, et ça m’ennuyait de ne pas pouvoir les affronter. La série a finalement prouvé que nous étions aussi bons qu’eux</em> », tandis qu’Alexander Ragulin déclame : « <em>Nous ne sommes pas devenus riches, mais nous avons joué avec notre cœur et nous pouvons être fiers de la marque que nous avons laissée</em>. »</p>
<p style="text-align: justify;">Dave King, entraîneur canadien ayant officié un temps du côté du Metallurg Magnitogorsk, raconte avoir rencontré le défenseur Yuri Liapkin à l’occasion de son escapade russe, et se souvient l’avoir reconnu à la bague qu’il portait au doigt, précieuse relique de sa participation à la série du siècle : «<em> C’est une distinction d’honneur, une distinction de fierté. Cela classe ces gens dans une catégorie très spéciale ici </em>», précise-t-il.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span><br />
<em>Au niveau historique</em></p>
<p style="text-align: justify;">A l’occasion du passage au nouveau millénaire, la presse canadienne réalise une vaste étude à l’échelle nationale, afin de classer les faits les plus marquants du siècle passé. Au moment des résultats, l’équipe de 1972 arrive au premier rang dans la catégorie « sports », et au huitième dans celle « tous événements confondus ». Le peuple à la feuille d’érable confie ainsi l’importance toute particulière qu’il attribue à la victoire de ses protégés lors de la fameuse série. Comme le note avec pertinence Scott Burnside, « <em>les Canadiens se souviennent où ils se trouvaient quand Henderson a marqué le but victorieux comme les Américains se souviennent où ils étaient quand le président John F. Kennedy a été assassiné ou quand Apollo 11 s’est posé sur la lune</em> ». Ou plus près de nous, chacun se souvient ce qu’il faisait au moment des attentats du 11 septembre ou lors de la finale de la Coupe du monde de football 1998, pour les Français.</p>
<p style="text-align: justify;">L’écrivain Roy McSkimming, auteur de l’ouvrage <em>Cold War</em>, ajoute une dernière analyse : «<em> Le hockey devint pour nous plus qu’un jeu : il devint un symbole, un emblème de notre singularité en tant qu’individus, et en tant que société</em>. »</p>
<p style="text-align: justify;">En Union Soviétique, si la confrontation face aux Canadiens n’apparaît pas forcément dans les événements principaux du vingtième siècle (au regard de l’évolution et des bouleversements politiques et sociaux du pays, et de la part prise par l’URSS dans le jeu des relations internationales, il semble logique que le sport ne truste pas le haut de l’affiche), elle est en revanche en bonne position parmi les épisodes significatifs du sport communiste. La série apparaît, en effet, en troisième position parmi les exploits du hockey rouge du siècle (selon un classement réalisé par le réputé <em>Soviet Sports Daily</em>), derrière le premier championnat d’URSS de 1947, et la première victoire aux Mondiaux en 1954. Tretiak et Kharlamov apparaissent, eux, dans la liste des cinq plus grands sportifs russes de tous les temps (Tretiak se classe troisième, derrière le gardien de football Lev Yashin et le mythique lutteur Alexander Karelin, Kharlamov est quant à lui cinquième, devancé par Gary Kasparov).</p>
<p style="text-align: justify;">Comme au Canada, la série a considérablement touché le peuple soviétique, pour s’inscrire durablement dans les mœurs. Igor Larionov, ancien joueur emblématique des Red Wings de Detroit durant les années 1990, affirme à ce sujet : « <em>Ces gars ont fait l’histoire. C’était comme le premier homme sur la lune</em>. »</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span><br />
<em>Un carrefour dans  l’histoire du hockey </em></p>
<p style="text-align: justify;">La série du sicèle a eu sur l’évolution du jeu à long terme, et de la NHL, une influence prééminente. Poussés dans leurs derniers retranchements par les incroyables Soviétiques, les Canadiens ouvrent les yeux, et comprennent qu’en dehors de leurs frontières existent d’autres formes de hockey, capables de rivaliser avec le leur. Finissant avec un ethnocentrisme qui durait depuis des décennies, ils se tournent enfin vers l‘Europe, s’inspirant des techniques de l’Est, et accordent une attention nouvelle au vivier de talents que représente le Vieux continent.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans les années qui suivent, les rencontres entre les deux pays se multiplient (en 1974 a lieu un remake des Summit Series, remporté par les Soviétiques, et tombé depuis dans l‘oubli). Des clubs comme le CSKA effectuent notamment le déplacement en Amérique du Nord pour affronter les meilleurs éléments de la NHL. Au lendemain de la série, les Maple Leafs de Toronto font une offre d‘un million de dollars à la Fédération de hockey soviétique pour s‘adjuger les droits sur Kharlamov, proposition évidemment déclinée par les dirigeants qui ne pouvaient décemment pas, en pleine guerre froide, laisser filer leur étoile en Amérique. L’année suivante, la franchise de l’Ontario engage deux Suédois dans ses rangs, Borje Salming et Inge Hammarstrom.</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui, une Ligue Nationale sans Européens est tout simplement inimaginable : les Jari Kurri, Teemu Selanne, Dominik Hasek, Jaromir Jagr, Peter Forsberg, Mats Sundin, Nicklas Lidstrom, Slave Fetisov (premier Russe à rejoindre la NHL en 1989, bientôt imité par les Alexei Kovalev, Alexander Mogilny…), Sergei Fedorov et Pavel Bure, font tous partie de la légende du hockey. Ils seront rapidement suivis par les Evegeni Malkin et autre Alexander Ovechkin qui dynamitent soir après soir les patinoires nord-américaines.</p>
