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	<title>Sport Fever &#187; boycott</title>
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		<title>Moscou 1980 &#8211; L&#8217;olympisme dans la tourmente (Partie 5)</title>
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		<pubDate>Fri, 20 Mar 2009 12:04:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le rôle ambigu du gouvernement français face au boycott


En Janvier 1980, au moment où Carter brandit la menace du boycott, Valéry Giscard D&#8217;Estaing entre dans une période charnière de son mandat : il est déjà en train de préparer l&#8217;élection présidentielle de 1981, et il espère briguer une seconde investiture. Attaché à la détente et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4>Le rôle ambigu du gouvernement français face au boycott</h4>
<p><br/></p>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_407" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-407" title="vge" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/vge-300x244.jpg" alt="VGE" width="300" height="244" /><p class="wp-caption-text">VGE</p></div>
<p style="text-align: justify;">En Janvier 1980, au moment où Carter brandit la menace du boycott, Valéry Giscard D&#8217;Estaing entre dans une période charnière de son mandat : il est déjà en train de préparer l&#8217;élection présidentielle de 1981, et il espère briguer une seconde investiture. Attaché à la détente et au dialogue avec l&#8217;Est d&#8217;un côté, et ne s&#8217;entendant pas vraiment avec Carter de l&#8217;autre, il fait preuve d&#8217;une grande modération au départ sur la question des Jeux, se contentant de condamner l&#8217;intervention en Afghanistan, mais ne voulant pas s&#8217;inscrire dans une politique de sanctions à l&#8217;égard de l&#8217;Union Soviétique comme le préconise la Maison Blanche. Au travers de cette attitude semble transparaître la volonté de garder les portes ouvertes, et de jouer sur tous les tableaux. En ménageant Moscou, VGE souhaite pouvoir donner à la France le rôle mondial qu&#8217;elle entend jouer dans les relations bipolaires, en se posant en partenaire privilégié de l&#8217;URSS.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette façon d’agir revêt également une utilité pour sa politique intérieure, puisqu&#8217;en maintenant des rapports avec le Kremlin, le gouvernement se garde de froisser un électorat communiste qui, du fait de ses querelles répétées avec François Mitterrand, pourrait aider à sa réélection un an plus tard. D&#8217;autre part, en ne s&#8217;alignant pas sur les États-Unis, il détourne les critiques sur ses « dérives atlantistes », ce qui a pour effet de réjouir les gaullistes les plus convaincus.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette politique, qualifiée par Dominique Maliesky de « fuite en avant », révèle bien des ambiguïtés. Le gouvernement fait-il preuve d&#8217;attentisme du fait de désaccords au plus haut niveau, et d&#8217;hésitations quant à l’attitude à adopter, ou alors est-il foncièrement pour un boycott et en ce cas, veut laisser le soin aux instances sportives de porter le chapeau d&#8217;une non-participation ?</p>
<p style="text-align: justify;">Selon Maliesky, les deux hypothèses sont intimement liées, l’Élysée ayant sans doute agi avec la plus grande prudence, face à une opinion majoritairement pour la participation aux Jeux de Moscou : « Tout en étant dans son ensemble plutôt favorable à un boycott des Jeux, le gouvernement s&#8217;est mis à douter toujours plus de l&#8217;opportunité et du bien-fondé d&#8217;une telle mesure sous la pression de l&#8217;opinion publique, d&#8217;une majorité de la classe politique, de certains responsables sportifs et des athlètes opposés à une sanction olympique et au regard de l&#8217;isolement de la position américaine sur la scène internationale ». Revenons en détail sur les principales caractéristiques de cette politique française.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur la scène internationale, la France condamne l&#8217;action soviétique en Afghanistan, mais seulement verbalement : aux Nations Unies le 7 janvier tout d&#8217;abord, puis au conseil des ministres, le 22 janvier. Mais le gouvernement n’a recours à aucunes représailles : cette façon de procéder se justifie par la « nécessité de garder ouverte la porte de la communication avec l&#8217;Union Soviétique », tel que le déclare Jean François-Poncet, alors ministre des affaires étrangères. Cette politique parée des couleurs de la complaisance atteint son apogée lorsque, le 19 mai 1980, Valéry Giscard d&#8217;Estaing entreprend un voyage éclair à Varsovie, pour y rencontrer le leader soviétique Leonid Brejnev, et évoquer avec lui l&#8217;affaire afghane. Il semble satisfait de son action, si l&#8217;on considère ses déclarations lors du journal télévisé de TF1 : « Les entretiens que j&#8217;ai eu avec M.Brejnev ont atteint leur but [...] qui était de permettre, pour la première fois, depuis le début de cette année d&#8217;avoir une explication au plus haut niveau sur l&#8217;évolution de la situation internationale et la manière de réduire les tensions qui l&#8217;affectent. [...] Les chances de la détente Est-Ouest ont été incontestablement renforcées ». Ce voyage, si décrié par la suite, et qui donnera l&#8217;occasion à François Mitterrand d&#8217;affubler Giscard d&#8217;Estaing du surnom de « petit télégraphiste », montre au grand jour les limites de la diplomatie française. En voulant agir dans l&#8217;intérêt d&#8217;une détente, dont les fondements sont déjà sapés depuis un moment, et mettre la France en première ligne dans les relations bilatérales, il réalise en fait une erreur de calcul, en apportant une sorte d&#8217; « honorabilité politique » à l&#8217;Union Soviétique. Brejnev malade, la diplomatie du Kremlin tient dans les mains de Gromyko qui place la relation avec Washington au premier rang, et se « sert des pays européens selon les circonstances ». Cette entrevue de Varsovie apparaît ainsi dans ce contexte, dépourvue de sens et inutile.</p>
<p style="text-align: justify;">Face aux États-Unis, le gouvernement français adopte une attitude qui se situe dans la plus pure tradition du gaullisme, en faisant prévaloir l&#8217;indépendance nationale et le refus de l&#8217;alignement atlantique, comme en témoignent les propos de Jean François-Poncet, le 6 janvier 1980 : «  La France n&#8217;entend pas, dans cette affaire, que tout à coup sa diplomatie soit alignée sur celle d&#8217;autres pays. [...] Elle a une diplomatie indépendante et, en matière de détente [...] elle a une responsabilité particulière ». La France se tourne alors vers la République Fédérale d&#8217;Allemagne, avec pour objectif de faire peser le poids de l&#8217;Europe dans le débat. Le 5 février 1980, le sommet franco-allemand débouche sur une « déclaration commune », mais elle est en fin compte un échec, puisque les deux nations choisissent une orientation différente au moment du choix concernant la participation.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette dualité politique française au niveau international, se retrouve également à l&#8217;intérieur de ses frontières. Dans un premier temps, il semble que le gouvernement soit bien hostile au boycott et désireux de laisser son autonomie au mouvement sportif. On en revient toujours à la position officielle arrêtée le 23 janvier lors du conseil des ministres, qui laisse cependant entrevoir les possibilités d&#8217;un éventuel revirement : « sa formule [nous parlons du communiqué] est d&#8217;ailleurs suffisamment vague pour permettre non seulement des interprétations variées, mais également les tractations et les transactions entre pouvoirs publics et dirigeants sportifs de telle sorte que ces derniers se déterminent dans le sens souhaité par le gouvernement ».</p>
<p style="text-align: justify;">Au niveau international, la situation évolue et Washington voit de plus en plus de pays se rallier à sa cause. La France, qui a ouvertement condamné le boycott et a refusé de s&#8217;aligner, ne voudrait cependant pas être l’une des seules nations du bloc de l&#8217;Ouest à faire le déplacement en URSS pour s’engager dans des Jeux qui prendraient dès lors la forme de « spartakiades » : « si le gouvernement français a refusé d&#8217;être isolé dans un boycott, il craint tout autant d&#8217;être un des seuls pays européens à se rendre à Moscou ». Il semble dès lors, que l’incertitude s’installe au plus haut niveau décisionnel, et qu&#8217;apparaisse un nouveau souffle en faveur du boycott, dont le chef de file serait le président : « A l&#8217;examen, [...] la confusion règne, confusion au milieu de laquelle semble se dégager un sentiment croissant en faveur du boycott animé, selon toutes probabilités, par le Président de la République lui-même ». Mais la manœuvre est délicate.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, comment faire accepter un boycott à une opinion française, profondément attachée aux idéaux olympiques et à l&#8217;héritage du baron de Coubertin ? De plus, la majorité politique semble se dégager en faveur de la participation, et il convient de préserver l&#8217;électorat (notamment communiste) à quinze mois de l&#8217;échéance présidentielle. Un débat parlementaire sur la question paraît trop risqué, car il pourrait discréditer le gouvernement : « un débat eut ressemblé à une véritable cacophonie du fait que la ligne de clivage passe au milieu des partis politiques. [...] La majorité serait allée à la bataille et aurait voté de manière tout à fait dispersée. [...] Les résultats auraient été très certainement favorables majoritairement à une participation ».</p>
<p style="text-align: justify;">Le dernier recours du gouvernement pour mener à bien sa « stratégie » repose sur les instances sportives, et plus particulièrement le CNOSF, sur lequel de « discrètes pressions » vont être exercées. Celui-ci affirme pourtant dès le départ son indépendance vis-à-vis du domaine politique, et s&#8217;empresse d&#8217;accepter l&#8217;invitation pour les Jeux olympiques ce, dès le 22 janvier. Cependant, le président du Comité Claude Collard (qui apparaît sur les listes de soutien à la candidature de Giscard d&#8217;Estaing), semble avoir joué un rôle particulier : c’est un homme qui se caractérise indubitablement par une certaine ambivalence dans ses prises de position. Maliesky s&#8217;interroge ainsi : « a-t-il choisi d&#8217;attendre et de différer la réponse, a-t-il au contraire sciemment joué double jeu, assurant le gouvernement d&#8217;un boycott et ses troupes d&#8217;une participation ou a-t-il été débordé par le conseil d&#8217;administration lors du vote du 13 mai ? En l&#8217;absence de toute preuve dans un sens ou dans l&#8217;autre, aucune hypothèse n&#8217;est à exclure a priori ».</p>
