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	<title>Sport Fever &#187; 1980</title>
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		<title>Miracle on ice (Partie 3)</title>
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		<pubDate>Thu, 09 Apr 2009 11:24:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L’impact historique du Miracle on ice

Ils l’ont fait. Réaliser l’impensable. Renverser la montagne. Plonger le pays dans une douce folie. L’exploit transcendant réalisé par la bande d’Herb Brooks soulève au travers des Etats-Unis une vague d’enthousiasme et de frénésie incomparable. Kevin Allen, auteur de l’ouvrage USA Hockey : a celebration of a great tradition, note [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4>L’impact historique du Miracle on ice</h4>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_448" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-448" title="eruzione2" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/04/eruzione2-300x297.jpg" alt="Mike Eruzione après avoir inscrit le but décisif" width="300" height="297" /><p class="wp-caption-text">Mike Eruzione après avoir inscrit le but décisif</p></div>
<p style="text-align: justify;">Ils l’ont fait. Réaliser l’impensable. Renverser la montagne. Plonger le pays dans une douce folie. L’exploit transcendant réalisé par la bande d’Herb Brooks soulève au travers des Etats-Unis une vague d’enthousiasme et de frénésie incomparable. Kevin Allen, auteur de l’ouvrage <em>USA Hockey : a celebration of a great</em> tradition, note : « <em>Grâce à l’avènement de la télévision, le but d’Eruzione en 1980 déclencha une célébration nationale spontanée d’une intensité stupéfiante. Les gens pleuraient, les inconnus s’enlaçaient, et des groupes au travers du pays se rassemblèrent dans de vibrantes interprétations de God bless America et du Star-spangled banner</em>. »</p>
<p style="text-align: justify;">Pour comprendre cette explosion de joie inouïe, difficile à évaluer chez nous, il faut se référer au contexte : la guerre froide, les tensions croissantes avec l’Union Soviétique, les désillusions successives de l’Oncle Sam sur la scène internationale, la morosité ambiante entre ses frontières. C’est une véritable crise de confiance qui affleure au-dessus de l’Amérique à cette époque, une remise en cause de ses croyances, de ses convictions les plus profondes, de cette foi immuable en elle-même, qui lui permet de surmonter tous les obstacles. L’Amérique doute. La nation est touchée dans son âme, et le patriotisme de l’Américain moyen mis à mal, chose qu’il a du mal à concevoir, et à affronter. C’est pourquoi la victoire de son équipe, composée uniquement d’amateurs, face à une formation soviétique qui cristallise tous les clichés malsains relatifs au sport communiste, dans une rencontre qui a toutes les allures d’une transposition sur la glace des enjeux de la guerre froide, prend pour lui la forme d’une douceur exquise. L’espace d’un instant, le temps se fige lors d’un match de hockey sur glace. Les Etats-Unis se réaccaparent le devant de la scène et la place qui, dans l’ordre naturel des choses, leur est dévolue : la première. Le gain de la médaille d’or est un symbole puissant, qui permet au pays d’y croire à nouveau, et qui explique a posteriori l’impact du miracle sur la société américaine.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette impression de renouveau insufflé par l’équipe nationale de hockey peut être corroborée par les propos de témoins de l’époque. Ainsi, E.M Smith, journaliste pour <em>Sports Illustrated</em>, écrit : « <em>A un moment où les tensions internationales et les frustrations domestiques avaient altéré le traditionnel optimisme américain, les outsiders de l’équipe olympique américaine donnèrent le vertige à la nation entière. […] Ces jeunes l’ont fait en s’appuyant sur l’ancienne éthique du travail américaine, que beaucoup croyaient disparue de la surface de la Terre</em>. » Barry Rossen, un des otages de l’ambassade américaine à Téhéran, rapporte lui ses souvenirs au <em>New York Times</em> : « <em>Le match a été le moment où les Américains ont commencé à nouveau à ressentir de la fierté. Les gens cherchaient quelque chose auquel s’accrocher. Les choses allaient si mal depuis si longtemps</em>. »</p>
<p style="text-align: justify;">Les joueurs eux-aussi se remémorent l’effet qu’a occasionné leur triomphe sur leurs compatriotes. Steve Janaszak, gardien suppléant, confie ainsi : « <em>D’un coup, vous avez cette petite lueur d’espoir qui a été présentée à tort comme un groupe d’universitaires qui ont sauté ensemble dans une voiture pour finir à Lake Placid. Ce qui n’était pas le cas, mais beaucoup d’Américains l’ont ressenti ainsi, jouer contre les grands, méchants professionnels soviétiques. Et nous les avons battus</em>. » Un moment rare, mémorable, impérissable, qui a profondément marqué la conscience collective américaine. Mike Eruzione, capitaine devenu héros intemporel un soir de février 1980, est sans aucun doute le mieux placé pour en parler.</p>
<p style="text-align: justify;">A l’époque, Mike, du haut de ses vingt-cinq ans, est le doyen du groupe. Joueur moyen évoluant dans les rangs de l’université de Boston, les recruteurs ne s’intéressent pas à lui, le jugeant trop frêle, trop lent pour intégrer le gratin de la prestigieuse Ligue Nationale. Il est vrai qu’il ne possède pas les prédispositions naturelles pour le jeu et le talent de ses compères Mark Johnson, Dave Christian ou Neal Broten pour ne citer qu’eux. D’ailleurs, il ne portera jamais les couleurs d’une franchise de la NHL et arrêtera sa carrière après les Jeux. Mais ce lancer salvateur qui conduit l’Amérique au paradis à Lake Placid va le faire entrer dans la légende et changer son existence, à jamais. Interviewé par <em>Sports Illustrated</em> en 2000, il atteste : « <em>Je dois gérer beaucoup plus, je pense, que la plupart de mes coéquipiers. Après les Jeux olympiques, ils ont eu des carrières NHL et ont été impliqués dans le milieu. Depuis vingt ans, je fais des choses à cause de ce qui m’est arrivé en 1980</em>. » Pas un jour ne se passe sans qu’il n’y ait quelqu’un pour lui rappeler ce but qui l’a fait passer à la postérité : « <em>La première fois que vous rencontrez les gens, ils ressentent le besoin de vous dire où ils étaient. Ils disent &laquo;&nbsp;laissez-moi vous raconter une histoire marrante. Vous ne devinerez jamais où je me trouvais quand vous les gars…&nbsp;&raquo;. Et je les ai tous écoutés, et ils étaient tous géniaux</em>. » Mike est devenu l’incarnation même du miracle, un messie tombé du ciel pour redorer le blason de son pays. Et, malgré les années qui passent, celui-ci ne l’oublie pas, et l’a érigé en sorte de dieu vivant, condition dont il ne pourra jamais se défaire, et qu’il a parfois du mal à envisager. Pour preuve, il n’a jamais trouvé la force de replonger dans ce moment, sorti de l’espace-temps, qui a littéralement bouleversé sa vie : «<em> Peut-être devrais-je m’asseoir avec un psychologue ou un spécialiste pour le faire, mais j’ai toutes les vidéos de chaque match au bureau et je ne les ai jamais regardées</em>. »</p>