<p style="text-align: justify;">Avant 1972, l’idée d’une NHL cosmopolite apparaissait tout bonnement saugrenue. Dave King, qui a également officié derrière le banc du Team Canada durant neuf années et trois olympiades, nous livre sa thèse sur la question : « <em>Jusque 1972, nous n’avions pas de compétition réunissant les meilleurs joueurs. Nous avions toujours pensé que nous étions les meilleurs. Durant cette série, nous avons réalisé que peut-être, tactiquement et techniquement, ils faisaient des choses qui étaient très bien. Même après la victoire, le résultat fit se demander à certaines personnes : &nbsp;&raquo; Peut-être que ces gars sont réels. Ils avaient déjà battus nos amateurs, et maintenant ils sont passés tout près de battre nos joueurs professionnels&nbsp;&raquo; . Cela a signifié un réel changement dans notre jeu. Après ça, nous ne nous sommes pas reposés sur nos lauriers en disant simplement &nbsp;&raquo; Nous avons gagné&nbsp;&raquo; . Nous avons retroussé nos manches et dit &nbsp;&raquo; au boulot&nbsp;&raquo; . En apportant une partie de leur savoir-faire &#8211; jeu tactique et conditionnement &#8211; à notre propre jeu. </em>»</p>
<p style="text-align: justify;">Il poursuit en insistant sur le fait que la série a réellement ouvert les portes de la NHL aux joueurs européens : « <em>Les premiers joueurs à s’expatrier furent des Suédois et des Finlandais. Les seuls Russes et Tchèques entraperçus avant la fin des années 80 vinrent parce qu’ils avaient fait défection. Cela a commencé doucement. Cependant, si nous avions gagné largement, peut-être qu’aucun d’entre eux ne serait venu avant un long moment. Ainsi, c’est un point très important dans l’évolution de la NHL, mais aussi du hockey canadien. […] Beaucoup de bonnes choses ont émané de cette série. […] Ce fut le départ d’un tout nouveau respect de la façon d’appréhender le jeu</em> ».</p>
<p>Prises dans les remous de la politique, la série du siècle, transposition des enjeux de la guerre froide sur la glace, véritable moment charnière dans l’histoire du hockey, aura finalement débouché sur une orientation favorable pour ce sport, dont la face sera à jamais changée. Nous laissons le mot de la fin à l’illustre Vladislav Tretiak : « <em>En 1972, personne n’a perdu. Tout le monde a gagné. Maintenant, nous pouvons voir que les meilleurs joueurs russes peuvent jouer en NHL. La série a ouvert la porte pour les joueurs européens actuels de la NHL. Désormais, c’est la meilleure ligue au monde. Qui a gagné ? Le hockey a gagné</em> ».</p>
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		<title>La série du siècle (Partie 4)</title>
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		<pubDate>Tue, 10 Mar 2009 10:55:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
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		<description><![CDATA[Staying alive
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Game 7
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Phil Esposito défie Vladislav Tretiak


Malgré le bol d’air offert par la victoire lors de la rencontre précédente, les Canadiens sont toujours en position très délicate : ils sont dans l’obligation de remporter ce septième match s’ils veulent s’offrir une belle, et garder la possibilité de triompher dans cette série, qui tient toutes ses [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4>Staying alive</h4>
<p style="text-align: justify;"><em><span style="color: #ffffff;">.</span><br />
</em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Game 7</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl id="attachment_206" class="wp-caption alignright" style="width: 230px;">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-full wp-image-206" title="esposito" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/esposito.jpg" alt="Phil Esposito défie Vladislav Tretiak" width="220" height="276" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Phil Esposito défie Vladislav Tretiak</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">Malgré le bol d’air offert par la victoire lors de la rencontre précédente, les Canadiens sont toujours en position très délicate : ils sont dans l’obligation de remporter ce septième match s’ils veulent s’offrir une belle, et garder la possibilité de triompher dans cette série, qui tient toutes ses promesses. Pour cet affrontement au couteau, Sinden ne modifie que très peu sa rotation, faisant néanmoins entrer Esposito à la place de Dryden dans les cages. Du côté russe, les entraîneurs entendent compenser la perte de Kharlamov, en alignant leurs éléments les plus expérimentés. La « Kid line » est ainsi mise sur la touche, à l’exception d’Anisin.</p>