<p style="text-align: justify;">La volonté de tenir les affaires sportives à l&#8217;abri de toute ingérence politique est pourtant fictive. Les pouvoirs publics délivrant les subventions nécessaires au fonctionnement du CNOSF, et régissant des institutions comme l&#8217;INSEP, ont sur le sport une influence non négligeable : « L&#8217;indépendance du mouvement sportif est illusoire, car le pouvoir sportif n&#8217;a que l&#8217;autorité que veut bien lui accorder le pouvoir politique, qu&#8217;il lui accorde effectivement dans toutes les circonstances qui l&#8217;arrangent mais qu&#8217;il lui supprimera en cas de nécessité »1. Ainsi, malgré ses déclarations (il réitère à plusieurs reprises la volonté française de participer aux Jeux, notamment pour calmer les protestations des athlètes), et ses gages de bonne volonté (il est l&#8217;instigateur de la réunion de Rome au mois de mai, qui instaure la dépolitisation des Jeux pour les pays européens), Collard a semble-t-il été soumis à des pressions émanant « d&#8217;en haut » : « durant les jours précédant la réunion du CNOSF, il ne fait plus aucun doute que J.P. Soisson a pour mission de faire entendre raison au comité olympique et de l&#8217;amener au renoncement », en raison du fait que l&#8217;olympiade moscovite prend de plus en plus les traits d&#8217;une « spartakiade ». Le président du CNOSF ne fait à aucun moment mention de cette manipulation : il réaffirme que son mouvement a une totale liberté d&#8217;action dans cette affaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais l&#8217;hypothèse la plus probable est la suivante : « si les pouvoirs publics lui laissent toute latitude, c&#8217;est en fait pour décider d&#8217;une non-participation. [...] Collard assure à J.P. Soisson que la décision de son mouvement sera conforme aux attentes du président de la République. Il semblerait donc « qu&#8217;il a joué double jeu aussi longtemps qu&#8217;il a pu ». Le 13 mai, ne pouvant enrayer le flot qui devait conduire la France en terre soviétique, il doit se plier au vote et confirmer la participation aux Jeux olympiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour accréditer cette thèse, précisons que Maliesky a entrepris de récolter les témoignages de plusieurs dirigeants du CNOSF de l&#8217;époque, lesquels lui ont confirmé « qu&#8217;ils avaient été soumis à des pressions officieuses sous la forme de coups de téléphone et d&#8217;injonctions », l&#8217;un d&#8217;eux allant jusqu&#8217;à les qualifier de &laquo;&nbsp;chantage&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;">Au terme de cette affaire, les tricolores participent bien aux épreuves organisées à Moscou en juillet, sous les couleurs olympiques, mais personne n&#8217;a été dupe quant à la politique mise en place par le gouvernement. A l&#8217;étranger, on fustige la diplomatie française : le <em>Washington Post</em> dénonce les « ruses et artifices gaulois »2, tandis que l&#8217;hebdomadaire <em>Time</em> qualifie la stratégie élyséenne de « double jeu complexe »3. En voulant jouer sur tous les tableaux, le pouvoir français a paradoxalement fait preuve d&#8217;immobilisme. Sa politique sur la question est marquée par ses atermoiements et une mauvaise appréciation des réalités mondiales, ce qui fait dire à Alfred Grosser : « le comportement de la France traduit une volonté de profiter de tous les avantages du neutralisme, mais sans en assumer les risques éventuels ».</p>
<p style="text-align: justify;">Nous nous apercevons ainsi, que même dans un pays lié à l&#8217;olympisme comme la France, les ingérences de la politique dans le sport peuvent être nombreuses. Les tergiversations au plus haut niveau de l&#8217;État français – tendant à imposer sa volonté à un mouvement sportif qui fera front malgré tout – vont dans ce sens.</p>
<p style="text-align: justify;">En pleine guerre froide, le spectre de la politique projette une ombre malsaine sur les anneaux brisés, et les plus vives inquiétudes se font sentir à quatre ans des prochains Jeux, qui doivent se dérouler au pays de Ronald Reagan : la Californie.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Notes</span></p>
<p style="text-align: justify;">1- <em>Le Matin</em>, 4 janvier 1980.</p>
<p style="text-align: justify;">2- <em>Wahinston Post</em>, 17 mai 1980.</p>
<p style="text-align: justify;">3- <em>Time</em>, 26 mai 1980.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;">Toutes les autres citations sont extraites de l’ouvrage suivant :</p>
<p style="text-align: justify;">Dominique Maliesky, <em>Sport et politique. Le boycott des Jeux de Moscou (1980) : une crise multidimensionnelle</em>, Thèse pour le doctorat en sciences politiques, Paris, Université de Paris I, 1989, 804 f.</p>
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		<title>Moscou 1980 &#8211; L&#8217;olympisme dans la tourmente (Partie 4)</title>
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		<pubDate>Thu, 19 Mar 2009 16:22:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les dessous des Jeux &#8211; le boycott vu de France
.
Dans l’hexagone, l&#8217;intervention soviétique en Afghanistan est dès le départ mal perçue, condamnée presque unanimement par les partis politiques et par l&#8217;opinion publique. Le Matin parle d&#8217;une « réédition du coup de Prague », alors que Le Quotidien de Paris décrit l&#8217;acte comme « une colonisation [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4>Les dessous des Jeux &#8211; le boycott vu de France</h4>
<p><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;">Dans l’hexagone, l&#8217;intervention soviétique en Afghanistan est dès le départ mal perçue, condamnée presque unanimement par les partis politiques et par l&#8217;opinion publique. <em>Le Matin</em> parle d&#8217;une « réédition du coup de Prague », alors que <em>Le Quotidien de Paris</em> décrit l&#8217;acte comme « une colonisation soviétique vers les régions pétrolières »1.</p>
<p style="text-align: justify;">A l&#8217;issue du conseil des ministres du 9 janvier, le gouvernement fait la déclaration suivante, par la voix de Pierre Hunt : « Les événements intervenus en Afghanistan sont en contradiction avec les principes fondamentaux qui régissent la vie internationale et la politique de la France. [...] Ces événements ont porté atteinte à la politique de détente »2. Il renchérit quelques jours plus tard, le 21 janvier, dans un un communiqué émanant du Quai d&#8217;Orsay, qui rappelle le caractère inacceptable de l&#8217;invasion.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_375" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-375" title="marchais-brejnev" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/marchais-brejnev-300x225.jpg" alt="Georges Marchais et Leonid Brejnev" width="300" height="225" /><p class="wp-caption-text">Leonid Brejnev et Georges Marchais</p></div>
<p style="text-align: justify;">Seul le Parti Communiste français de Georges Marchais se rallie au Kremlin. Le 3 Janvier 1980, <em>l&#8217;Humanité</em>, l&#8217;organe du parti, invoque pour justifier l&#8217;action de Moscou, « le principe de non-intervention, le droit naturel de légitime défense et la solidarité avec les peuples en lutte contre la réaction »3. Marchais va encore plus loin lorsqu&#8217;il se rend en personne dans la capitale soviétique le 11 janvier : il obtient trois entretiens avec Leonid Brejnev. Lors du journal télévisé de TF1, il apporte son soutien total à la politique du leader communiste, justifiant « l&#8217;assistance de l&#8217;URSS à l&#8217;Afghanistan par l&#8217;intervention militaire de l&#8217;extérieur » qui, selon lui, menaçait ce pays4. Il est le seul à croire à une opération américaine via le Pakistan, et rappelle que « la demande d&#8217;intervention militaire avait déjà été formulée par le gouvernement Amin et que l&#8217;URSS y avait résisté pendant plusieurs mois »5.</p>
<p style="text-align: justify;">Le lendemain, la presse hexagonale s&#8217;indigne ouvertement des déclarations du leader du PCF.<em> Le Matin</em> parle de « provocation », <em>Le Figaro</em> de « pantalonnade », <em>Libération</em> accuse Marchais de « réinventer le style rétro de la guerre froide », alors que l&#8217;Unité, hebdomadaire du Parti Socialiste, définit le 18 janvier, la nouvelle tendance du PCF, comme suit : « un socialisme aux couleurs de l&#8217;URSS ».</p>
<p style="text-align: justify;">Les milieux politiques le critiquent également de façon très acerbe, à l&#8217;image de Pierre Joxe, vice-président du groupe socialiste à l&#8217;Assemblée Nationale, qui déclare : « Quel malheur de voir un député, un représentant du peuple français, [...] s&#8217;évertuer à justifier l&#8217;injustifiable ! »6, ou du Centre des démocrates sociaux qui se dit « indigné »7. Même au sein de son propre parti, Marchais est loin de faire l&#8217;unanimité. Yvonne Quilès, membre du PCF, l’accuse de s&#8217;être « allié avec le diable », alors que Catherine Clément parle de sentiment de « honte »8. <em>L&#8217;Humanité</em> s&#8217;offusque, et Marchais renchérit le 21 janvier sur Antenne 2, en déclarant l&#8217;intervention soviétique « légitime au plan de la lutte des peuples pour leur droit à l&#8217;indépendance », louant « les forces pacifiques de l&#8217;armée rouge », et justifiant a posteriori le pacte germano-soviétique de 1939. Il dénonce d&#8217;autre part, ce qu&#8217;il appelle « la campagne de boycottage des Jeux olympiques de Moscou [...] lancée par la gauche en France »9.</p>
<p style="text-align: justify;">Car si les politiques et la population semblent en contradiction avec le PCF sur le problème afghan en lui-même (cf sondage Louis-Harris du 24 janvier dans <em>Le Matin</em>), l&#8217;opinion apparaît plus divisée quant à la question du boycott des Jeux olympiques. Si l&#8217;on considère que la France, en général, a soutenu le mouvement olympique en refusant de s&#8217;aligner sur les positions de Carter, quelques voix se sont cependant élevées contre la participation.</p>
<p style="text-align: justify;">Dès les premières rumeurs de boycott, le mouvement sportif s&#8217;y oppose vigoureusement. Claude Collard, président du CNOSF, prend la parole à la télévision, déclarant devant les caméras d&#8217;Antenne 2 : « Nous sommes contre tout boycottage, nous n&#8217;ignorons pas les problèmes politiques, mais nous devons les survoler, dans l&#8217;intérêt de la jeunesse du monde »10. Il est rejoint deux jours plus tard par Maurice Herzog, alors membre honoraire français du CIO qui, sur l&#8217;antenne d&#8217;Europe 1, met en garde contre l&#8217;ingérence de la politique dans le sport : « L&#8217;affaire de Kaboul n&#8217;a rien à voir avec les Jeux olympiques [...] Ne mélangeons pas les genres : séparons sport et politique. [...] Si nous devions tenir compte des aléas politiques, quasi-permanents, nous n&#8217;organiserions jamais de Jeux olympiques »11.</p>