<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl id="attachment_449" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px;">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-medium wp-image-449" title="miraclepodium" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/04/miraclepodium-300x230.jpg" alt="L'équipe américaine sur le toit de l'olympisme" width="300" height="230" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">L&#8217;équipe américaine sur le toit de l&#8217;olympisme</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">Pour les Américains, le Miracle on ice représente ainsi bien plus qu’une simple victoire sportive et est considéré aux Etats-Unis comme l’événement olympique majeur du vingtième siècle, ainsi que le précise E.M Smith : « <em>Aucune autre performance olympique n’a touché le pays autant que l’équipe de hockey ne l’a fait, pas même les brillantes courses de Jesse Owens devant Adolf Hitler à Berlin en 1936</em>. » Lake Placid est une date historique marquante dans l’histoire du hockey, du sport, de la société américaine. Dave Ogrean, ancien directeur exécutif de la fédération américaine de hockey, certifie : « <em>C’est le moment le plus extraordinaire de l’histoire de notre sport dans ce pays. Pour les personnes qui sont nées entre 1945 et 1955, elles savent où elles étaient quand John F. Kennedy a été assassiné, quand l’homme a marché sur la lune, et quand les USA ont battu l’Union Soviétique à Lake Placid</em>. »</p>
<p style="text-align: justify;">La Fédération de hockey internationale elle-même, à l’occasion de son centenaire en 2008, a élu le Miracle comme l’épisode le plus marquant de son histoire (devant la série du siècle de 1972), stipulant notamment : «<em> Il y a eu des équipes meilleures qui ont accompli de plus grandes choses au travers de périodes plus fastueuses du hockey international, mais il y a un seul match, une seule équipe, un seul moment, qui peut-être réellement appelé un miracle. Et rien ne peut surclasser un miracle. Rien</em> ». L&#8217;épisode s&#8217;est fait une place dans les livres d&#8217;histoire, et plusieurs documentaires et films ont déjà retracé l’épopée d’Herb Brooks et ses hommes (le dernier en date étant le long-métrage « Miracle », sorti sur les écrans en 2004).</p>
<p style="text-align: justify;">A l’époque, le hockey sur glace est une discipline relativement confidentielle aux Etats-Unis. Malgré le succès grandissant de la NHL, les meilleurs éléments restent les Canadiens, les Américains étant réputés maladroits et mentalement friables lors des événements importants. Peu avant Lake Placid, le légendaire technicien soviétique Anatoly Tarasov, en visite aux Etats-Unis, évoquait ces carences avec son ami Lou Vairo, membre de la fédération américaine : « <em>Vous pouvez bâtir les plus grands buildings au monde. Vous pouvez faire quarante-cinq sortes de mayonnaises différentes. Vous pouvez apprendre aux dauphins à exécuter les tâches les plus complexes. Pourquoi ne pouvez-vous pas apprendre à vos joueurs à se passer le palet à plus de deux mètres ?</em> »</p>
<p style="text-align: justify;">Les retombées d’un succès majeur d’une équipe nationale, au cours d’une grande compétition, sont bien souvent factuelles. L’intérêt grandit, des passions se dévoilent, des vocations naissent. Le triomphe des boys ne déroge pas à la règle, et va donner un nouvel élan au hockey américain. En 1980, environ 10 000 clubs étaient répertoriés aux USA. Ce chiffre est porté à près de 15 000 dix ans plus tard, et près de 30 000 en 1997, les données suivant une courbe ascendante. Les jeunes joueurs ont incontestablement été influencés par la performance de la bande à Herb Brooks, en témoignent les propos de l’ancien joueur des Washington Capitals, Steve Konowalchuk : « <em>J’avais huit ans lorsque les USA ont remporté l’or aux Jeux olympiques de 1980. Je me souviens de regarder les matchs et de fêter chaque victoire. En conséquence, j’ai travaillé très dur sur mon jeu, espérant un jour faire partie de quelque chose d’aussi spécial que de gagner une médaille d’or olympique .</em>» Et c’est ainsi que le miracle a apposé une marque indélébile sur le hockey américain.</p>
<p style="text-align: justify;">En ce qui concerne les réactions de l’autre côté du rideau de fer, peu d’études se sont intéressées au point de vue soviétique. Une des raisons majeures expliquant leur improbable défaite semble être le fait qu’ils aient largement sous-estimé leurs adversaires, confortés dans leurs certitudes par des années de succès sur les glaces du monde entier, et par l’écrasante victoire acquise aux dépens des universitaires américains juste avant l’ouverture des Jeux. Victor Tikhonov confie ainsi à Wayne Coffey, dans l’ouvrage <em>The boys of winter : the untel story of a coach, a dream and the 1980 U.S. Olympic Hockey Team </em>: « <em>Peu importe ce que nous essayions on ne pouvait enlever ce 10-3 de l’esprit des joueurs. Ils me dirent qu’il n’y aurait pas de problème. Il s’est avéré que c’est devenu un très gros problème </em>». Malgré ce camouflet, les Soviétiques font preuve de sportivité jusqu’au bout, félicitant leurs tombeurs après la rencontre. Mark Johnson se remémore d’un « <em>joli match</em> », lancé par Boris Mikhailov, alors qu’ils attendaient tous les deux pour le contrôle antidopage.</p>
<p style="text-align: justify;">A propos de son éviction surprise à la fin de la première période, Vladislav Tretiak raconte dans son autobiographie : «<em> Je ne crois pas que j’aurais du être remplacé. Myshkin était un excellent gardien, mais il n’était pas préparé pour le combat, il n’était pas assez focalisé sur les Américains</em> ». Bien des années plus tard, alors qu’ils se retrouvent coéquipiers sous le maillot des Devils du New Jersey, Mark Johnson évoque cette affaire avec Viacheslav Fetisov, qui hoche la tête et lui répond en deux mots aux accents de l‘Est : «<em> Coach crazy</em> » (entraîneur fou). Il affleure cependant que Tikhonov n’a pas subi les conséquences de ces choix tactiques discutables (le remplacement de Tretiak, l’obstination à s’appuyer sur ses vétérans durant le troisième tiers, le fait de ne pas sortir son gardien pour créer un avantage numérique en fin de partie.) Si la <em>Pravda </em>occulte le fâcheux revers, il n’est pas menacé dans ses fonctions, et la machine rouge reprend sa marche en avant dès l’année suivante, en remportant la Coupe Canada et les championnats du monde. S’en suivent deux autres titres mondiaux en 1982 et 1983, et la médaille d’or olympique en 1984 à Sarajevo. Avec du recul, l’échec de Lake Placid n’apparaît être qu’un accident de parcours dans l’histoire triomphante du hockey soviétique des années 1970-80, qui restera à jamais l’une des dynasties les plus grandioses de son temps.</p>
<p style="text-align: justify;">Le 22 février 1980, une rencontre de hockey s’est ainsi transformée en miracle. C’était l’histoire de vingt gamins, universitaires amateurs, emmenés par un entraîneur hors du commun, qui partaient en croisade, chaussés de patins, défier et terrasser le géant soviétique sur la glace de Lake Placid. Un conte de fées tout droit sorti des livres pour enfants, qui allait redonner à tout un pays l’occasion de sourire. Une Amérique mélancolique, désenchantée, plongée dans la torpeur des temps, qui, l’espace d’un instant, convergeait avec ses boys, héros à la foi ardente et inextinguible, vers le plus beau des rêves. Celui qui devient réalité.</p>
<pre style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.