<p style="text-align: justify;">Les deux équipes rentrent pleines de conviction dans cette partie, qui sera sans doute la plus aboutie de la série en termes de qualité de jeu. Les Canadiens sont les premiers à se mettre en évidence, et ouvrent la marque au bout de quatre minutes de jeu, par l’intermédiaire de Phil Esposito, à la réception d’un centre d’Ellis. La réplique russe ne tarde pas : sur une sortie de zone fulgurante, Yakushev récupère le palet sur la gauche, prend de vitesse les défenseurs Bergman et Park dans la zone neutre, avant de décocher un slapshot imparable. Les Canadiens multiplient les pénalités, et sur un jeu de puissance, Petrov fait la différence, se présente seul devant Esposito et l’efface pour donner l’avantage aux siens. Soixante secondes plus tard, le chassé-croisé se poursuit. Serge Savard réalise un superbe mouvement à la bleue, feintant un tir, avant de servir Esposito qui, en position idéale, inscrit un doublé plein de clairvoyance.</p>
<p style="text-align: justify;">Durant le second tiers, les Soviétiques accentuent la pression, prenant peu à peu la mesure de leurs adversaires (13 tirs à 7), mais tombent sur un mur infranchissable, en la personne de Tony Esposito. En tout début de troisième période, Gilbert redonne un but d’avance au Team Canada, en venant tromper Tretiak d’un revers qu’il glisse entre ses jambières. Un avantage de courte durée, puisque sur une énième supériorité numérique, Yakushev, esseulé au second poteau, remet les deux formations à égalité, signant à son tour un doublé. Les minutes s’égrenant, le match se durcit et les esprits s’échauffent : sur un contact entre Bergman et Mikhailov derrière les cages canadiennes, les deux joueurs en viennent aux mains, et le russe donne un coup de patin à son opposant, l’entaillant sérieusement. Eclate alors une bagarre générale, à laquelle prend part le pourtant pacifique Yvan Cournoyer. Il reste alors moins de trois minutes à jouer, et le Canada n’a alors jamais été aussi près de la défaite. Dans une ambiance surchauffée, les hommes à la feuille d’érable jouent leur va-tout. C’est le moment que choisi Serge Savard pour lancer Paul Henderson à la ligne bleue. Il se présente seul face aux deux défenseurs russes, Vasiliev et Tsynganov, et réalise alors une prouesse technique incroyable, glissant le palet entre ses deux adversaires, enchaînant un petit pont, avant de tirer en déséquilibre alors qu’il est crocheté, pour trouver la lucarne de Tretiak. Durant les deux dernières minutes, les Soviétiques se ruent littéralement sur la cage d’Esposito, mais celui-ci parvient à préserver le score, réalisant quatre arrêts décisifs.</p>
<p style="text-align: justify;">Au bout du suspense, les Canadiens remportent la rencontre, et le droit de disputer un match décisif, pour le bonheur de tous les amoureux de sport. L’homme providentiel, Paul Henderson, qui avait déjà inscrit le but vainqueur (GWG, game winning goal) lors de la partie précédente, est sur un nuage. Ce joueur au profil d’anti-héros, joueur méritant mais pas superstar durant ses neuf années passées en NHL, devient le sauveur. Il revient sur son but exceptionnel après la rencontre : « Je ne marquerai plus jamais un but aussi important dans ma vie, et je peux désormais mourir tranquille ». Il ne sait pas à cet instant que l’histoire peut réserver parfois bien des surprises…</p>
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<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<h4 style="text-align: justify;">The goal heard around the world</h4>
<p style="text-align: justify;"><em><span style="color: #ffffff;">.</span><br />
</em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La série va donc se jouer sur un seul et unique match. Plus qu’une simple rencontre sportive, cette opposition décisive revêt des enjeux politiques et idéologiques majeurs, et au jeu de la déstabilisation, les Soviétiques ont depuis longtemps prouvé leur incomparable savoir-faire. La veille du match, la tension est à son paroxysme. C’est le moment choisi par les bureaucrates communistes pour jeter un pavé dans la marre. Les arbitres préalablement désignés, avec l’accord des deux camps, pour officier lors de la rencontre, sont à l’origine le tchèque Rudy Bata et le suédois Uve Dahlberg. Malheureusement, ce dernier tombe mystérieusement malade, et se trouve dans l’incapacité de remplir sa tâche (on évoquera par la suite une sombre affaire de nourriture empoisonnée, l’hypothèse la plus probable étant cependant le fait qu’il ait renoncé suite à des pressions, le coach Sinden le croisant le jour J en pleine forme…). Sans demander l’avis des canadiens, les Russes choisissent pour les remplacer le duo d’allemands Baader-Kompalla, le cauchemar des hommes à la feuille d’érable ! Inacceptable pour la délégation canadienne. Alan Eagleson, président de la NHLPA et un des promoteurs de la série, contacte immédiatement son homologue russe, Alexander Gresko, et lui signifie que si la décision est maintenue, le Team Canada boycottera le match. Inflexibles dans un premier temps, les Soviétiques finissent par se rendre compte que les joueurs sont tous derrière Eagleson, et qu’une négociation s’impose s’ils désirent les voir monter sur la glace. Quelques heures avant le coup d’envoi, un compromis est trouvé : à chaque formation revient le choix d’un officiel. Ce sera Bata pour les Canadiens, et sans surprise, Kompalla pour les Soviétiques. L’affrontement final aura donc bien lieu. Malgré une nouvelle nuit agitée (Phil Esposito racontera par la suite : « Je recevais des coups de téléphone à trois, quatre heures du matin à chaque fois que j’essayais de m’endormir, et cela se produisait uniquement les nuits précédant un match), les Canadiens sont prêts à se lancer dans l’ultime bataille, ce qui pourrait être « le plus grand match jamais joué », selon les mots d’Harry Sinden.