<p style="text-align: justify;">Les sportifs partagent le même point de vue : ils sont unanimes contre le boycott et prônent le non-alignement entre politique et sport. Sur quinze d&#8217;entre eux, interrogés par <em>Le Figaro</em> le 22 janvier, aucun n&#8217;envisage une non-participation de la France aux Jeux, tel le perchiste Houvion qui affirme : « Je suis contre le boycott, car s&#8217;il réussissait une seule fois, c&#8217;en serait fait des Jeux et du sport. La politique aurait tout cassé »12. Le 31 janvier est créé le CAEHN (Collectif d&#8217;athlètes et d&#8217;entraîneurs de haut niveau), qui refuse de voir le mouvement sportif accaparé par la politique.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;opinion est aussi très majoritairement opposée au boycott, en témoignent les divers sondages publiés dans la presse (le 22 janvier dans un sondage Paris-Match publié dans <em>Le Matin</em>, 65% des personnes interrogées pensent que la France ne doit pas suivre les États-Unis dans la voie du boycott). Le public restera fidèle à ses convictions durant tout le processus qui conduira la France à Moscou (la proportion d’individus favorables au boycott n&#8217;augmente que de trois points en l&#8217;espace de trois mois).</p>
<p style="text-align: justify;">Au départ la classe politique semble assez unanime. Le gouvernement de Valéry Giscard d&#8217;Estaing entend laisser le libre choix au CNOSF quant à sa participation. Jacques Chaban-Delmas (RPR), alors président de l&#8217;Assemblée Nationale, s&#8217;élève contre le boycott : « en recommandant le boycottage des Jeux olympiques, le président des États-Unis a mis complètement à côté de la plaque. Il a raté sa cible. Je considère cette initiative comme inopérante et, pour ma part, la désapprouve complètement »13. Son parti le suit, les députés gaullistes se prononçant en faveur de l’engagement, par la voix du secrétaire général Bernard Pons : « il n&#8217;est pas raisonnable pour la France de bouder les J.O »14. François Mitterrand, premier secrétaire du PS, adopte aussi cette voie. Il déclare : « Il faut que les athlètes du monde entier puissent se rassembler car ils représentent le défi de la liberté et de la fraternité face aux conflits internationaux »15. Le Mouvement des radicaux de gauche, le Parti républicain préconisent la participation, de même que le PCF, qui s&#8217;exprime par le biais de Georges Marchais. Celui-ci se pose en supporter inconditionnel des joutes olympiques, dans l&#8217;émission Cartes sur table16.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_376" class="wp-caption alignright" style="width: 224px"><img class="size-medium wp-image-376" title="sakharov2" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/sakharov2-214x300.jpg" alt="Andreï Sakharov" width="214" height="300" /><p class="wp-caption-text">Andreï Sakharov</p></div>
<p style="text-align: justify;">Cependant, un événement changer la donne : l&#8217;arrestation et l&#8217;exil à Gorki du physicien soviétique Andreï Sakharov, prix Nobel de la paix, grande figure de la dissidence et militant des libertés en Union Soviétique. Les réactions dans le monde sont empreintes d&#8217;une grande indignation, et l&#8217;opinion française fait entendre sa désapprobation totale face à cet acte. Chaban Delmas, alors en visite à Moscou, rentre en France sur le champ, et même le PCF, qui paraissait si proche du Kremlin quelques jours auparavant, condamne l&#8217;attitude soviétique : « des mesures telles que celles qui viennent d&#8217;être prises contre Sakharov ne peuvent qu&#8217;entraîner notre désapprobation »17.</p>
<p style="text-align: justify;">Couplé à l&#8217;action menée en Afghanistan, le traitement infligé à Sakharov a pour conséquence de relancer le débat sur le boycott. Au PS, des dissensions voient le jour. Michel Rocard, leader de la minorité, demande l&#8217;ouverture d&#8217;un débat au sein du parti, alors qu&#8217;Arthur Notebart, député du Nord, se prononce ouvertement « pour le boycottage »18. Simone Veil (UDF), président du Parlement Européen, donne un nouveau souffle à la discussion lorsqu&#8217;elle déclare : « Je considère que les avantages du boycottage sont plus grands que les inconvénients. C&#8217;est particulièrement vrai parce que les Soviétiques font des Jeux une opération de prestige »19. Elle est rejointe par le Centre des démocrates sociaux, les radicaux et le CDS (centristes) notamment.</p>
<p style="text-align: justify;">Les intellectuels se lancent eux aussi dans la partie, s&#8217;érigeant en défenseurs des droits de l&#8217;homme et préconisant le boycott en réponse à la politique exercée par l&#8217;Union Soviétique dans ce domaine. Un groupe dont le leader est Raymond Aron, et composé par ailleurs de Simone de Beauvoir, Robert Bresson, Michel Foucault, Jacques Julliard, Bernard Kouchner, Emmanuel Leroy-Ladurie, André Lwoff et Jean-Paul Sartre, souligne que « les droits de l&#8217;homme sont de plus en plus bafoués en URSS ». Ce cercle demande « aux autorités gouvernementales ou sportives de ne pas accorder à l&#8217;Union Soviétique le certificat de bonne conduite internationale et de légitimité morale que son gouvernement espère obtenir grâce à la tenue des Jeux olympiques de Moscou », et appelle « fermement au boycott »20. Des organisations et comités à vocation humanitaire se font entendre. Pour Bernard Henri-Lévy, membre du comité « Droits de l&#8217;homme – Moscou 1980 », se rendre dans la capitale soviétique serait pour la France un « inexcusable, indélébile et intolérable déshonneur »21. La LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l&#8217;antisémitisme), le comité CIEL (Comité des intellectuels pour l&#8217;Europe des libertés) présidé par Ionesco, ou le COBOM (Comité du boycott des Olympiades de Moscou) de Brohm, disent tous « Non » à Moscou. Il en va de même pour les dissidents exilés, comme Vladimir Boukovski pour lequel le « Oui » aux Jeux reviendrait à « apporter à l&#8217;URSS une approbation politique »22. <em>Le Figaro</em> est le seul organe de presse à militer pour le boycott, et il fait clairement entendre sa voix, par l&#8217;intermédiaire de Max Clos, qui appose son avis dans un éditorial du 28 janvier : « Il est impossible, aujourd&#8217;hui, au milieu d&#8217;une crise majeure qui nous concerne tous, que la France choisisse [...] de cautionner l&#8217;Union Soviétique plutôt que de se proclamer solidaire de Washington. Les athlètes français ne doivent pas aller à Moscou »23.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme nous pouvons le constater, le mouvement d&#8217;opinion enfle et n&#8217;est pas vraiment uniforme. On peut observer des scissions dans les partis, et l&#8217;on s&#8217;oriente rapidement vers des prises de positions « à titre personnel ». Le gouvernement reste de son côté assez discret, se contentant de condamner l&#8217;intervention en Afghanistan, et de déclarer que le boycott n&#8217;apparaît pas comme étant une solution adéquate, lors du conseil des ministres du 23 janvier : « Les statuts et règles olympiques pris à l&#8217;initiative de la France, dont le rôle a été décisif pour rétablir la tradition olympique, font du CIO la seule autorité habilitée à choisir la ville où se dérouleront les Jeux et confient aux CNO le soin exclusif d&#8217;organiser la participation des athlètes de leur pays. Le gouvernement français juge inacceptable l&#8217;intervention militaire soviétique en Afghanistan, et considère qu&#8217;il doit y être mis fin pour restaurer une situation conforme aux droits du peuple afghan et aux exigences de la paix internationale. Il estime que la remise en cause des Jeux ne constitue pas le moyen approprié pour atteindre cet objectif », ajoutant : « que le gouvernement n&#8217;a pas l&#8217;intention d&#8217;intervenir dans les décisions du CNOSF »24.</p>
<p style="text-align: justify;">Par ce biais, il semble se préserver en laissant la porte ouverte à un éventuel revirement de situation : si l&#8217;Ouest boycottait massivement les Jeux, ces derniers prendraient alors la forme de « spartakiades », et la France pourrait en dernier lieu, choisir de ne pas y aller.</p>
<p style="text-align: justify;">Le débat dans l&#8217;opinion continue quant à lui à être houleux jusqu&#8217;au mois de mai. Le CNOSF choisit de répondre favorablement à l&#8217;invitation de Moscou le 22 janvier. Pourtant, cette acceptation n&#8217;est officialisée qu&#8217;au dernier moment, le 13 mai 1980. Qu&#8217;en déduire ? La France, championne du non-alignement, a-t-elle attendu de voir l&#8217;attitude de ses alliés européens avant de se prononcer définitivement ? Ou alors, n&#8217;y aurait-il pas eu quelques atermoiements au plus haut de l&#8217;État français, quant à la politique à mettre en oeuvre ?</p>
<p style="text-align: justify;">Dominique Maliesky se propose, dans sa thèse intitulée : « sport et politique : le boycott des Jeux de Moscou, 1980 : une crise multidimensionnelle », de lever le voile sur le rôle du gouvernement dans cette « affaire » de la participation française aux Jeux.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Notes</span></p>
<p style="text-align: justify;">1- <em>Le Monde</em>, 1er janvier 1980.</p>
<p style="text-align: justify;">2- <em>Le Monde</em>, 10 janvier 1980.</p>
<p style="text-align: justify;">3- Edouard Bonnefous (dir.), <em>L’année politique, économique, sociale en France -1980</em>, Paris, Editions du Moniteur, 1981, p. 26.</p>
<p style="text-align: justify;">4- <em>Ibid</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">5-<em> Le Matin</em>, 12 janiver 1980.</p>
<p style="text-align: justify;">6- <em>Ibid</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">7- <em>Le Matin</em>, 14 janvier 1980.</p>
<p style="text-align: justify;">8- <em>Le Matin</em>, 8 janvier 1980.</p>
<p style="text-align: justify;">9- Edouard Bonnefous, <em>op. cit.</em>, p. 27.</p>
<p style="text-align: justify;">10- <em>L’Equipe</em>, 1er janvier 1980.</p>
<p style="text-align: justify;">11-<em> Le Figaro</em>, 3 janvier 1980.</p>
<p style="text-align: justify;">12- <em>Le Figaro</em>, 22 janvier 1980.</p>
<p style="text-align: justify;">13- <em>Le Matin</em>, 22 janvier 1980.</p>
<p style="text-align: justify;">14- <em>Ibid</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">15- <em>Le Matin</em>, 28 janvier 1980.</p>
<p style="text-align: justify;">16- <em>Le Matin</em>, 24 et 28 janvier 1980.</p>
<p style="text-align: justify;">17- <em>Le Monde</em>, 24 janvier 1980.</p>
<p style="text-align: justify;">18- <em>Le Monde</em>, 31 janvier 1980.</p>
<p style="text-align: justify;">19- <em>Le Monde</em>, 30 janvier 1980.</p>
<p style="text-align: justify;">20- <em>Le Figaro</em>, 24 janvier 1980.</p>
<p style="text-align: justify;">21- Pour plus de détails voir l’article « irons-nous seuls ? », publié dans <em>Le Figaro</em>, 31 janvier 1980.</p>
<p style="text-align: justify;">22- <em>Le Matin</em>, 23 janvier 1980.</p>
<p style="text-align: justify;">23- <em>Le Figaro</em>, 28 janvier 1980.</p>
<p style="text-align: justify;">24- <em>Le Figaro</em>, 24 janvier 1980.</p>
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		<title>Moscou 1980 &#8211; L&#8217;olympisme dans la tourmente (Partie 3)</title>
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		<pubDate>Thu, 19 Mar 2009 15:49:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les dessous des Jeux &#8211; une nouvelle approche du boycott américain
.