.</span>
Crédits photos :
- Wikimedia Commons</pre>
<p><span style="text-decoration: underline;">Vidéos</span></p>
<p>Interview des acteurs du Miracle<br />
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<p>Portrait de Jim Craig<br />
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<p>Interview de Dave Silk et Aleksei Kasatonov<br />
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<p>Eruzione accepte d&#8217;affronter son but 28 ans après<br />
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<p>Exposé d&#8217;un étudiant lors d&#8217;un cours d&#8217;Histoire sur le miracle<br />
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		<title>Miracle on ice (Partie 2)</title>
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		<pubDate>Wed, 01 Apr 2009 08:11:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
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		<category><![CDATA[olympisme]]></category>
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		<category><![CDATA[URSS]]></category>

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		<description><![CDATA[Au cœur de l’arène olympique

Le tournoi de hockey des Jeux est prévu pour se dérouler en deux phases : les douze équipes participantes sont réparties en deux groupes, les deux leaders de chaque côté à la fin de ce premier tour se retrouvant dans une poule finale à quatre au cours de laquelle les points [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4 style="text-align: justify;">Au cœur de l’arène olympique</h4>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_433" class="wp-caption alignright" style="width: 275px"><img class="size-full wp-image-433" title="craig" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/04/craig.jpg" alt="Jim Craig" width="265" height="220" /><p class="wp-caption-text">Jim Craig</p></div>
<p style="text-align: justify;">Le tournoi de hockey des Jeux est prévu pour se dérouler en deux phases : les douze équipes participantes sont réparties en deux groupes, les deux leaders de chaque côté à la fin de ce premier tour se retrouvant dans une poule finale à quatre au cours de laquelle les points obtenus contre l’autre formation qualifiée sont conservés. Les Américains se retrouvent dans le groupe bleu, et évitent l’Union Soviétique, mais vont se trouver confronter à d’autres adversaires particulièrement redoutables. La qualification pour le second tour est loin d’être acquise d’avance, et la première rencontre face à la Suède va tirer la sonnette d’alarme. Menés deux buts à un durant le troisième tiers, les boys ne doivent leur salut qu’à un sursaut du défenseur Bill Baker, qui égalise à vingt-sept secondes du coup de trompe final. Ce premier point glané dans la douleur va cependant mettre sur orbite un groupe de plus en plus uni, et déjà au pied du mur avant d’affronter la Tchécoslovaquie, autre grande école de hockey européenne, habituée des podiums (douze médailles consécutives aux mondiaux dont trois titres en 1972, 1976 et 1977, deux médailles de bronze aux Jeux à Innsbruck en 1964 et Sapporo en 1972, et deux d’argent à Grenoble en 1968 et Innsbruck en 1976). Emmenés par les frères Stastny (Petr, Marian et Anton, qui feront les beaux jours de la franchise des Nordiques de Québec durant la décennie 80), ils sont les candidats les plus sérieux à l’obtention de la médaille d’argent. Malheureusement pour eux, ils tombent sur une équipe américaine révoltée, et survoltée, qui leur inflige une petite correction (7-3), en offrant un récital de vitesse et de collectif (sept buteurs différents) des plus séduisants. Les hommes à la bannière étoilée sont désormais entrés dans leur tournoi : la Norvège (5-1) et la Roumanie (7-2) ne sont que pures formalités, et l’Allemagne de l’Ouest, bien que crainte par Herb Brooks et menant un temps 2-0, ne résiste pas elle non plus, battue 4-2.</p>
<p style="text-align: justify;">Les Américains sont ainsi qualifiés pour la ronde finale. Seule ombre au tableau, ils finissent à la seconde place du groupe, les Suédois ayant également remporté tous leurs matchs, avec une meilleure différence de buts. Ils devront donc affronter lors de leur première rencontre les Soviétiques, qui ont sans surprise surclassé leurs adversaires de poule et sont plus que jamais favoris pour la conquête du titre suprême.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h4 style="text-align: justify;">Seul un miracle…</h4>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_436" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-436" title="eruzione1" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/04/eruzione1-300x176.jpg" alt="Mike Eruzione" width="300" height="176" /><p class="wp-caption-text">Mike Eruzione</p></div>
<p style="text-align: justify;">22 février, l‘heure du grand défi a sonné. Dans le vestiaire américain, Herb Brooks distille les dernières consignes à ses troupes et tente de trouver les mots justes pour les motiver, alors qu’ils sont au pied d’un Everest vertigineux. Sa plus vive inquiétude est que son équipe ait trop d’égards envers des adversaires qu’ils magnifient, et que le cauchemar du Madison ne rejaillisse dans les têtes à un moment donné. Durant la traditionnelle causerie d’avant-match, il leur déclare ainsi : « <em>Les grands moments naissent de grandes opportunités. Et c’est ce que vous avez, ce soir […] Ce moment est le vôtre</em>. »</p>
<p style="text-align: justify;">Les joueurs américains entrent sur la glace plus déterminés que jamais, mais doivent faire face à une vague rouge. Les Soviétiques privent leurs adversaires de palet et font le siège de la cage d’un Jim Craig qui apparaît rapidement être dans un bon soir. Littéralement bombardé (dix-huit tirs lors de la première période), il multiplie les sauvetages de grande classe, mais ne peut rien lorsqu’à la neuvième minute de jeu, Vladimir Krutov dévie un lancer d’Aleksei Kasatonov, ne lui laissant pas la moindre chance. Les hommes de Brooks restent cependant concentrés, défendent en bloc et font preuve d’une solidarité à toute épreuve. Sur une récupération à la bleue, Mark Pavelich adresse une transversale millimétrée pour Buzz Schneider, qui décoche un slapshot foudroyant finissant sa course dans la lucarne opposée de Valdislav Tretiak. La joie est malgré tout de courte durée, puisque dans la foulée, Sergei Makarov, d’un subtil revers, redonne l’avantage aux siens. La sirène annonçant la fin du premier tiers approche, et l’on se dit que les Américains ont déjà réussi un petit exploit en tenant ainsi tête à l’ogre soviétique durant vingt minutes.</p>