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Game 8</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;">Ce 28 septembre 1972, plus que deux équipes, ce sont deux sociétés, deux systèmes de pensée, deux pays qui s’affrontent sur la glace. Au Canada, les parents prennent des congés maladie, le taux d’absentéisme explose dans les écoles, où pourtant des postes de télévision sont autorisés dans les classes. Les bars débordent, les files se multiplient dans la rue devant les vitrines de magasins d’électronique. A Moscou aussi, un jour de congé national a été décrété par la Parti, afin que les habitants puissent suivre la rencontre. Deux peuples rivaux ont ainsi les yeux rivés sur le match du siècle.</p>
<p style="text-align: justify;">Le spectacle peut enfin commencer. Et les craintes canadiennes concernant l’arbitrage de l’allemand Kompalla se révèlent rapidement fondées. Au bout de deux minutes de jeu, il siffle en effet deux holdings plus que litigieux à l’encontre de Bill White et Frank Mahovlich, laissant les Canadiens à trois contre cinq. Les Soviétiques, qui n’en demandaient pas tant, profitent de l’aubaine pour ouvrir la marque, par l’intermédiaire de Yakushev. Tout juste trente-six secondes plus tard, Parise est sanctionné pour une interférence sur Maltsev. Le défenseur sort de ses gonds, frappant violemment la glace, et reçoit une méconduite. Il se rue alors vers l’officiel, faisant tournoyer sa crosse au-dessus de sa tête. Il se réfrène heureusement au dernier moment, mais est logiquement expulsé de la partie. Kompalla demande alors à Phil Esposito de prendre la place de son coéquipier en prison, pour les deux minutes et la méconduite, arguant d’une règle internationale qui lui permet de choisir n’importe quel joueur de substitution pour les pénalités, principe dont personne n’a jamais entendu parler. Devant l’explosion de colère du banc canadien, et les injonctions d’Harry Sinden, il se décide à faire marche arrière, remplaçant Esposito par Dennis Hull. Il semble à cet instant que tout soit mis en œuvre pour déstabiliser les Canadiens, qui restent malgré tout concentrer, et parviennent à égaliser dans la foulée sur un but d’Esposito. Sur un nouveau jeu de puissance, appelé suite à une interférence de Cournoyer, les Russes reprennent les devants, Lutchenko trompant Dryden à la réception d’une passe de Kharlamov, qui joue malgré sa cheville fracturée. Redoublant d’efforts, les hommes de Sinden reviennent à la marque peu avant le terme du premier tiers, Park concluant une magnifique action collective. Les deux formations rentrent aux vestiaires sur un score de parité.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-220" title="summit12" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/summit12-300x167.jpg" alt="summit12" width="300" height="167" />La seconde période repart sur les mêmes bases que la précédente. Au bout de seulement vingt-et-une secondes, Shadrin redonne l’avantage aux siens, Dryden étant surpris par un rebond derrière ses cages. L’égalisation intervient aux abords de la mi-match; la réalisation est l’œuvre de Bill White. Les Soviétiques décident alors de passer la vitesse supérieure, et dans la minute suivante, Yakushev trompe une nouvelle fois Dryden. Le break est fait sur un nouveau power play, Vassiliev, esseulé au second poteau, trouvant l’ouverture. Les Canadiens, une fois de plus au bord du précipice, restent cependant positifs, conscients qu’ils possèdent les armes pour renverser la vapeur. Durant la pause, un Alan Eagleson furieux fait son irruption dans le vestiaire : conversant de la possible issue de la rencontre avec son homologue Gresko, ce dernier venait de lui faire remarquer qu’en cas de nul, les Soviétiques demanderaient la victoire, invoquant une meilleure différence de buts (32-31). La question n’avait jusqu’alors pas été posée… Il harangue les troupes, leur faisant entrevoir que désormais, il n’existe d’autre alternative que la victoire.</p>