Dans les pays occidentaux, l&#8217;invasion soviétique en Afghanistan est au moment des faits, présentée comme un vaste dessein offensif ayant pour but une occupation stratégique près du Golfe Persique, et le développement du glacis de l&#8217;Union Soviétique. Les gouvernements et médias de l&#8217;époque relaient cette [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4>Les dessous des Jeux &#8211; une nouvelle approche du boycott américain</h4>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;">Dans les pays occidentaux, l&#8217;invasion soviétique en Afghanistan est au moment des faits, présentée comme un vaste dessein offensif ayant pour but une occupation stratégique près du Golfe Persique, et le développement du glacis de l&#8217;Union Soviétique. Les gouvernements et médias de l&#8217;époque relaient cette thèse, et il en va de même pour l&#8217;historiographie contemporaine. En effet, aucun historien du sport ayant traité des Jeux olympiques de Moscou, n&#8217;a remis en cause cette version « officielle » des faits : aucun, avant M. Jérôme Gygax, de l&#8217;Institut universitaire des hautes études internationales de Genève. En travaillant sur de nouvelles sources (notamment les archives de l&#8217;ex-Union Soviétique ouvertes depuis 1993), et sur l&#8217;administration américaine de l&#8217;époque, il a entrepris de mettre à jour le rôle de cette dernière dans l&#8217;intervention soviétique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_368" class="wp-caption alignright" style="width: 234px"><img class="size-medium wp-image-368" title="brzezinski" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/brzezinski-224x300.jpg" alt="Zbiniew Brzezinski" width="224" height="300" /><p class="wp-caption-text">Zbiniew Brzezinski</p></div>
<p style="text-align: justify;">Selon lui, la Maison Blanche, en venant en aide à la rébellion basée au Pakistan, a favorisé « l&#8217;intervention communiste, entraînant les Soviétiques dans le guêpier afghan, un second Vietnam ». Les dires de Zbigniew Brzezinski, proche de Carter, et de l&#8217;ancien directeur de la CIA Robert Gates, apportent des éléments nouveaux quant à la compréhension du problème : « Ils laissent alors supposer une intervention détournée des services de la CIA bien avant le mois de décembre 1979 ». Dans un entretien accordé au Nouvel Observateur en janvier 1998, Brzezinski contredit les arguments qu&#8217;il avançait lui-même au moment des faits, et conforte la thèse nouvelle de l&#8217;aide apportée par les Américains, aux moudjahidins du Pakistan : « C&#8217;est en effet le 3 juillet 1979 que le président Carter a signé la première directive sur l&#8217;assistance clandestine aux opposants du régime pro-soviétique de Kaboul. Et ce jour-là, j&#8217;ai écrit une note au président dans laquelle je lui expliquais qu&#8217;à mon avis cette aide allait entraîner une intervention militaire des Soviétiques ». Ce soutien prend la forme d&#8217;une « covert operation », une opération secrète, mise en place très tôt avec le concours de la CIA de Gates, les déclarations de ce dernier l’attestent : « Carter et compagnie se tournèrent vers la CIA pour des actions secrètes visant la scène intérieure soviétique dès mars 1977 ».</p>
<p style="text-align: justify;">De ce fait, en armant les rebelles islamistes, avec l&#8217;aide du Pakistan et de la Chine (qui ont tous deux des avantages à tirer de la situation, la Maison Blanche se préserve en agissant à couvert, et tend à susciter une résistance contre le régime de Kaboul, qui pourrait s&#8217;étendre à Moscou : « Armer les partis islamistes présente l&#8217;avantage de ne pas impliquer les Américains de façon visible et peut, si l&#8217;action réussit, non seulement déstabiliser l&#8217;Afghanistan, mais également menacer d&#8217;embraser les républiques méridionales musulmanes d&#8217;URSS ».</p>
<p style="text-align: justify;">Le Kremlin lui-même, est bien conscient de ces ingérences dans la résistance contre Kaboul. A l&#8217;occasion des événements d&#8217;Hérat (un grand soulèvement a lieu dans cette ville de l&#8217;Ouest du pays en mars 1979, faisant 5 000 morts), Andrei Gromyko, membre influent du Politburo, déclare : « Des bandes de saboteurs et de terroristes, qui se sont infiltrées par le territoire du Pakistan, entraînées et armées non seulement avec la participation des forces pakistanaises mais aussi de la Chine, des États-Unis, et de l&#8217;Iran, sont en train de commettre des atrocités à Herat ».</p>
<p style="text-align: justify;">Au moment de l&#8217;entrée des troupes en Afghanistan, Moscou évoque d&#8217;ailleurs ces influences extérieures pour justifier son geste. L&#8217;administration Carter dément évidemment. Lors de son interview avec le Nouvel Observateur, le journaliste pose la question suivante à Brzezinski : « Lorsque les Soviétiques ont justifié leur intervention en affirmant qu&#8217;ils entendaient lutter contre une ingérence secrète des États-Unis en Afghanistan, personne ne les a crus. Pourtant, il y avait un fond de vérité&#8230; Vous ne regrettez rien aujourd&#8217;hui ? » La réponse est sans équivoque : « Regretter quoi ? Cette opération secrète était une excellente idée. Elle a eu pour effet d&#8217;attirer les Russes dans le piège afghan et vous voulez que je le regrette ? Le jour où les Soviétiques ont officiellement franchi la frontière, j&#8217;ai écrit au président Carter, en substance : &laquo;&nbsp;Nous avons maintenant l&#8217;occasion de donner à l&#8217;URSS sa guerre du Vietnam&nbsp;&raquo; ».</p>
<p style="text-align: justify;">Ce témoignage de l’un des acteurs principaux de la crise apporte du crédit aux travaux de M. Gygax. Le président Carter condamne le geste soviétique sur la scène internationale, alors qu&#8217;il a favorisé l&#8217;intervention en coulisses. Par la suite, il demande le retrait des troupes, brandissant des sanctions à l&#8217;encontre de Moscou, alors que là encore, il alimente le conflit en augmentant « substantiellement l&#8217;aide militaire au Pakistan dès le mois de janvier 1980 ».</p>
<p style="text-align: justify;">Parmi ces mesures de rétorsion figure le boycott des Jeux olympiques de Moscou, qui semble difficilement compatible avec la volonté affichée de retrait des troupes, objet de l&#8217;ultimatum de Carter. Le 20 janvier 1980, le président américain écrit à Kane : « Le gouvernement soviétique attache une énorme importance politique à la tenue des Jeux olympiques de 1980 à Moscou, et si les Jeux ne se tiennent pas à Moscou du fait de l&#8217;agression militaire soviétique en Afghanistan, ce fort outrage mondial ne pourra être caché au peuple soviétique, et se répercutera autour du globe ».</p>
<p style="text-align: justify;">En s&#8217;attaquant à la société soviétique, au peuple, le boycott prend ainsi une dimension supérieure, et devient une arme politique redoutable.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-369" title="boycottmos" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/boycottmos-191x300.jpg" alt="boycottmos" width="191" height="300" />Suite à cela, Carter mène une dure campagne pour imposer le boycott aux États-Unis, alors que le Comité olympique américain souhaite faire le déplacement à Moscou. Pour s&#8217;adjuger le ralliement de l&#8217;USOC, réticent à sa cause, l&#8217;administration présidentielle exerce des pressions financières, en influant sur ses principaux sponsors, qui menacent rapidement de stopper leurs subventions. La veille du vote qui doit décider de la participation ou non, Carter pousse son chantage encore plus loin, en annonçant qu&#8217;il « supprimera le statut fiscal privilégié dont bénéficie l&#8217;USOC et qu&#8217;il annulera la subvention de 4.2 millions de dollars, non encore allouée par le Congrès, en cas de vote contraire ». Le jour J, une délégation gouvernementale est présente à Colorado Springs, et le vice-président Walter Mondale, prononce un discours dans lequel il compare Moscou à Berlin, faisant ainsi monter la pression : « L&#8217;histoire retient son souffle devant ce qui se joue en ce moment et qui ne représente rien de moins que la future sécurité du monde civilisé ». Au pied du mur, l&#8217;USOC ne peut que s&#8217;aligner sur son gouvernement, en ratifiant le boycott à une large majorité. Les athlètes contredisent pour la plupart la décision de leur président, mais ils sont une nouvelle fois pris en otage par la politique, et ne feront pas le déplacement à Moscou.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Notes</span></p>
<p style="text-align: justify;">Toutes les citations sont extraites des travaux suivants :</p>
<p style="text-align: justify;">- Jérôme Gygax, <em>Le facteur idéologique dans la diplomatie américaine : instrumentalisation des Jeux olympiques dans la nouvelle guerre froide 1980-1984</em>, DEA en relations internationales mention Histoire et politiques internationales, Genève, IUHEI, 2003, 113 f.</p>
<p style="text-align: justify;">- Jérôme Gygax, « Entre enjeux internationaux et nationaux &#8211; Le boycott américain des Jeux de Moscou », in Pierre Milza (dir.), <em>Le pouvoir des anneaux : les Jeux olympiques à la lumière de la politique : 1896-2004</em>, Paris, Vuibert, 2004, pp. 263-297.</p>
<p style="text-align: justify;">- Jérôme Gygax, « Raisons et prétextes au boycott américain des Jeux de Moscou 1980 : covert operation ou engagement militaire en Afghanistan » in <em>Relations Internationales</em>, n° 112, Hiver 2002, pp. 263-297.</p>
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		<title>Moscou 1980 &#8211; L&#8217;olympisme dans la tourmente (Partie 2)</title>
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		<pubDate>Wed, 18 Mar 2009 17:27:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Vers la ruine des Jeux olympiques de Moscou
.