<p style="text-align: justify;">Moins de dix secondes à jouer, le défenseur Dave Christian envoie un dernier tir de son camp, sans danger apparent. Tretiak, faisant preuve d’une nonchalance inhabituelle, repousse de la botte et laisse un rebond surprenant. L’arrière-garde soviétique, léthargique sur l’action, ne voit pas Mark Johnson s’infiltrer, récupérer la rondelle, avant de tromper un Tretiak médusé. Le chronomètre affiche alors zéro seconde. Après délibération, et malgré les protestations de Tikhonov, les arbitres valident le but. Les Américains sont dès lors plus que jamais dans la partie.</p>
<p style="text-align: justify;">Au retour sur la glace, une immense surprise attend le public et les deux formations. Tikhonov, visiblement exaspéré par l’erreur de son cerbère, a décidé de le sanctionner et de le remplacer. A la légende vivante Tretiak succède ainsi dans entre les poteaux soviétiques Vladimir Myshkin, gardien de talent, mais ne possédant ni l’expérience, ni l’aura de son aîné. Les rouges accélèrent néanmoins le rythme, reprennent l’avantage au bout de deux minutes par l’intermédiaire d&#8217;Alexandre Maltsev en supériorité numérique et étouffent peu à peu leurs rivaux, ne leur laissant que deux petits tirs en tout et pour tout lors de cette période. Portés par un Jim Craig en état de grâce, les Américains font front et regagnent les vestiaires avec un seul but de retard au tableau d’affichage. A l’aube d’un troisième tiers décisif qui s’annonce palpitant, le suspense reste entier.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-medium wp-image-441" title="miracle21" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/04/miracle21-228x300.jpg" alt="miracle21" width="228" height="300" />Portés par une foule toute acquise à leur cause, les boys jettent leurs dernières forces dans la bataille. La préparation savamment concoctée par Herb Brooks, basée sur un conditionnement physique strict et méticuleux, porte ses fruits. Les joueurs américains sont désormais capables de rivaliser durant toute une rencontre avec leur homologues soviétiques sur le plan du patinage et ils imposent en outre à ces derniers un pressing avant qui leur pose énormément de problèmes. Les Rouges balbutient leur hockey, commencent à déjouer et à s’impatienter. Krutov écope bientôt d’une pénalité pour crosse haute. La pression s’accentue devant la cage de Myshkin, mais la défensive tient le choc. La supériorité numérique touche à sa fin. Sur une ultime incursion dans la zone soviétique, Mark Johnson reçoit une passe de Dave Silk au second poteau, et égalise en trouvant l’ouverture entre les jambes de Myshkin. Trois buts partout, la patinoire de Lake Placid entre en ébullition.</p>
<p style="text-align: justify;">Une minute plus tard, après une nouvelle parade décisive de Craig, le palet revient sur Schneider, qui adresse un tir lointain, stoppé facilement par Myshkin. Le forecheck orchestré par Harrington et Pavelich fait cependant perdre le contrôle de la rondelle à la défense. Elle échoit dans la palette du capitaine Mike Eruzione, qui d’un lancer balayé puissant, crucifie le portier soviétique, et plonge l’Amérique entière dans une transe indescriptible. Les USA sont pour la première fois du match en tête et ils ne lâcheront plus cet avantage, Jim Craig enrayant les dernières tentatives d’une armée rouge désespérée. Durant les derniers instants de cette rencontre électrisante et suffocante, le commentateur d’ABC, Al Michaels, lâche cette phrase, passée à la postérité : « <em>Eleven seconds, you’ve got ten seconds, the countdown going on right now ! Morrow, up to Silk. Five seconds left in the game. Do you believe in miracles ? YES !</em> » (Onze secondes, il vous reste dix secondes, le compte à rebours a commencé ! Morrow, pour Silk. Il reste cinq secondes dans le match. Croyez-vous aux miracles ? OUI !). Le coup de trompe final retentit, et c’est dans une explosion d’allégresse inénarrable que les joueurs sanctifient leur triomphe, accompagnés d’un vrombissant «<em> USA ! USA ! USA !</em> », entonné par le public de Lake Placid, en communion absolue avec son équipe .</p>
<p style="text-align: justify;">Les College boys, ces universitaires amateurs, viennent ainsi de réaliser un exploit sensationnel en venant à bout de la Dream Team soviétique. Pourtant, rien n’est alors acquis quant à la médaille d’or, le système de poule finale laissant encore la possibilité à la Suède et à l’URSS de terminer en tête. Une défaite contre la Finlande, et le rêve serait brisé net… Jim Craig déclare ainsi en conférence de presse : « <em>Si nous ne gagnons pas demain, les gens nous oublieront</em>. » Mais, portés par l’élan indicible impulsé par la victoire contre les Soviétiques, les hommes de Brooks ne faillent pas, et malgré quelques frayeurs (ils sont notamment menés 2-1 à l’abord du dernier tiers), remportent la rencontre 4-2, et hissent la bannière étoilée sur le toit de l’olympisme, prolongeant le miracle jusqu’à son terme.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette médaille d’or, outre le caractère épique inspiré par l’apothéose sportive, réchauffe le cœur d’une Amérique meurtrie. La victoire de ses boys est une étincelle rédemptrice, qui lui insuffle le sentiment dont elle a le plus besoin dans les jours sombres qu’elle traverse : l’espoir.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<pre>Crédits photos :
- W.L &amp; Associates, Inc.