<p style="text-align: justify;">Et le message semble parfaitement reçu lorsqu’après deux minutes de jeu, à la suite d’un superbe débordement de Peter Mahovlich, Esposito s’impose dans le slot, avant de tromper Tretiak. Il fallait marquer vite pour les Canadiens, qui sont désormais plus que jamais en vie, et multiplient les assauts sur la cage de Tretiak. Les Soviétiques parviennent dans la foulée à tuer deux pénalités consécutives, mais reculent ostensiblement. A sept minutes du terme, c’est encore un Esposito au sommet de son art (Sinden qualifiera cette troisième période de son leader comme « son heure de gloire »), qui se faufile entre trois défenseurs, tir sur Tretiak qui repousse, se bat pour récupérer le palet derrière la cage, retente sa chance sur le gardien russe qui s’en sort une nouvelle fois, mais ne peut empêcher de laisser un rebond, exploité par Cournoyer, qui marque du revers. La lumière rouge pourtant, ne s’allume pas. S’en suit une scène des plus rocambolesques : Alan Eagleson, posté dans la tribune, voyant que le but n’est pas validé, entre dans une rage folle, et tente de se frayer un chemin vers la table de marque, au milieu des soldats de l’armée rouge. Ces derniers, ne connaissant pas son identité et pensant qu’il s’agit d’un simple supporter, l’interceptent et commencent à le molester. Intervient alors l’imposant Frank Mahovlich, qui vient à la rescousse de son compatriote en montant dans la tribune, apostrophant les militaires avec sa crosse, bientôt suivi par ses coéquipiers, qui se massent derrière la balustrade. Eagleson est finalement ramené sur la glace, et répond à la bronca de la foule par un bras d’honneur, imité par Joe Sgro et Mike Cannon, membres du staff. Une atmosphère belliqueuse règne sur la partie, la métaphore guerrière affublée à la série n’a jamais été aussi tangible, l’opposition entre les joueurs à la feuille d’érable et les soldats russes suggérant les prémices d’une lutte armée…</p>
<p style="text-align: justify;">Après un moment de délibération, le but du Roadrunner est finalement accepté, et le jeu peut finalement reprendre ses droits.</p>
<p style="text-align: justify;">Les deux équipes paraissent de plus en plus fatiguées : les Canadiens jettent leurs ultimes forces dans la partie, pendant que les Russes font le dos rond, aidés par l’inamovible Tretiak. Les secondes s’égrènent inexorablement… La voix annonçant la dernière minute de jeu fait gronder le Palais Loujniki. La ligne Cournoyer-Esposito-Frank Mahovlich est sur la glace, tentant son possible pour inscrire un but miraculeux. A ce moment, et sans tenir compte des consignes de son entraîneur, Paul Henderson interpelle Mahovlich, réclamant un changement (il confessera par la suite que c’est la seule fois de sa carrière qu’il prit une telle initiative). Une fois. Deux fois. Trois fois. Le grand attaquant revient alors vers le banc, laissant sa place à Henderson. Cournoyer et Esposito, exténués et qui s’apprêtaient à sortir, décident de rester un moment supplémentaire. Le palet est sous contrôle soviétique. Valery Vasiliev tente de gagner du temps derrière son propre but, mais sa relance hasardeuse finit dans la palette d’Yvan Cournoyer. La suite appartient à l’histoire, et à la voix du commentateur Foster Hewitt :</p>
<p style="text-align: justify;">« Cournoyer has it on the wing. Here’s a shot. Henderson makes a wild stab for it and falls. Here’s another shot. Right in front. They score ! Henderson has scored for Canada ! »</p>
<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl id="attachment_209" class="wp-caption alignright" style="width: 310px;">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-medium wp-image-209" title="henderson" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/henderson-300x265.jpg" alt="Yvan Cournoyer tombe dans les bras de Paul Henderson" width="300" height="265" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Yvan Cournoyer tombe dans les bras de Paul Henderson</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">Ainsi se produit le miracle. Paul Henderson, auteur du but « entendu autour du monde », est de nouveau le messie, et envoie son équipe et tout le peuple canadien au paradis, dans un dénouement dramatique digne des plus grands films hollywoodiens. Cournoyer tombe dans ses bras, laissant juste le temps à Denis Brodeur (père de Martin, gardien emblématique des New Jersey Devils), d’immortaliser l’instant, en prenant une photo qui allait à jamais marquer l’histoire du hockey sur glace. Tous les Canadiens fêtent le héros au centre de la patinoire. Il reste pourtant trente-quatre secondes à jouer. Un dernier arrêt décisif de Dryden, et la trompe retentit.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;">Les Canadiens ont gagné, et viennent d’offrir au monde du sport l’un de ses plus grands moments. Une série unique, envoûtante, renversante, magique, hors du temps… Après cela, le hockey ne sera plus jamais tout à fait pareil…</p>
<p><object width="425" height="344" data="http://www.youtube.com/v/rptwqd5ccYk&amp;hl=fr&amp;fs=1" type="application/x-shockwave-flash"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/rptwqd5ccYk&amp;hl=fr&amp;fs=1" /><param name="allowfullscreen" value="true" /></object></p>
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		<title>La série du siècle (Partie 3)</title>
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		<pubDate>Tue, 10 Mar 2009 10:24:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
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		<description><![CDATA[En route vers l&#8217;Union Soviétique
.