Pour faire du boycott une réussite, il faut pour Carter s’approprier le soutien de l’opinion américaine, mais aussi de la communauté internationale. Il veut en faire une action de grande ampleur, qui prendra la forme d’une sanction exemplaire contre le régime de Moscou. Comme le précise Jérôme Gygax [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4>Vers la ruine des Jeux olympiques de Moscou</h4>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<div id="attachment_362" class="wp-caption alignright" style="width: 211px"><img class="size-medium wp-image-362" title="American President Jimmy Carter" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/carter1-201x300.jpg" alt="American President Jimmy Carter" width="201" height="300" /><p class="wp-caption-text">Jimmy Carter</p></div>
<p style="text-align: justify;">Pour faire du boycott une réussite, il faut pour Carter s’approprier le soutien de l’opinion américaine, mais aussi de la communauté internationale. Il veut en faire une action de grande ampleur, qui prendra la forme d’une sanction exemplaire contre le régime de Moscou. Comme le précise Jérôme Gygax : « Le boycott olympique est choisi comme mesure de représailles pour sa dimension symbolique. Il exprime une condamnation morale qui devrait être adoptée par la communauté internationale […] Le boycott olympique a seul la capacité de mobiliser la sphère publique »1.</p>
<p style="text-align: justify;">Dès le lendemain de l’annonce du 20 janvier, la Chambre des représentants suit Carter dans sa démarche, à une très large majorité (386 voix pour, 12 contre), et est relayée une semaine plus tard par le Sénat (88 voix pour, 4 contre). La population et les médias sont eux aussi, en accord avec leur président2. Seuls le Comité olympique américain, l’USOC, et son président Robert Kane, contestent ces méthodes. Ce dernier refuse l’ingérence de la politique dans le sport : « Si nous commençons à faire de la politique c’est la fin des Jeux »3. Mais il apparaît bien isolé dans son combat, et il cède peu à peu du terrain sous les pressions exercées par le gouvernement. Lloyd Cutler écrit à Jimmy Carter : « La majorité, à l’image du président Robert Kane, se sentent victimes de la pression du président et du Congrès qui les forcent à prendre position »4. Le 27 janvier 1980, la commission exécutive de l’USOC, réunie à Colorado Springs, « accepte à l’unanimité de demander au CIO le déplacement, l’abandon ou le report des Jeux »5.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur la scène internationale, l’Assemblée générale des Nations Unies vote une résolution condamnant largement (par 104 voix contre 18, et 18 abstentions) l’intervention en Afghanistan et exige « un retrait immédiat et inconditionnel des forces soviétiques ».</p>
<p style="text-align: justify;">A Islamabad, les 27 et 28 janvier 1980, au cours de la réunion de l’Organisation des États de la Conférence islamique, réunissant trente-trois pays, on assiste à une dénonciation massive de l’attitude soviétique, qui « porte atteinte aux droits de l’homme et à la liberté des peuples » dans un pays frère. Au final, vingt-neuf d’entre eux décident de s’aligner sur la position américaine, en demandant l’ « arrêt immédiat et inconditionnel » de l&#8217;intervention soviétique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_357" class="wp-caption alignleft" style="width: 260px"><img class="size-full wp-image-357" title="killanin" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/killanin.jpg" alt="Lord Killanin" width="250" height="350" /><p class="wp-caption-text">Lord Killanin</p></div>
<p style="text-align: justify;">C’est un point important marqué par Carter et son administration, qui vont maintenant s’atteler à obtenir le soutien des gouvernements et CNO étrangers : « De gros efforts sont faits pour persuader les autres gouvernements, les comités olympiques et les fédérations sportives internationales de déplacer, annuler ou reporter les Jeux de Moscou 1980 ».6 Cette campagne prend de l’ampleur lors de la réunion des délégués du CIO, le 9 février 1980 à Lake Placid. Lord Killanin, président du CIO, ouvre la séance en faisant l’apologie d’un sport exempté des interférences avec la politique, souhaitant sauver le mouvement olympique d’une nouvelle catastrophe : « Je ne me suis jamais refusé à reconnaître les intrusions de la politique dans le mouvement olympique et je demeure persuadé que nous devons nous y opposer. Nous ne pouvons qu’espérer que les dirigeants politiques de notre monde sauront résoudre leurs différends et éviter ainsi un autre holocauste [...] j’implore tous ceux qui ont des opinions et des sentiments divergents : n’utilisez pas les Jeux olympiques pour diviser le monde, mais pour l’unifier. N’utilisez pas les athlètes pour trouver une solution aux problèmes politiques »7. Le secrétaire d’État américain, Cyrus Vance, lui répond en ne laissant transparaître aucune ambiguïté sur la position américaine : « Mon gouvernement considère que ce serait une violation de ce principe fondamental (la trêve olympique) des Jeux olympiques que de tenir ou d’assister à des Jeux qui se tiendraient dans un pays engagé dans une guerre d’agression et qui a refusé d’obtempérer à l’ordre donné par la communauté internationale de cesser les hostilités. […] Nous nous opposerons à la participation d’une équipe américaine à tous les Jeux olympiques dans la capitale d’un pays envahisseur et demandons que les Jeux soient transférés de la capitale soviétique. Car nous voyons déjà le pays désigné comme hôte des Jeux cet été présenter ce choix comme une reconnaissance de la justesse de sa politique étrangère et de ses énormes services dans la lutte pour la paix ».8</p>
<p style="text-align: justify;">Le but ultime de Carter est clair : il souhaite la ruine des Jeux de Moscou. Cependant, le CIO reste inflexible face à ce qui s’apparente à un « diktat » américain. Faisant suite aux engagements pris par les CNO européens et l’Association des CNO au début du mois, les soixante-treize membres du CIO adoptent à l’unanimité, le 12 février 1980, une résolution confirmant les accords pris à Vienne en 1974. Les Jeux olympiques de 1980 auront bien lieu à Moscou. Cette prise de position satisfait bien évidemment le Kremlin. Mais c’est sans compter sur la détermination du président américain, qui démultiplie les efforts pour trouver des alliés à sa cause.</p>
<p style="text-align: justify;">La Grande-Bretagne et son premier ministre Margaret Thatcher, sont les premiers à apporter leur soutien au boycott. Le 17 janvier 1980, la Dame de fer ose même comparer l’olympiade moscovite à celle de Berlin : « Les Jeux de Moscou, comme en 1936 ceux de Berlin, sont essentiellement utilisés à des fins de propagande. Les athlètes sont des citoyens comme les autres, avec des droits mais aussi des responsabilités »9. Le 18 mars 1980, la Chambre des communes se prononce massivement en faveur de la non-participation (par 315 voix contre 147). Mais le CNO britannique, présidé par Sir Dennis Follows, résiste aux pressions et décide d’envoyer une équipe à Moscou, le 26 mars (par un vote de 18 voix contre 5).</p>
<p style="text-align: justify;">Carter et son administration commencent à craindre un effet « boule de neige », qui aboutirait sur une participation massive des pays de l’Ouest. A Bruxelles, le 22 mars 1980, les seize CNO d’Europe de l’Ouest, « réaffirment leur solidarité envers le CIO et leur opposition à l’organisation de toute compétition sportive qui se présenterait comme un moyen de se substituer aux Jeux olympiques »10 .</p>
<p style="text-align: justify;">Malgré cela, les défections commencent à voir le jour. En RFA, et malgré le désir de Willi Daume (président du CNO d’Allemagne de l’Ouest) d’envoyer une délégation en Union Soviétique, le chancelier Helmut Schmidt choisit de s’aligner sur Washington, et condamne les Jeux de Moscou en ces termes : « L’objectif du mouvement olympique était d’éduquer la jeunesse pour contribuer à un monde meilleur et plus pacifique. Une participation dans la situation actuelle aurait été comprise comme la négation de ces principes olympiques ».11 Le Bundestag vote le retrait (446 voix pour, 8 contre et 9 abstentions), suivi par le CNO le 19 mai (59 voix contre 40).</p>
<p style="text-align: justify;">Le 26 avril 1980, le Canada, dans un premier temps favorable à la participation, se rétracte et décide de ne pas se rendre en URSS (par un vote du CNO, 137 voix pour contre 35).</p>
<p style="text-align: justify;">Aux États-Unis, l’USOC finit par céder aux pressions, et ses délégués réunis à Colorado Springs le 12 avril 1980, finissent par voter le boycott avec une large majorité (1604 voix pour, 797 contre et 2 abstentions).</p>
<p style="text-align: justify;">S’ensuit une pluie de forfaits, avec notamment celui de la Chine Populaire, qui confirme la crise des rapports sino-soviétiques, Israël qui renonce le 22 mai, le Japon le 24…</p>
<p style="text-align: justify;">Finalement, soixante-deux pays prennent position en faveur du boycott. A l’initiative de la France, dix-neuf CNO européens se réunissent à Rome le 3 mai, et posent des conditions à leur engagement : ils exigent qu’il n’y ait pour eux « ni drapeaux, ni hymnes nationaux, ni uniformes, ni discours politiques, et refusent de participer à des manifestations qui ne sont pas strictement sportives afin d’éviter de cautionner la politique ou l’idéologie du pays hôte »12.</p>
<p style="text-align: justify;">Brejnev, sentant le péril fondre sur « ses » Jeux, reçoit Killanin au Kremlin le 7 mai, et fait d’importantes concessions en acceptant notamment cette « dépolitisation » souhaitée par l’Europe de l’Ouest.</p>
<p style="text-align: justify;">En fin de compte, les Jeux olympiques se tiennent bien à Moscou du 19 juillet au 3 août 1980, regroupant quatre-vingt nations. Malgré le boycott, ils sont une réussite pour le Kremlin, qui les transforme en une vitrine du régime. On assiste à un déchaînement de chauvinisme, la ville est bouclée, les effectifs de la milice quadruplés et les dissidents épurés. Les athlètes soviétiques triomphant dans un stade Lénine couvert de rouge, sont le symbole de la grandeur du communisme. L’URSS et les démocraties populaires remportent tout sur leur passage13, confirmant leur suprématie sur le terrain olympique. Mais les anneaux se sont une nouvelle fois désunis, et la prochaine olympiade, qui doit se tenir à Los Angeles en 1984, inspire d&#8217;ores et déjà les plus grandes craintes…</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Notes</span></p>
<p>1- Jérôme Gygax, « Entre enjeux internationaux et nationaux – Le boycott américain des Jeux de Moscou (1980) » in Pierre Milza (dir,), <em>Le pouvoir des anneaux : les Jeux olympiques à la lumière de la politique : 1896-2004</em>, Paris, Vuibert, 2004, p. 275.</p>
<p>2- Pour plus de détails voir <em>Le Matin</em>, 22 janvier 1980.</p>
<p>3- Alain Lunzenfichter, <em>Athènes 1896 – Pékin 2008 : choix épiques des villes olympiques</em>, Anglet, Atlantica, 2002, p. 149.</p>
<p>4- Jérôme Gygax, <em>op. cit.</em>, p, 280.</p>
<p>5- <em>Ibid</em>.</p>
<p>6- <em>Ibid</em>.</p>
<p>7- Voir David Miller, <em>La révolution olympique : portrait de Juan Antonio Samaranch</em>, Paris, Payot, 1993, p. 131 et Henri Charpentier et Alain Billouin, <em>Périls sur les Jeux olympiques : trop vite, trop haut, trop fort ?</em>, Chartres, Le cherche midi, 2004, p. 67.</p>
<p>8- David Miller, <em>op.cit.</em>, p, 131.</p>
<p>9- Jérôme Gygax, <em>op. cit.</em>, p. 280.</p>
<p>10- Henri Charpentier et Alain Billouin, <em>op. cit.</em>, p. 68.</p>
<p>11- Jérôme Gygax, <em>op. cit.</em>, p. 291.</p>