- The Agency Group, LTD.
- Sports Illustrated</pre>
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		<title>Miracle on ice (Partie 1)</title>
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		<pubDate>Mon, 30 Mar 2009 16:54:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
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		<description><![CDATA[En cette fraîche soirée d’hiver, ils sont des millions d’Américains, suspendus à leur poste de télévision, à prier pour un miracle. Auquel personne ne croit. Auquel tout le monde, pourtant, a envie de croire. Vietnam, Watergate, Téhéran, inflation, chômage… Des noms qui résonnent comme une angoisse incandescente au pays de l’Oncle Sam. Au début des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">En cette fraîche soirée d’hiver, ils sont des millions d’Américains, suspendus à leur poste de télévision, à prier pour un miracle. Auquel personne ne croit. Auquel tout le monde, pourtant, a envie de croire. Vietnam, Watergate, Téhéran, inflation, chômage… Des noms qui résonnent comme une angoisse incandescente au pays de l’Oncle Sam. Au début des années 1980, la bannière étoilée est en berne. Les revers successifs subis par le pays sur la scène internationale ont affecté la population au plus haut point, et mis à mal le patriotisme hyperbolique de la nation entière. La guerre froide entre dans une phase nouvelle, caractérisée par un regain des tensions aux quatre coins de la planète. L’ambassade américaine est prise en otage en Iran, l’Union Soviétique vient d’envahir l’Afghanistan, et les Jeux de Moscou sont sur le grill.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce 22 février 1980, c’est ainsi tout un pays qui s’unit derrière ses boys, ces hockeyeurs encore amateurs, qui s’apprêtent à défier l’ogre soviétique sur la glace de Lake Placid. Plus qu’une banale rencontre de hockey, c’est la fierté, l’orgueil, l’honneur des Etats-Unis qui est en jeu dans cet affrontement au sommet. Pourtant, leurs chances de remporter cette bataille sont dérisoires, voire inexistantes. C’est pourquoi, ils espèrent tous, en secret… un miracle.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h4 style="text-align: justify;">Le Goliath soviétique</h4>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl id="attachment_427" class="wp-caption alignright" style="width: 310px;">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-medium wp-image-427" title="soviet1979" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/soviet1979-300x203.jpg" alt="L'équipe soviétique après sa victoire face aux All-Stars NHL en 1979" width="300" height="203" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">L&#8217;équipe soviétique après sa victoire face aux All-Stars NHL en 1979</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">Du 13 au 24 février 1980 doivent se tenir à Lake Placid, station située dans les Appalaches, les XIIIème Jeux olympiques d’hiver. Au cœur du conflit glacé, l’opposition entre les nations de l’Est et leurs hôtes américains, est attendue comme un test grandeur nature par les superpuissances, qui ambitionnent d’étendre leur supériorité idéologique sur le terrain sportif. Le tournoi de hockey sur glace, épreuve phare de la compétition, semble cependant, dès le départ, dévolu aux Soviétiques. En effet, depuis 1972 et une certaine <a href="http://www.sport-fever.com/?p=160" target="_blank">série du siècle</a>, plus personne outre-Atlantique n’ose remette en cause le talent et le savoir-faire de l’armada rouge, qui, telle une tornade, balaie tous ses opposants dans les diverses manifestations auxquelles elle prend part. Les hommes au maillot flanqué du célèbre « CCCP » restent sur quatre titres consécutifs aux Jeux, et ont remporté quatorze des dix-sept derniers championnats du monde. Durant la décennie 70, ils défient en outre ponctuellement des formations professionnelles, qu’ils domptent régulièrement	(notamment lors des Summit series de 1974, ou encore en 1979 lorsqu’ils humilient une équipe All-Star composée d’éléments de la Ligue Nationale six buts à zéro). A l’issue de ce camouflet, Frank Mahovlich, ailier gauche de Montréal et toujours friand de bons mots, déclare : «<em> Si vous les mettez au football, en deux ans ils seront capables de remporter le Superbow</em>l ».</p>
<p style="text-align: justify;">Le mythique entraîneur Viktor Tikhonov possède dans ses rangs des joueurs hors du commun, des légendes vivantes comme  Boris Mikhailov, Alexander Maltsev, Vladimir Petrov, Valery Kharlamov, Vladislav Tretiak, et de jeunes étoiles en devenir, qui ont pour noms Viacheslav Fetisov, Vladimir Krutov ou Sergei Makharov. Outre leurs prédispositions naturelles pour le jeu au-dessus de la moyenne, ces athlètes, dont le statut amateur n’est que fiction sournoise leur permettant de participer aux grands événements internationaux, se dévouent corps et âme à la pratique du hockey, évoluant pour la majorité dans le même club, le CSKA Moscou, et s’entraînant ensemble onze mois dans l’année. La mécanique est parfaitement huilée, et c’est une authentique « Dream Team » qui se présente à Lake Placid, avec un seul et unique objectif : l’or.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h4 style="text-align: justify;">La méthode Brooks</h4>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl id="attachment_426" class="wp-caption alignleft" style="width: 239px;">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-full wp-image-426" title="brooks" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/brooks.jpg" alt="Herb Brooks" width="229" height="280" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Herb Brooks</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">Du côté américain, la lourde tâche de former une équipe compétitive pour ces Jeux à domicile incombe à Herb Brooks, ancien international et coach universitaire à succès (il remporte notamment trois titres NCAA derrière le banc des Golden Gophers de Minnesota en 1974, 1976 et 1979). Il connaît parfaitement les rouages du hockey amateur, et se lance dans sa quête un an et demi avant la cérémonie d’ouverture. Pour ce faire, il organise un camp d’entraînement à Colorado Springs, regroupant près de 200 joueurs, qu’il observe scrupuleusement durant quelques jours, avant d’établir sa sélection. Brooks est un perfectionniste absolu, qui possède une conception originale du hockey, et qui sait exactement ce qu’il peut, et veut tirer de ses protégés.</p>