Durant la trêve de treize jours qui entrecoupe la série, les Canadiens souhaitent optimiser leur préparation, et c’est dans cette optique qu’ils se rendent à Stockholm, pour disputer deux matchs contre l’équipe nationale suédoise, et s’adapter ainsi au format des patinoires européennes (qui sont plus larges), et au décalage horaire. Les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4>En route vers l&#8217;Union Soviétique</h4>
<p><em><span style="color: #ffffff;">.</span><br />
</em></p>
<div id="attachment_194" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-194" title="canada11" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/canada11-300x192.jpg" alt="canada11" width="300" height="192" /><p class="wp-caption-text">Le Team Canada</p></div>
<p style="text-align: justify;">Durant la trêve de treize jours qui entrecoupe la série, les Canadiens souhaitent optimiser leur préparation, et c’est dans cette optique qu’ils se rendent à Stockholm, pour disputer deux matchs contre l’équipe nationale suédoise, et s’adapter ainsi au format des patinoires européennes (qui sont plus larges), et au décalage horaire. Les rencontres (victoire 4-1 canadienne et nul 4-4) sont accrochées, âpres et deviennent par moment brutales, les Suédois tentant de compenser leurs lacunes physiques et techniques par un jeu rugueux, voire violent. Durant la seconde partie, le défenseur Wayne Cashman reçoit un coup de crosse dans les dents. Il doit être évacué au vestiaire pour subir des points de suture, mais aucune pénalité n’est appelée, au grand damne de toute l’équipe canadienne, qui s‘en prend aux officiels. Les joueurs non-alignés, qui se trouvent dans les tribunes à ce moment, se ruent alors sur les photographes qui tentent d’immortaliser l’instant, nécessitant l’intervention des forces de sécurité pour séparer les belligérants. Plus tard dans la rencontre, Vic Hadfield reçoit une charge dans le dos, et réplique aussitôt en infligeant une crosse haute dans le visage du premier adversaire à sa portée. Ce dernier, dans une mise en scène assez pathétique, fait alors un tour de patinoire pour montrer aux spectateurs et aux journalistes le traitement de choc réservé par les Canadiens… La scène est reprise à la Une dès le lendemain dans les quotidiens du pays, mais aussi d’Union Soviétique.</p>
<p style="text-align: justify;">Les hommes à la feuille d’érable comprennent alors ce qui les attend de l’autre côté du rideau de fer, un territoire froid et inhospitalier. Cela a pour effet de renforcer la cohésion du groupe : les rivalités internes, marquées notamment par les antagonismes entre joueurs des Rangers et des Bruins, laissent progressivement la place à l’instauration d’un véritable esprit d’équipe. Malmenés en Suède, à quelques heures du premier rendez-vous moscovite, les liens entre les coéquipiers se resserrent indubitablement, et ils se surnomment eux-mêmes « les cinquante ». Ron Ellis raconte l’anecdote : « Nous étions en Suède, nos soirées &#8211; les joueurs, les entraîneurs et les autres &#8211; étaient composées d’exactement cinquante personnes. Et nous avions le sentiment que nous étions cinquante contre le reste du monde ».</p>
<p style="text-align: justify;">La délégation pose le pied sur le sol soviétique le 20 septembre au soir. Elle prend ses quartiers dans un hôtel du centre ville, réservé pour les visiteurs de l’Ouest, assez loin du standard cinq étoiles affiché. Les joueurs y retrouvent leurs familles, et apprennent que trois mille supporters ont fait le déplacement pour les encourager, nouvelle qui leur donne du baume au cœur, avant la bataille qui s’annonce. Le lendemain, avant le début du premier entraînement, le coach Sinden annonce la rotation qu’il a décidé d’aligner pour l’entame du cinquième match. Ces choix ne sont pas du goût de certains joueurs, dont l’égo mal placé ne supporte pas d’être mis sur la touche à l’approche du moment décisif. Ainsi, l’ailier des Rangers Vic Hadfield refuse de prendre part à la session, et est enjoint par Sinden à faire ses valises, suggestion qu’il prend au mot : il quitte l’équipe dès le lendemain, accompagné de Rick Martin des Sabres et de Jocelyn Guevremont des Canucks… Le coach canadien n’a rien fait pour les retenir, ne voulant prendre le risque de parasiter la bonne marche de sa formation avec des luttes intestines, désirant se focaliser désormais sur une seule et unique chose : le jeu, et les artifices à mettre en place pour triompher des Soviétiques.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<h4 style="text-align: justify;">Au bord du gouffre</h4>
<p style="text-align: justify;"><em><br />
</em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Game 5</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;"><br />
</span></p>
<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl id="attachment_191" class="wp-caption alignright" style="width: 222px;">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-medium wp-image-191" title="kharlamov1" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/kharlamov1-212x300.jpg" alt="Valeri Kharlamov, le virtuose soviétique" width="212" height="300" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Valeri Kharlamov, le virtuose soviétique</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">La cinquième manche de la série se joue le 22 septembre, avec pour cadre le palais Loujniki de Moscou. Elle commence par une scène insolite : durant la présentation des équipes, au moment où son nom est appelé, Phil Esposito s’avance sur la glace, mais glisse sur un pétale de fleur. Il se relève en effectuant une révérence, et salue le public, un large sourire irradiant son visage. Les spectateurs soviétiques applaudissent sagement (la plupart de la foule étant composée d’apparatchiks triés sur le volet, et d‘autres riches dignitaires, le prix des places ayant décuplé au marché noir), pendant que les 3000 Canadiens ovationnent leur favori au bruit des tambours et des trompettes, faisant sentir leur soutien à tout le groupe, qui ne sera finalement pas si seul dans ce combat…</p>