<p>12- Henri Charpentier et Alain Billouin, <em>op. cit.</em>, p. 68.</p>
<p>13- Voir James Riordan, <em>Sports, politics and communism</em>, Manchester, Manchester University Press, 1991, p. 67.</p>
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		<title>La France face aux Jeux de Berlin &#8211; 1936 (Partie 4)</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Mar 2009 16:26:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les Jeux olympiques de Berlin et le bilan vu de France
.Les Jeux d’hiver de Garmisch-Partenkirchen, qui se déroulent au mois de février 1936, font office de répétition générale avant Berlin. Un soin particulier est apporté à l’organisation, tout est mis en œuvre pour donner aux visiteurs et médias étrangers une bonne image de l’Allemagne. L’entreprise [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4>Les Jeux olympiques de Berlin et le bilan vu de France</h4>
<p style="text-align: justify;"><em><span style="color: #ffffff;">.</span></em>Les Jeux d’hiver de Garmisch-Partenkirchen, qui se déroulent au mois de février 1936, font office de répétition générale avant Berlin. Un soin particulier est apporté à l’organisation, tout est mis en œuvre pour donner aux visiteurs et médias étrangers une bonne image de l’Allemagne. L’entreprise est une réussite totale, le CIO s’en félicite.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-151" title="berlin364" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/berlin364-300x205.jpg" alt="berlin364" width="300" height="205" />En juillet 1936, deux événements renforcent l’influence du fascisme en Europe occidentale. Le 19 juillet, on assiste au coup de force de Dantzig, ainsi qu’au déclenchement de la guerre civile espagnole, qui condamne les Jeux populaires de Barcelone. L’axe fasciste européen est alors consacré. Les démocraties ne réagissent pas, et le gouvernement de Blum, à contre-cœur, et dans une volonté de temporisation, n’apporte pas son soutien à la république espagnole. Cette frilosité a pour conséquence de conforter les nazis dans leurs certitudes, à quelques jours du commencement des épreuves.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_150" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-150" title="berlin363" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/berlin363-300x198.jpg" alt="Hitler lors de la cérémonie d'ouverture" width="300" height="198" /><p class="wp-caption-text">Hitler lors de la cérémonie d&#39;ouverture</p></div>
<p style="text-align: justify;">Le 31 juillet à Berlin sont déclarés ouverts les Jeux olympiques de la XIè olympiade. A cette occasion, une vaste entreprise de camouflage est mise en œuvre par les dignitaires allemands. Concernant les questions relatives à l’antisémitisme, le hockeyeur Rudi Ball et l’escrimeuse Helena Mayer, d’ascendance juive, sont autorisés à participer à la compétition, servant ainsi d’alibi. D’autre part, les panneaux et affiches antisémites disparaissent de la capitale, la parution des journaux à caractère judéophobe est interrompue durant la quinzaine, et demande est faite au tout Berlin d’éviter toute provocation envers les juifs: la ville doit se montrer sous son meilleur jour. Au niveau de l’organisation en elle-même, rien n’est laissé au hasard. Le service d’accueil est contrôlé par la police d’État, les équipes nationales sont réparties suivant des critères politiques, sont crées un service de contrôle et de censure, ainsi qu’un service de presse actif, éditant du matériel et des informations de propagande en plusieurs langues. Tous ces offices sont chapeautés par le comité de propagande de l’olympiade, dirigé par Goebbels, qui vise des objectifs de politique extérieure. Le but ultime est de présenter une Allemagne accueillante, aux intentions pacifiques, à la face du monde. C’est également un test grandeur nature pour le Reich, une manière de se comparer à ses hôtes, et de les impressionner. L’événement se déroule dans un cadre grandiose. Un stade de cent mille personnes, l’Olympia Stadion, est érigé au cœur de la capitale. Le cérémonial olympique est récupéré, et devient une ode à la gloire du régime national-socialiste, et de son führer: SS, croix gammées, chants et saluts nazis sont omniprésents durant la quinzaine. De plus, les Jeux sont filmés pour la première fois de leur histoire: l’œuvre de Leni Riefenstahl, « Les Dieux du stade », est un parfait exemple de propagande subliminale. Sur le terrain, on assiste au triomphe du sport allemand, le pays hôte terminant premier au tableau des médailles, avec 89 récompenses, dont 30 en or. Les États-Unis sont devancés au palmarès pour la première fois depuis la rénovation des Jeux&#8230; tout cela dans un déferlement de chauvinisme jamais vu auparavant. Seul le fabuleux exploit de Jesse Owens, qui rafle quatre titres, fait finalement un peu d’ombre au sombre dessein des nazis&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_152" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-152" title="berlin362" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/berlin362-300x204.jpg" alt="Berlin à l'heure des Jeux" width="300" height="204" /><p class="wp-caption-text">Berlin à l&#39;heure des Jeux</p></div>
<p style="text-align: justify;">A l’heure du bilan, le triomphe est total pour Hitler. L’olympiade lui permet de consolider sa position sur le plan extérieur, et d’affirmer la popularité du régime à l’intérieur des frontières. Les succès redonnent confiance et assurance au peuple germanique, lequel, après avoir supplanté ses concurrents sur le stade, entame désormais sa marche vers la guerre.</p>
<p style="text-align: justify;">La France, de son côté, revient des Jeux avec un bilan bien maigre. Elle termine à la sixième place au classement des médailles (sept en or, six en argent et six en bronze), ce qui peut apparaître, de prime abord, comme un résultat honorable. Pourtant, après les compétitions de Garmisch-Partenkirchen, au cours desquelles les représentants tricolores ne remportent qu’une seule médaille de bronze, le constat est affligeant: la France est désormais rentrée dans le rang, et pire, elle ne soutient plus la comparaison avec l’Allemagne, dont la progression est fulgurante. Si le COF et Massard se satisfont pleinement de ces résultats, si Coubertin est véritablement enthousiasmé par la tenue de ces Jeux, un réel malaise est perceptible au sein du pays, une fois la délégation de retour. En épluchant la presse, les commentaires sont impitoyables. Les journalistes n’hésitent pas à parler de « <em>débâcle française</em> », d’épreuves au cours desquelles les athlètes « <em>ont joué les rôles de figurants</em> ». Les responsables du sport hexagonal ne sont pas épargnés, <em>L’Auto</em> déclarant « <em>c‘est l’étroitesse de vue de nos dirigeants fédéraux qu‘il faut incriminer</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_153" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-153" title="goddet" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/goddet-300x216.jpg" alt="Jacques Goddet" width="300" height="216" /><p class="wp-caption-text">Jacques Goddet</p></div>
<p style="text-align: justify;">Mais au-delà du domaine strictement sportif, c’est au niveau de l’aspect idéologique de la manifestation que les critiques se font les plus vives. La volte-face de la rédaction de <em>L’Auto </em>est, à ce propos, éloquente. En effet, juste avant la cérémonie d’ouverture, Robert Perrier, qui n’avait pas hésité à encenser les Jeux de Garmisch, écrit: « <em>Ne nous laissons pas éblouir. Ne perdons pas de vue, une fois pour toutes, que l‘Allemagne considère les Jeux de 1936 comme la plus éclatante manifestation de son redressement national. [...] Ce ne sont pas les Jeux de Berlin&#8230; ce sont les Jeux du Reich</em> »1. Et une fois l’olympiade clôturée, le directeur du journal Jacques Goddet, rédige un véritable réquisitoire, dénonçant la perversion et l’instrumentalisation des idéaux olympiques par les nazis. Passé à la postérité, ce texte intitulé « <em>les Jeux défigurés</em> » demeure une référence historique incontournable, un témoignage poignant, sans concession, d’un homme qui a vécu l’événement « de l‘intérieur ». On peut notamment y lire: « <em>Ainsi, triomphe populaire, triomphe musculaire, les Jeux de Berlin semblent avoir servi merveilleusement la cause du sport. Hélas! Jamais encore le sport n‘y avait été aussi profondément défiguré! Nous quittons Berlin et sa pluie de drapeaux bouleversés et inquiets. On s‘est servi du sport. On ne l‘a pas servi. [...] Les Jeux olympiques sont devenus une foire destinée à montrer au monde entier la force de réalisation d‘un régime et la soumission d‘un peuple à un maître</em> »2. Dans un entretien réalisé en 1989, il renchérit: « <em>C‘est vrai que Berlin 36 marque un tournant. Pour la première fois, en Allemagne, j‘ai très nettement ressenti la volonté d‘un pays de récupérer politiquement les Jeux olympiques. Tout était fait, tout était dirigé pour favoriser la propagande nazie. Pour nous, naïvement, il était facile d‘imaginer qu‘Hitler voulait servir l‘idéal olympique, mais il nous a trompés. Il nous a manipulés. Ses objectifs étaient beaucoup plus sournois. Il s‘est servi des Jeux pour en faire un hymne à la gloire de son régime. Il a commis un crime contre les Jeux</em> »3. Ce retournement est symptomatique du traumatisme vécu par une frange de journalistes présents dans la capitale allemande. En revanche, une partie des quotidiens de droite et d’extrême-droite apparaissent admiratifs devant les méthodes germaniques, et enjoignent la France a les imiter. <em>Le Figaro</em> écrit à ce sujet: « <em>Jamais encore les États généraux du sport amateur n‘avaient été présentés d‘aussi prestigieuse et grandiose façon. Grâce en soit rendue aux Allemands. [...] Ainsi nos voisins auront bien travaillé à la fois pour le sport et pour leur propre propagande. C‘est là de l‘argent bien placé, on ne peut que les en féliciter</em> »4. <em>Candide </em>renchérit: « <em>Voici les Allemands devenus les premiers des peuples sportifs, la première race du monde. Éternelle Germanie immuable ! Elle est forte, ce qu’elle fait est grand. [...] Les nations à État autoritaire préparent les victoires sportives et les races fortes. Nous, nous préparons la guerre civile. On ne peut pas tout faire</em> »5. A gauche, on tente de prévenir ces dérives, ce détournement des Jeux qui permet de réaliser des parallèles avec le Reich. Le quotidien <em>Vendredi</em> met en garde: « <em>Ah ! Il nous faudrait un régime comme celui-ci pour enfin faire quelque chose! Il est probable qu‘à l‘heure actuelle, beaucoup de journaux français vous chantent plus ou moins cette antienne et profitent des Jeux olympiques pour faire une propagande plus ou moins ouverte au régime hitlérien</em> »6. Les discussions s’éternisent plus d’un mois après la clôture des Jeux, et posent les fondements du débat sur la mise en valeur et l’utilisation du sport au sein de la société française. Désormais consciente du retard croissant qu’elle accumule face aux pays totalitaires, la France va devoir désormais réfléchir aux moyens de combler ces lacunes.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_154" class="wp-caption alignleft" style="width: 250px"><img class="size-medium wp-image-154" title="owens" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/owens-240x300.jpg" alt="Jesse Owens" width="240" height="300" /><p class="wp-caption-text">Jesse Owens</p></div>