<p style="text-align: justify;">Il sait pertinemment que son équipe ne pourra rivaliser avec les Européens, et a fortiori les Soviétiques, sur le plan du talent et de la technique individuelle. Il a pris note des leçons infligées par la machine rouge aux professionnels nord-américains les années précédentes : « <em>Les formations All-Star ont failli car elles se sont trop reposées sur le talent de leurs individualités, et les Soviétiques retournent ce talent contre vous au travers d’un système mis en place pour améliorer leur équipe. Je souhaite accaparer ce système et les battre à leur propre jeu</em> ». L’escouade qu’il ambitionne ainsi de constituer devra être rigoureuse, solidaire, et se focaliser sur la vitesse d’exécution et le jeu en mouvement, sans se débarrasser et courir systématiquement derrière la rondelle. Il réunit un groupe de vingt joueurs, à qui il impose une discipline draconienne : il instaure des stages de préparation au cours desquels son équipe est soumise à un intense conditionnement physique, suivis d’une tournée de quatre mois en Europe et en Amérique du Nord. Rapidement, cependant, des dissensions se font jour au sein du groupe. La plupart des joueurs sont en effet issus de deux universités rivales, Minnesota et Boston, qui se retrouvent toutes les saisons en lutte pour le gain du Frozen Four. La gestion des égos est délicate, et plusieurs bagarres éclatent à l’entraînement. Brooks va alors reprendre les choses en main. Il admoneste ses protégés : « <em>Si vous voulez régler de vieux comptes, vous êtes dans la mauvaise équipe</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;">Et, en se faisant volontairement détester d’eux par ces méthodes martiales et une pression psychologique constante, il va devenir le vecteur unificateur de l’équipe. Les paroles du médecin en chef du Team USA, vont en ce sens : « <em>S’ils commencent à le haïr, ils arrêteront peut-être de se détester les uns les autres</em>. » Afin d’obtenir le meilleur de ses favoris, l’entraîneur n’hésite pas à les rabaisser constamment, à jouer avec leur orgueil, à les piquer au vif. Il signale ainsi à son gardien titulaire, Jim Craig, qu’il le trouve fatigué avant l’ouverture de la compétition, et qu’il regrette de l’avoir fait trop joué, bien qu’il n’en pense mot. Il connaît exactement l’état d’esprit de son cerbère, qui fonctionne à la motivation et se transcende lorsque la tension est à son paroxysme. D’autres joueurs se souviennent des relations conflictuelles entretenues avec leur coach despotique, à l’image du cadet de l’équipe Mike Ramsey, 18 ans à l’époque, qui confesse : «<em> Il mettait la confusion dans nos têtes à chaque opportunité</em> », ou de Mike Eruzione : « <em>Si Herb venait chez moi aujourd’hui, ce serait toujours inconfortable.</em> »</p>
<p style="text-align: justify;">Toutefois, tous le respectent, et prêtent une oreille attentive à son discours. Brooks est un anti-communiste avéré et aspire à donner à ses troupes l’envie et la force mentale nécessaires pour triompher de l’ennemi soviétique sur la glace. Il veut leur faire prendre conscience que les hommes de Tikhonov ne sont pas des dieux, mais bien des mortels, qu’il n’est pas impossible de vaincre. Il n’hésite pas ainsi à comparer Boris Mikhaïlov à Stan Laurel (de Laurel et Hardy), attestant : « <em>Vous pouvez battre Stan Laurel, non ?</em> », et déclare au travers d’une des nombreuses formules métaphoriques dont lui seul a le secret, et qui seront bientôt intitulées « Brook-ismes », qu’il faut «<em> regarder le tigre dans les yeux et lui cracher au visage</em>. »  Une véritable cohésion commence à émerger au sein du groupe, mais il en faudra bien plus. A quelques encablures du coup d’envoi du tournoi olympique, les Américains affrontent la machine de guerre soviétique, lors d’une rencontre à guichets fermés disputée au Madison Square Garden. Les boys sont étrillés sur le score sans appel de 10 à 3, dans un match au cours duquel ils ne font même pas illusion. La sanction est lourde, et ramène les plus optimistes sur Terre : il y a plus d’une classe de différence entre les deux formations et les espoirs de voir l’équipe à la bannière étoilée ramener ne serait-ce qu’une médaille de bronze de Lake Placid flirtent avec le néant…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<pre style="text-align: justify;"><em>Crédits photos :
- Getty Images / Focus on sport
- Hockey all of fame and museum
</em></pre>
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		<title>Moscou 1980 &#8211; L&#8217;olympisme dans la tourmente (Partie 5)</title>
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		<pubDate>Fri, 20 Mar 2009 12:04:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jeux olympiques]]></category>
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		<description><![CDATA[Le rôle ambigu du gouvernement français face au boycott


En Janvier 1980, au moment où Carter brandit la menace du boycott, Valéry Giscard D&#8217;Estaing entre dans une période charnière de son mandat : il est déjà en train de préparer l&#8217;élection présidentielle de 1981, et il espère briguer une seconde investiture. Attaché à la détente et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4>Le rôle ambigu du gouvernement français face au boycott</h4>
<p><br/></p>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_407" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-407" title="vge" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/vge-300x244.jpg" alt="VGE" width="300" height="244" /><p class="wp-caption-text">VGE</p></div>
<p style="text-align: justify;">En Janvier 1980, au moment où Carter brandit la menace du boycott, Valéry Giscard D&#8217;Estaing entre dans une période charnière de son mandat : il est déjà en train de préparer l&#8217;élection présidentielle de 1981, et il espère briguer une seconde investiture. Attaché à la détente et au dialogue avec l&#8217;Est d&#8217;un côté, et ne s&#8217;entendant pas vraiment avec Carter de l&#8217;autre, il fait preuve d&#8217;une grande modération au départ sur la question des Jeux, se contentant de condamner l&#8217;intervention en Afghanistan, mais ne voulant pas s&#8217;inscrire dans une politique de sanctions à l&#8217;égard de l&#8217;Union Soviétique comme le préconise la Maison Blanche. Au travers de cette attitude semble transparaître la volonté de garder les portes ouvertes, et de jouer sur tous les tableaux. En ménageant Moscou, VGE souhaite pouvoir donner à la France le rôle mondial qu&#8217;elle entend jouer dans les relations bipolaires, en se posant en partenaire privilégié de l&#8217;URSS.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette façon d’agir revêt également une utilité pour sa politique intérieure, puisqu&#8217;en maintenant des rapports avec le Kremlin, le gouvernement se garde de froisser un électorat communiste qui, du fait de ses querelles répétées avec François Mitterrand, pourrait aider à sa réélection un an plus tard. D&#8217;autre part, en ne s&#8217;alignant pas sur les États-Unis, il détourne les critiques sur ses « dérives atlantistes », ce qui a pour effet de réjouir les gaullistes les plus convaincus.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette politique, qualifiée par Dominique Maliesky de « fuite en avant », révèle bien des ambiguïtés. Le gouvernement fait-il preuve d&#8217;attentisme du fait de désaccords au plus haut niveau, et d&#8217;hésitations quant à l’attitude à adopter, ou alors est-il foncièrement pour un boycott et en ce cas, veut laisser le soin aux instances sportives de porter le chapeau d&#8217;une non-participation ?</p>