<p style="text-align: justify;">Et ce sont des Canadiens revivifiés qui abordent la partie avec un tout autre visage, celui d’une équipe affamée, avide de revanche, qui contraste avec des rouges qui paraissent désormais bien surs d’eux. Et les hommes à la feuille d’érable vont produire quarante minutes de haute volée, de loin les plus abouties depuis le début de la série. Ils voient tout d’abord leurs efforts récompensés à cinq minutes de la fin du premier tiers, lorsque Jean-Paul Parise trouve l’ouverture, plaçant le palet entre les jambières de Tretiak. Au cours de la deuxième période, ils poursuivent leur forcing, redoublant d’abnégation, et inscrivent deux nouvelles réalisations, par l’intermédiaire de Clarke et Henderson. L’attitude de ce dernier illustre parfaitement la volonté et la détermination retrouvées des Canadiens : peu après avoir donné un avantage significatif de trois buts aux siens, il est victime d’une charge brutale de Maltsev, qui le laisse groggy le long de la bande. Evacué vers le vestiaire, le médecin diagnostique un léger traumatisme, et lui conseille de ne pas reprendre le jeu. Henderson demande toutefois à Sinden de le garder dans la rotation, requête que ce dernier accepte, convaincu par l’obstination de son joueur. Et bien lui en prend, puisqu’après la réduction du score de Blinov à l’entrée du troisième tiers, Henderson reçoit une transversale magistrale de Clarke dans la palette, se présente en breakaway, et trompe Tretiak d’un tir plein de lucidité. Il reste alors un quart d’heure à jouer. Et une nouvelle fois, l’improbable va se produire. Les Canadiens se replient peu à peu sur eux-mêmes, faisant le dos rond pour préserver un avantage solidement construit, mais vont être emportés par une tornade rouge. Anisin réduit dans un premier temps la marque, récupérant un rebond successif à un tir de Liapkin. Sur le face-off, Shadrin profite de l’apathie de la défense canadienne pour récupérer le puck, et aller tromper sans trembler un Esposito, qui reste hagard. Quelques instants plus tard, c’est au tour de Gusev de s’illustrer, trouvant l’ouverture d’un magnifique slapshot en supériorité numérique. Il aura fallu tout juste deux minutes aux Soviétiques pour revenir dans le match. Les Canadiens sont abasourdis, le momentum a changé de camp. Il ne reste plus aux Russes qu’à mettre à mort un ennemi qui a déjà un genou au sol; et celui qui revêt en cette soirée la tenue du matador se nomme Vladimir Vikulov. Sur une récupération de l’inévitable Kharlamov, il reçoit le palet sur la gauche, efface son défenseur d’un grand pont sur la bande, avant de venir crucifier Esposito d’un revers. 5-4 : le palais Loujniki entre en ébullition. En fin de partie, Tretiak assure l’essentiel, s’interposant notamment brillamment devant Cournoyer. La trompe retentit, et c’est une foule enthousiaste qui acclame les joueurs Soviétiques, qui l’ont une nouvelle fois emporté, au terme d’un revirement de situation frénétique. Ils prennent un ascendant prépondérant (3-1-1), une petite victoire lors des trois dernières rencontres leur suffit désormais pour empocher la série.</p>
<p style="text-align: justify;">Du côté canadien, même si l’équipe est acclamée par ses fans à sa sortie, l’heure est plus que jamais au doute. Sinden le premier, apparaît abattu, lorsqu’il déclare à son assistant Fergusson : « Il n’y a rien d’approprié à dire après ça. Je leur ai dit tout ce que j’ai pu durant six semaines. Ils m’ont suffisamment écouté. Maintenant, il va falloir qu’ils trouvent leurs propres réponses ».</p>
<p style="text-align: justify;"><object width="425" height="344" data="http://www.youtube.com/v/NZ8uADyQUuw&amp;hl=fr&amp;fs=1" type="application/x-shockwave-flash"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/NZ8uADyQUuw&amp;hl=fr&amp;fs=1" /><param name="allowfullscreen" value="true" /></object></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<h4 style="text-align: justify;">Ne pas mourir à Moscou</h4>
<p style="text-align: justify;"><em><span style="color: #ffffff;">.</span><br />
</em></p>
<p style="text-align: justify;">Les Canadiens sont alors au pied du mur. Décontenancés, ils rejoignent leurs quartiers, et pour ne pas arranger les choses, apprennent que leur stock de nourriture et de bière a été dérobé à son arrivée à Moscou. Leurs nuits se révèlent également agitées, certains joueurs étant réveillés par de mystérieux coups de téléphone… Ils n’ont pourtant plus le choix, et surtout plus de droit à l’erreur, s’ils veulent emporter cette série, qui est devenue au fil des jours un inextricable guêpier, dont-ils n’ont pas les clés pour s’extirper. A l’entraînement, Sinden met en place de nouvelles phases de jeu, insistant sur l’importance du fore-checking pour gêner la relance ultra-rapide des Russes, et laissant plus d’initiatives à ses attaquants, dans l’optique de surprendre la défense adverse.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Game 6</span></p>