<p style="text-align: justify;">Il est convenu que les Jeux olympiques sont un fidèle reflet des rapports de force qui existent entre pays. Cette propension s’accroît inexorablement au cours des années trente, ainsi que le fait remarquer Jean Saint-Martin: « <em>A partir d‘idéologies et de projets politiques radicalement différents, l‘Europe rend effective la démocratisation de &#8216;l&#8217;arme&#8217; sportive afin de renchérir sur les choix entrepris au-delà de ses frontières et de faire briller les couleurs nationales. [...] Les idéologies politiques et les modèles politiques s‘affrontent sur un nouveau terrain: l‘enceinte sportive, où se joue désormais la déformation excessive du patriotisme</em> »7. De ce point de vue, les Jeux de Berlin consacrent un Reich gagnant sur tous les fronts, dévoilant au grand jour l’éclat d’une Allemagne hitlérienne nouvelle et puissante, mais également les faiblesses endémiques et alarmantes des démocraties, et de la France en particulier: cette dernière, incapable de s’imposer sur le plan diplomatique, est aussi battue en brèche sur le stade. Le sport, c’est la guerre par d’autres moyens, et à ce jeu, l’Allemagne fait figure de grand vainqueur. L’olympiade est une abdication de plus de la part des démocraties, trouvant parfaitement sa place dans le processus d’escalade qui doit aboutir au second conflit mondial. L’arène sportive ne ment pas: l’attitude d’une France timorée, mal préparée voire apathique, prend la forme d’un prélude à la débâcle militaire de 1940. Le commentaire de l’historien américain Eugen Weber à ce sujet est sans équivoque: « <em>Les hommes ne sont pas les jouets de l‘histoire &#8211; jouets des flux, des courants, des lois qu‘ils ne peuvent changer. Ils sont des sujets responsables: des acteurs qui écrivent et réécrivent leur scénario en passant d‘une décision à l‘autre ou qui, en ne décidant pas, l‘abandonnent à d‘autres. [...] Les Français des années trente ne voulaient pas, ne pouvaient pas décider. Ils ont laissé les autres forger leur destin et on dû payer le prix de cette abdication </em>»8.</p>
<p style="text-align: justify;">Les Jeux de la XIIè olympiade sont prévus pour 1940 au pays du soleil levant, à Tokyo. Le second conflit mondial éclatant à l’été 1939, ils ne peuvent avoir lieu. La prise des armes aux quatre coins de la planète entraîne une rupture de la trève olympique, qui dure douze longues années: la flamme ne renaîtra en effet qu’en 1948, à Londres&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Notes</span></p>
<p style="text-align: justify;">1- <em>L’Auto</em>, 31 juillet 1936.</p>
<p style="text-align: justify;">2- <em>L’Auto</em>, 17 août 1936.</p>
<p style="text-align: justify;">3- «Entretien avec Jacques Goddet» in Fabrice Abgrall et François Thomazeau,  <em>1936 &#8211; La France à l’épreuve des Jeux Olympiques de Berlin</em>, Paris, Alvik, 2006, pp. 277-278.</p>
<p style="text-align: justify;">4- <em>Le Figaro</em>, 17 août 1936.</p>
<p style="text-align: justify;">5- <em>Candide</em>, 20 août 1936.</p>
<p style="text-align: justify;">6- <em>Vendredi</em>, 7 août 1936.</p>
<p style="text-align: justify;">7- Jean Saint-Martin, « Sport, nationalismes et propagande (1918-1939 », in Philippe Tétart (dir.), <em>Histoire du sport en France du second Empire au régime de Vichy</em>, Paris, Vuibert, p. 207.</p>
<p style="text-align: justify;">8- Eugen Weber, <em>Hollow years, France in the 1930s</em>, New York, W. Norton and Co, 1995, p. 6.</p>
<p><!-- ISI_LISTEN_STOP_1 --></p>
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		<title>La France face aux Jeux de Berlin &#8211; 1936 (Partie 3)</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Mar 2009 15:25:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La polémique berlinoise dans le milieu sportif et l’opinion publique
La question olympique est également le centre de toutes les attentions au sein du milieu sportif français. La position de Léo Lagrange a déjà été évoquée, le sous-secrétaire d’État se trouvant contraint, malgré son aversion pour l’instrumentalisation nazie du sport, d’opter pour une ligne de conduite [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4>La polémique berlinoise dans le milieu sportif et l’opinion publique</h4>
<p style="text-align: justify;">La question olympique est également le centre de toutes les attentions au sein du milieu sportif français. La position de Léo Lagrange a déjà été évoquée, le sous-secrétaire d’État se trouvant contraint, malgré son aversion pour l’instrumentalisation nazie du sport, d’opter pour une ligne de conduite relativement neutre, même s’il favorise en coulisses l’envoi d’une délégation en Catalogne.</p>
<p style="text-align: justify;">En ce qui concerne l’instance dirigeante du mouvement sportif hexagonal, à savoir le Comité olympique français (COF), on milite activement pour la participation tricolore à Berlin. Son président depuis 1933, Armand Massard, est l’un des plus ardents défenseurs de cette cause dans le débat qui a cours. L’argument qu’il réitère sans cesse, et qui devient au fil du temps son credo, est celui de l’apolitisme sportif. En effet, pour lui, le sport doit rester à l’écart de la sphère politique: dès lors, étant donné que ce ne sont ni les nations, ni les villes qui invitent aux Jeux olympiques (comme il est convenu dans la Charte olympique), mais le CIO, la décision de se rendre ou non à Berlin revient au COF, et les milieux politiques n’ont pas à intervenir dans cette affaire: « <em>Ce n’est que le Comité International Olympique, aux destinées duquel préside le comte belge Baillet-Latour, qui pourrait devant un fait sans précédent, prendre une sanction d’annulation ou de remise &#8211; sans précédent </em>»1, déclare-t-il en mars 1936. Cette thèse trouve un écho largement favorable dans le monde sportif. Lorsque la Chambre accepte de voter les crédits pour Barcelone, en retranchant une partie des fonds initialement alloués au déplacement outre-Rhin, Massard s’élève avec virulence contre cette résolution, n’hésitant pas à accuser le gouvernement de « <em>mettre des bâtons dans les roues olympiq</em>ues ». Derrière son apolitisme de façade, il s’engage dans cette bataille sur le terrain même de la politique (notons qu’il est membre de droite du Conseil de Paris), son attitude revêtant dès lors, une certaine ambiguïté&#8230;<br />
<span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl id="attachment_141" class="wp-caption alignright" style="width: 310px;">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-medium wp-image-141" title="lapebie" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/lapebie-300x154.jpg" alt="Guy Lapébie, médaillé d'argent sur 100 kms à Berlin" width="300" height="154" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Guy Lapébie, médaillé d&#8217;argent sur 100 kms à Berlin</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">Les sportifs, de leur côté, restent complètement hors du débat. A l’image d’une France revigorée par le Front Populaire (qui suscite beaucoup d’espoir dans les milieux modestes), profondément attachée au pacifisme, quelque peu «naïve», ne voulant en tout cas pas se rendre compte de l’imminence d’un nouveau conflit, les athlètes ne se préoccupent pas réellement de ce qui se passe chez le voisin allemand. Ils se concentrent uniquement sur le sportif, et sont fiers de représenter leur nation aux Jeux. Les propos du double champion olympique de cyclisme, Guy Lapébie, extraits d’un entretien réalisé à Bordeaux en 2005, sont à ce titre, particulièrement éloquents. A la question: « <em>l’idée de vous rendre à Berlin, dans l’Allemagne nazie, dans l’Allemagne de Hitler vous a t-elle dérangé ?</em> », il répond: « <em>Non. Comme les autres d‘ailleurs. D‘abord, parce que personne ne faisait de politique. On ne faisait que du sport et on ne pensait qu‘à ça. Nous n‘avions qu‘un seul but: être sélectionné pour aller aux Jeux de Berlin </em>»2. Plus loin, il déclare même ne pas avoir entendu parler des campagnes de boycott, et précise bien qu’il « <em>ne savait pas vraiment ce qui se passait en Allemagne et toutes les atrocités qui étaient commises</em> »3. Ce discours, dont les fondements sont repris par nombre d’athlètes dans leurs témoignages post-olympiade, est un leitmotiv pour les sélectionnés français.<br />
<span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl id="attachment_142" class="wp-caption alignleft" style="width: 237px;">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-medium wp-image-142" title="coubertin" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/coubertin-227x300.jpg" alt="Pierre de Coubertin" width="227" height="300" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Pierre de Coubertin</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">Enfin, des figures françaises qui font exemple d’autorité morale dans le champ sportif, apportent elles aussi leur caution aux Jeux du Reich. Pierre de Coubertin semble se voiler la face, et faire même preuve d’un aveuglement admiratif des organisateurs germaniques, qui fournissent des efforts inouïs afin de donner aux Jeux un faste sans précédent. Pour lui, la fin, à savoir la réussite grandiose de l’olympiade berlinoise, justifie amplement les moyens mis en œuvre, et la ferveur nationaliste qui en découle. En août 1936, il parle ainsi de l’événement en ces termes: « <em>Quoi ? Les Jeux défigurés ? L’idée olympique sacrifiée à la propagande ? C’est entièrement faux! La grandiose réussite des Jeux de Berlin a magnifiquement servi l’idéal olympique. [...] Il faut laisser s’épanouir librement l’idée olympique, et savoir ne craindre ni la passion, ni l’excès que créent la fièvre et l’enthousiasme nécessaires. [...] Il est bon que chaque nation, dans le monde, tienne à l’honneur d’accueillir les Jeux et de les célébrer à sa manière, selon son imagination et ses moyens. On s’inquiète en France de ce que les Jeux de 1936 ont été éclairés par la force de la discipline hitlérienne. Comment pouvait-il en être autrement? Il est éminemment souhaitable, au contraire, que les Jeux entrent ainsi, avec ce bonheur, dans le vêtement que chaque peuple tisse pendant quatre ans à leur intention</em> »4.<br />
<span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;">Dans le même ordre d’idée, le marquis Melchior de Polignac, membre français du CIO depuis 1911, fait preuve d’une auto-persuasion sans retenue. Il répond ainsi dans le quotidien <em>L’Auto</em> en 1935, aux appréhensions concernant l’antisémitisme des nazis, qui menace, de fait, les Jeux: « <em>Le CIO possède dans ses archives une lettre signée par Hitler par laquelle le Führer allemand déclare que les non-aryens bénéficieront, lors des Jeux olympiques de 1936, des mêmes prérogatives que les purs aryens. Il s’agit là d’un engagement formel. Tellement formel qu’à nos yeux, il permet de considérer la question aryenne comme résolue </em>»5.</p>
<p style="text-align: justify;">Seule la FSGT (Fédération Sportive et Gymnique du Travail) d’Auguste Delaune, s’affiche en faveur du boycott. A l’image du parti communiste, en se rendant compte que la tâche devient de plus en plus compliquée, elle s’engage massivement derrière les olympiades populaires de Barcelone. Elle négocie alors avec Lagrange pour obtenir les crédits nécessaires au déplacement, tout en continuant de dénigrer, notamment au travers de la presse de gauche, les Jeux nazis.</p>