<p style="text-align: justify;">Selon Maliesky, les deux hypothèses sont intimement liées, l’Élysée ayant sans doute agi avec la plus grande prudence, face à une opinion majoritairement pour la participation aux Jeux de Moscou : « Tout en étant dans son ensemble plutôt favorable à un boycott des Jeux, le gouvernement s&#8217;est mis à douter toujours plus de l&#8217;opportunité et du bien-fondé d&#8217;une telle mesure sous la pression de l&#8217;opinion publique, d&#8217;une majorité de la classe politique, de certains responsables sportifs et des athlètes opposés à une sanction olympique et au regard de l&#8217;isolement de la position américaine sur la scène internationale ». Revenons en détail sur les principales caractéristiques de cette politique française.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur la scène internationale, la France condamne l&#8217;action soviétique en Afghanistan, mais seulement verbalement : aux Nations Unies le 7 janvier tout d&#8217;abord, puis au conseil des ministres, le 22 janvier. Mais le gouvernement n’a recours à aucunes représailles : cette façon de procéder se justifie par la « nécessité de garder ouverte la porte de la communication avec l&#8217;Union Soviétique », tel que le déclare Jean François-Poncet, alors ministre des affaires étrangères. Cette politique parée des couleurs de la complaisance atteint son apogée lorsque, le 19 mai 1980, Valéry Giscard d&#8217;Estaing entreprend un voyage éclair à Varsovie, pour y rencontrer le leader soviétique Leonid Brejnev, et évoquer avec lui l&#8217;affaire afghane. Il semble satisfait de son action, si l&#8217;on considère ses déclarations lors du journal télévisé de TF1 : « Les entretiens que j&#8217;ai eu avec M.Brejnev ont atteint leur but [...] qui était de permettre, pour la première fois, depuis le début de cette année d&#8217;avoir une explication au plus haut niveau sur l&#8217;évolution de la situation internationale et la manière de réduire les tensions qui l&#8217;affectent. [...] Les chances de la détente Est-Ouest ont été incontestablement renforcées ». Ce voyage, si décrié par la suite, et qui donnera l&#8217;occasion à François Mitterrand d&#8217;affubler Giscard d&#8217;Estaing du surnom de « petit télégraphiste », montre au grand jour les limites de la diplomatie française. En voulant agir dans l&#8217;intérêt d&#8217;une détente, dont les fondements sont déjà sapés depuis un moment, et mettre la France en première ligne dans les relations bilatérales, il réalise en fait une erreur de calcul, en apportant une sorte d&#8217; « honorabilité politique » à l&#8217;Union Soviétique. Brejnev malade, la diplomatie du Kremlin tient dans les mains de Gromyko qui place la relation avec Washington au premier rang, et se « sert des pays européens selon les circonstances ». Cette entrevue de Varsovie apparaît ainsi dans ce contexte, dépourvue de sens et inutile.</p>
<p style="text-align: justify;">Face aux États-Unis, le gouvernement français adopte une attitude qui se situe dans la plus pure tradition du gaullisme, en faisant prévaloir l&#8217;indépendance nationale et le refus de l&#8217;alignement atlantique, comme en témoignent les propos de Jean François-Poncet, le 6 janvier 1980 : «  La France n&#8217;entend pas, dans cette affaire, que tout à coup sa diplomatie soit alignée sur celle d&#8217;autres pays. [...] Elle a une diplomatie indépendante et, en matière de détente [...] elle a une responsabilité particulière ». La France se tourne alors vers la République Fédérale d&#8217;Allemagne, avec pour objectif de faire peser le poids de l&#8217;Europe dans le débat. Le 5 février 1980, le sommet franco-allemand débouche sur une « déclaration commune », mais elle est en fin compte un échec, puisque les deux nations choisissent une orientation différente au moment du choix concernant la participation.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette dualité politique française au niveau international, se retrouve également à l&#8217;intérieur de ses frontières. Dans un premier temps, il semble que le gouvernement soit bien hostile au boycott et désireux de laisser son autonomie au mouvement sportif. On en revient toujours à la position officielle arrêtée le 23 janvier lors du conseil des ministres, qui laisse cependant entrevoir les possibilités d&#8217;un éventuel revirement : « sa formule [nous parlons du communiqué] est d&#8217;ailleurs suffisamment vague pour permettre non seulement des interprétations variées, mais également les tractations et les transactions entre pouvoirs publics et dirigeants sportifs de telle sorte que ces derniers se déterminent dans le sens souhaité par le gouvernement ».</p>
<p style="text-align: justify;">Au niveau international, la situation évolue et Washington voit de plus en plus de pays se rallier à sa cause. La France, qui a ouvertement condamné le boycott et a refusé de s&#8217;aligner, ne voudrait cependant pas être l’une des seules nations du bloc de l&#8217;Ouest à faire le déplacement en URSS pour s’engager dans des Jeux qui prendraient dès lors la forme de « spartakiades » : « si le gouvernement français a refusé d&#8217;être isolé dans un boycott, il craint tout autant d&#8217;être un des seuls pays européens à se rendre à Moscou ». Il semble dès lors, que l’incertitude s’installe au plus haut niveau décisionnel, et qu&#8217;apparaisse un nouveau souffle en faveur du boycott, dont le chef de file serait le président : « A l&#8217;examen, [...] la confusion règne, confusion au milieu de laquelle semble se dégager un sentiment croissant en faveur du boycott animé, selon toutes probabilités, par le Président de la République lui-même ». Mais la manœuvre est délicate.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, comment faire accepter un boycott à une opinion française, profondément attachée aux idéaux olympiques et à l&#8217;héritage du baron de Coubertin ? De plus, la majorité politique semble se dégager en faveur de la participation, et il convient de préserver l&#8217;électorat (notamment communiste) à quinze mois de l&#8217;échéance présidentielle. Un débat parlementaire sur la question paraît trop risqué, car il pourrait discréditer le gouvernement : « un débat eut ressemblé à une véritable cacophonie du fait que la ligne de clivage passe au milieu des partis politiques. [...] La majorité serait allée à la bataille et aurait voté de manière tout à fait dispersée. [...] Les résultats auraient été très certainement favorables majoritairement à une participation ».</p>