<p style="text-align: justify;">
<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl id="attachment_193" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px;">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-medium wp-image-193" title="clarke2" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/clarke2-300x204.jpg" alt="Clarke brisant la cheville de Kharlamov" width="300" height="204" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Clarke brisant la cheville de Kharlamov</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">Le sixième match, celui de la peur pour le Team Canada, est dans un premier temps dominé par le duo d’arbitres allemands, Frank Baader et Josef Kompalla, qui avaient déjà officié lors des deux rencontres contre la Suède à Stockholm, et avaient mis les nerfs des Canadiens à rude épreuve, par leurs décisions contestables. Durant le premier tiers, des pénalités litigieuses, et des hors-jeux imaginaires sont sifflés à l’encontre des hommes de Sinden. Les Soviétiques prennent peu à peu le match en main, mais butent sur un Dryden en grande forme. La première période se termine sur un score nul et vierge. Les rouges trouvent cependant l’ouverture dès le retour dès vestiaires, sur un tir rasant de la bleue, délivré par le défenseur Liapkin. A ce moment précis, les Soviétiques sont virtuellement les grands vainqueurs de la série. S’en suit alors une ébouriffante réaction d’orgueil canadienne : en l’espace d’une minute et vingt-trois secondes, Dennis Hull, suivant un rebond de Gilbert, Yvan Cournoyer, entre les jambes de Tretiak, et Paul Henderson, d’un tir successif à une interception dans la zone neutre, ramènent leur équipe totalement dans la partie. Les Canadiens musclent dès lors leur jeu, multiplient les pénalités, mais font front à des Soviétiques qui bombardent littéralement Ken Dryden, sans parvenir à trouver l’ouverture. Au cours de ce second tiers qui prend les allures d’une guerre de tranchée, un des tournants de la série se produit. Kharlamov, le meilleur joueur soviétique, qui fait tourner la tête de ses adversaires avec ses dribbles déroutants, est pris à partie par les défenseurs canadiens, qui souhaitent l’empêcher de s’exprimer, et le priver de palet. C’est d’abord Clarke qui le frappe au visage avec son gant, recevant une méconduite de dix minutes. Puis l’imposant Frank Mahovlich prend le relais en lui assénant un coup de coude le long de la bande. Avant que Clarke, tout juste sorti de prison, ne frappe sa cheville d’un coup de crosse impardonnable, alors qu’il armait un tir. Kharlamov poursuit tant bien que mal la rencontre, le diagnostic tombe en fin de partie : cheville fracturée. Le prodige soviétique sentait l’étau se refermer autour de lui, et se méfiait de l’agressivité croissante de Clarke : « Je suis convaincu que Bobby Clarke était chargé de me faire sortir du jeu. Parfois, je me disais que c’était son seul but. Je regardais ses yeux furieux, je voyais sa crosse qu’il brandissait comme une épée, je ne comprenais pas ce qu’il faisait. Cela n’avait rien à voir avec le hockey ». L’exécuteur Clarke confessera, quelques années plus tard : « Je me souviens de la causerie de John Fergusson entre la première et la deuxième période. Il n’a cessé de répéter que quelqu’un devait s’occuper de Kharlamov. J’ai regardé autour de moi dans le vestiaire, avant de réaliser que c’était à moi qu’il s’adressait ».</p>
<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl id="attachment_195" class="wp-caption alignright" style="width: 250px;">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-full wp-image-195" title="dryden1" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/dryden1.jpg" alt="Ken Dryden et Phil Esposito" width="240" height="300" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Ken Dryden et Phil Esposito</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">Le Canada tient le bon bout, réduisant au silence le jeu de puissance soviétique, si efficace jusqu’alors. Durant le dernier tiers, Dryden multiplie les parades, ne devant s’incliner que devant Yakushev, à deux minutes du terme. 3-2 score final, les Canadiens, par ce succès arraché au courage et au physique, obtiennent un sursis. Bien que malmenés une fois de plus par leurs adversaires, ils ont fait preuve d’une grande force mentale en revenant dans la partie, puis en résistant à la pression rouge, malgré de longs moments passés à jouer en infériorité numérique. Surtout, ils sont toujours vivants, et ont prouvé qu’ils pouvaient venir à bout des Soviétiques sur leurs terres (ce qui paraissait, vu l’évolution de la série, de plus en plus illusoire). En outre, ils ont mis hors-jeu l’une des plus grandes menaces ennemie, en la personne de Kharlamov. Avant la sixième empoignade qui s’annonce âpre et sauvage, le moral des troupes remonte ainsi inexorablement.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><object width="425" height="344" data="http://www.youtube.com/v/Mxm-aDQQntM&amp;hl=fr&amp;fs=1" type="application/x-shockwave-flash"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/Mxm-aDQQntM&amp;hl=fr&amp;fs=1" /><param name="allowfullscreen" value="true" /></object></p>
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