<p style="text-align: justify;">Le dernier recours du gouvernement pour mener à bien sa « stratégie » repose sur les instances sportives, et plus particulièrement le CNOSF, sur lequel de « discrètes pressions » vont être exercées. Celui-ci affirme pourtant dès le départ son indépendance vis-à-vis du domaine politique, et s&#8217;empresse d&#8217;accepter l&#8217;invitation pour les Jeux olympiques ce, dès le 22 janvier. Cependant, le président du Comité Claude Collard (qui apparaît sur les listes de soutien à la candidature de Giscard d&#8217;Estaing), semble avoir joué un rôle particulier : c’est un homme qui se caractérise indubitablement par une certaine ambivalence dans ses prises de position. Maliesky s&#8217;interroge ainsi : « a-t-il choisi d&#8217;attendre et de différer la réponse, a-t-il au contraire sciemment joué double jeu, assurant le gouvernement d&#8217;un boycott et ses troupes d&#8217;une participation ou a-t-il été débordé par le conseil d&#8217;administration lors du vote du 13 mai ? En l&#8217;absence de toute preuve dans un sens ou dans l&#8217;autre, aucune hypothèse n&#8217;est à exclure a priori ».</p>
<p style="text-align: justify;">La volonté de tenir les affaires sportives à l&#8217;abri de toute ingérence politique est pourtant fictive. Les pouvoirs publics délivrant les subventions nécessaires au fonctionnement du CNOSF, et régissant des institutions comme l&#8217;INSEP, ont sur le sport une influence non négligeable : « L&#8217;indépendance du mouvement sportif est illusoire, car le pouvoir sportif n&#8217;a que l&#8217;autorité que veut bien lui accorder le pouvoir politique, qu&#8217;il lui accorde effectivement dans toutes les circonstances qui l&#8217;arrangent mais qu&#8217;il lui supprimera en cas de nécessité »1. Ainsi, malgré ses déclarations (il réitère à plusieurs reprises la volonté française de participer aux Jeux, notamment pour calmer les protestations des athlètes), et ses gages de bonne volonté (il est l&#8217;instigateur de la réunion de Rome au mois de mai, qui instaure la dépolitisation des Jeux pour les pays européens), Collard a semble-t-il été soumis à des pressions émanant « d&#8217;en haut » : « durant les jours précédant la réunion du CNOSF, il ne fait plus aucun doute que J.P. Soisson a pour mission de faire entendre raison au comité olympique et de l&#8217;amener au renoncement », en raison du fait que l&#8217;olympiade moscovite prend de plus en plus les traits d&#8217;une « spartakiade ». Le président du CNOSF ne fait à aucun moment mention de cette manipulation : il réaffirme que son mouvement a une totale liberté d&#8217;action dans cette affaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais l&#8217;hypothèse la plus probable est la suivante : « si les pouvoirs publics lui laissent toute latitude, c&#8217;est en fait pour décider d&#8217;une non-participation. [...] Collard assure à J.P. Soisson que la décision de son mouvement sera conforme aux attentes du président de la République. Il semblerait donc « qu&#8217;il a joué double jeu aussi longtemps qu&#8217;il a pu ». Le 13 mai, ne pouvant enrayer le flot qui devait conduire la France en terre soviétique, il doit se plier au vote et confirmer la participation aux Jeux olympiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour accréditer cette thèse, précisons que Maliesky a entrepris de récolter les témoignages de plusieurs dirigeants du CNOSF de l&#8217;époque, lesquels lui ont confirmé « qu&#8217;ils avaient été soumis à des pressions officieuses sous la forme de coups de téléphone et d&#8217;injonctions », l&#8217;un d&#8217;eux allant jusqu&#8217;à les qualifier de &laquo;&nbsp;chantage&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;">Au terme de cette affaire, les tricolores participent bien aux épreuves organisées à Moscou en juillet, sous les couleurs olympiques, mais personne n&#8217;a été dupe quant à la politique mise en place par le gouvernement. A l&#8217;étranger, on fustige la diplomatie française : le <em>Washington Post</em> dénonce les « ruses et artifices gaulois »2, tandis que l&#8217;hebdomadaire <em>Time</em> qualifie la stratégie élyséenne de « double jeu complexe »3. En voulant jouer sur tous les tableaux, le pouvoir français a paradoxalement fait preuve d&#8217;immobilisme. Sa politique sur la question est marquée par ses atermoiements et une mauvaise appréciation des réalités mondiales, ce qui fait dire à Alfred Grosser : « le comportement de la France traduit une volonté de profiter de tous les avantages du neutralisme, mais sans en assumer les risques éventuels ».</p>
<p style="text-align: justify;">Nous nous apercevons ainsi, que même dans un pays lié à l&#8217;olympisme comme la France, les ingérences de la politique dans le sport peuvent être nombreuses. Les tergiversations au plus haut niveau de l&#8217;État français – tendant à imposer sa volonté à un mouvement sportif qui fera front malgré tout – vont dans ce sens.</p>
<p style="text-align: justify;">En pleine guerre froide, le spectre de la politique projette une ombre malsaine sur les anneaux brisés, et les plus vives inquiétudes se font sentir à quatre ans des prochains Jeux, qui doivent se dérouler au pays de Ronald Reagan : la Californie.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.<br />
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<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Notes</span></p>
<p style="text-align: justify;">1- <em>Le Matin</em>, 4 janvier 1980.</p>
<p style="text-align: justify;">2- <em>Wahinston Post</em>, 17 mai 1980.</p>
<p style="text-align: justify;">3- <em>Time</em>, 26 mai 1980.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;">Toutes les autres citations sont extraites de l’ouvrage suivant :</p>
<p style="text-align: justify;">Dominique Maliesky, <em>Sport et politique. Le boycott des Jeux de Moscou (1980) : une crise multidimensionnelle</em>, Thèse pour le doctorat en sciences politiques, Paris, Université de Paris I, 1989, 804 f.</p>
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