<p style="text-align: justify;">En troisième lieu, le débat sur les Jeux est tumultueux au sein de l’opinion française: ceci est particulièrement observable au travers de la presse, où les clivages sont marqués. Une âpre polémique prend forme, dans un premier temps, à l’instigation de la presse sportive. Le quotidien de référence en la matière, <em>L’Auto</em>, est réputé pour son apolitisme. Pourtant, à l’approche des Jeux, et au milieu de la campagne de boycott qui alimente les discussions, il prend fait et cause pour Berlin. Après avoir encensé les Jeux d’hiver de Garmisch-Partenkirchen, le journal de Jacques Goddet s’inscrit dans la controverse en tant que défenseur de l’olympisme, et de la nécessaire neutralité du sport. Dans son sillage, il entraîne des organes comme <em>Le Jour, Excelsior, L’Echo de Paris, Paris-Soir, Candide, </em>et surtout <em>Le Figaro</em>. Pour leur faire face, le clan de l’opposition aux Jeux est emmené par <em>Le  Sport</em>, hebdomadaire de la FSGT, proche des valeurs communistes, qui dénonce le détournement des valeurs olympiques. Le journal est le premier, le 14 août 1935, à évoquer le boycottage des Jeux nazis: « <em>Pas un sou, pas un homme pour les Jeux olympiques de Berlin: tel est le mot d‘ordre autour duquel doivent se réunir tous les sportifs et tous ceux qui entendre rétablir les libertés violées et supprimées dans les pays fascistes</em> »6. Après les Jeux de Garmisch, le quotidien reçoit l’appui d’une grande majorité de la presse de gauche, notamment celui des journaux <em>Le Populaire, L’Oeuvre, Vendredi, Marianne</em>, et bien entendu <em>L’Humanité</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette polémique, il est intéressant de constater que l’affaire des Jeux dépassent le cadre purement sportif: les clivages qui s’opèrent sur une question dont les racines apolitiques sont bien souvent mises en avant, recoupent en effet les différences d’opinion, voire les tendances des quotidiens protagonistes. Quelle part d’opportunisme politique doit-on dès lors y déceler? Il semble que la presse de droite défend massivement la participation aux Jeux, alors que celle de gauche lutte farouchement contre ces derniers&#8230; Il devient dès lors difficile de croire à la neutralité affichée, qui résiste mal à l’analyse. C’est en particulier le cas de <em>L’Auto</em>, qui a toujours entretenu des liens très étroits avec la politique: un homme, Marcel Oger, est le trait d’union entre le journal et les politiciens; il est chargé officieusement de négocier avec les dirigeants du pays la ligne éditoriale du quotidien.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.<br />
</span>Une fois les crédits votés, le débat ne prend pas fin, au contraire : <em>L’Humanité</em> accuse <em>L’Auto</em> de complaisance avec le régime nazi, alors que ce dernier devient la tribune des «pro-Jeux». Elle dure jusqu’à l’ouverture de la manifestation, le 31 juillet 1936.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.<br />
.</span><br />
<span style="text-decoration: underline;">Notes</span></p>
<p style="text-align: justify;">1- <em>L’intransigeant</em>, 13 mars 1936.</p>
<p style="text-align: justify;">2- «Entretien avec Guy Lapébie», in Fabrice Abgrall et François Thomazeau, <em>1936 &#8211; La France à l’épreuve des Jeux Olympiques de Berlin</em>, Paris, Alvik, 2006, p. 186.</p>
<p style="text-align: justify;">3- <em>Ibid</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">4- <em>Le Journal</em>, 24 août 1936.</p>
<p style="text-align: justify;">5- Fabrice Abgrall et François Thomazeau, <em>op. cit.</em>, p. 162.</p>
<p style="text-align: justify;">6- <em>Le Sport</em>, 14 août 1935</p>
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		<title>La France face aux Jeux de Berlin &#8211; 1936 (Partie 2)</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Mar 2009 15:02:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le débat sur la participation aux Jeux de Berlin dans le monde et au sein du milieu politique français
.

La campagne de boycott, esquissée de manière parcimonieuse au sein de foyers peu influents, prend de l’ampleur à l’instigation de la presse américaine, qui dénonce l’olympiade berlinoise dès 1933. Au mois de juin, la puissante AUU (Amateur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4>Le débat sur la participation aux Jeux de Berlin dans le monde et au sein du milieu politique français</h4>
<p><span style="color: #ffffff;">.<br />
</span></p>
<div id="attachment_128" class="wp-caption alignright" style="width: 249px"><img class="size-medium wp-image-128" title="brundage1" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/brundage1-239x300.jpg" alt="Brundage en visite à Berlin en 1934" width="239" height="300" /><p class="wp-caption-text">Brundage en visite à Berlin en 1934</p></div>
<p style="text-align: justify;">La campagne de boycott, esquissée de manière parcimonieuse au sein de foyers peu influents, prend de l’ampleur à l’instigation de la presse américaine, qui dénonce l’olympiade berlinoise dès 1933. Au mois de juin, la puissante AUU (Amateur Athletic Union of the United States) adopte une résolution en faveur du boycott des Jeux nazis. Cette mesure est globalement le reflet de l’opinion publique américaine et internationale à ce moment, peu réceptives aux promesses allemandes. Pourtant, après une commission d’enquête menée par Avery Brundage (président de l’AOC, Cominté olympique américain), qui s’apparente plus à une parodie qu’à autre chose (il se rend en personne et seul outre-Rhin pour s’assurer que les Allemands respectent bien le règlement olympique, ces derniers ayant dès lors tout loisir de ne lui dévoiler que ce qu’ils veulent bien montrer&#8230;), l’AOC décide, le 26 septembre 1934, d’accepter l’invitation berlinoise. L’année 1935 est marquée par un regain de vigueur de la campagne de boycott, notamment à la suite de la promulgation des lois de Nuremberg. Les médias, des personnalités et des intellectuels montent en première ligne, alors que les syndicats et la jeunesse américaine s’impliquent eux aussi énergiquement. Rien n’y fait, l’influence de Brundage, conservateur favorable à la participation, fait pencher la balance: en décembre 1935, l’AAU entérine finalement la décision de se rendre en Allemagne.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl id="attachment_129" class="wp-caption alignleft" style="width: 213px;">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-medium wp-image-129" title="barcelone361" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/barcelone361-203x300.jpg" alt="Affiche des Jeux populaires de Barcelone" width="203" height="300" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Affiche des Jeux populaires de Barcelone</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">Hors du pays de l’Oncle Sam, la croisade est essentiellement l’œuvre des forces ouvrières (les associations sportives, au nom de l’apolitisme, restant elles à l’écart du débat). Le monde du prolétariat se mobilise, et l’on assiste dans de nombreux pays, à la création de divers comités prônant la défense des droits de l’homme, de l’idée olympique, avec comme leitmotiv, la protestation contre les Jeux allemands. Une activité particulièrement importante est décelable en Tchécoslovaquie, où est prévue l’organisation d’une olympiade populaire à Prague, du 1er au 9 août 1936, ainsi qu’en Espagne, où le mouvement de boycott trouve un souffle nouveau avec l’élection du <em>Frente Popular</em>, en février 1936. Au mois d’avril à Barcelone a lieu une grande manifestation, au cours de laquelle les participants expriment haut et fort leur aversion pour les J.O. de Berlin. Cette rencontre sonne, d’autre part, comme un prélude aux olympiades populaires qui doivent se tenir à Barcelone à partir du 19 juillet, sous la présidence du gouvernement de Catalogne.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces revendications sont appuyées par des prises de position à titre personnel, émanant notamment d’intellectuels anti-fascistes, tels Heinrich Mann &#8211; en particulier dans son discours <em>Les sportifs olympiques, gladiateurs de Hitler</em>, qui a un impact notable dans la mobilisation en faveur du boycott-, ainsi que l’explorateur et écrivain danois Peter Freuchen, d’artistes, comme le sculpteur tchèque Jakub Obrowsky, et de quelques sportifs, dont la Néerlandaise Tollien Schuurmann, ou l’Autrichienne Julie Deutsch (cette dernière refusera de prendre part aux compétitions).</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;">En France, la polémique sur les Jeux prend de l’envergure assez tardivement, du moins plusieurs mois après la controverse qui a cours outre-Alantique. Elle prend forme au sein de trois secteurs particuliers de la société: le politique, le sportif, et l’opinion publique, dont le révélateur prédominant est la presse.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl id="attachment_130" class="wp-caption alignright" style="width: 310px;">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-medium wp-image-130" title="blum1" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/blum1-300x199.jpg" alt="Léon Blum lors de la victoire du Front Populaire en 1936" width="300" height="199" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Léon Blum lors de la victoire du Front Populaire en 1936</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">Au niveau politique, la campagne contre la manifestation olympique est, dans un premier temps, le fait de l’opposition de gauche. Le 17 décembre 1935, le député socialiste Jean Longuet est le premier à faire entendre sa voix. Il propose devant l’Assemblée un amendement demandant la suppression de la subvention allouée à la participation de l’équipe nationale, ainsi que le refus de concourir dans la capitale du Reich. Son réquisitoire est virulent, mais il n’est finalement pas suivi par la Chambre. Pour autant, cette intervention lance indubitablement le débat au sein de l’hexagone. En mai 1936, la victoire électorale du Front Populaire repose sur le devant de la scène la question de la participation. L’arrivée au pouvoir d’une coalition de gauche, fondamentalement opposée à l’hitlérisme, relance les espoirs des détracteurs des Jeux nazis. Pourtant, il apparaît que le gouvernement de Léon Blum est à la fois passif et indécis dans cette affaire, et adopte une position que l’on peut qualifier d’intermédiaire. Soucieux de préserver ses alliés, en particulier les communistes (qui mènent une campagne caustique contre les Jeux allemands et militent dans le même temps pour l’olympiade populaire de Barcelone), ainsi que ses ennemis de droite (qui ont entre leurs mains les clés du mouvement sportif, et sont donc majoritairement en faveur de la participation), il propose un projet de loi, qui ressemble à un compromis de circonstance: « <em>Le gouvernement n’a pas fait opposition à la participation de la France aux Jeux olympiques. Et il a autorisé notre pays à participer aux Jeux populaires de Barcelone. En conséquence, deux projets de loi seront déposés par ses soins sur le bureau de la Chambre, l’un demandant le vote d’un crédit d’un million pour les Jeux de Berlin, l’autre de six cent mille francs pour les Jeux de Barcelone</em> »1. Il semble que le Front Populaire souhaite contenter tout le monde, en permettant d’un côté au mouvement sportif français d’être présent en Allemagne, alors que dans le même temps les partisans des Jeux catalans se voient octroyer une aide financière (retranchée à la subvention initialement prévue pour Berlin) leur permettant de dépêcher une délégation en Espagne. Le débat parlementaire a lieu le 9 juillet, et prend la forme d’une joute de pure forme. Le gouvernement, représenté par le sous-secrétaire d’État aux loisirs et aux sports Léo Lagrange, reste hors de la polémique. Le député communiste Florimond Bonte défend les couleurs des opposants aux Jeux, auquel répond le radical François Piétri, qui milite pour le principe d’une décision prise au nom de l’apolitisme. Au final, les crédits sont votés sans surprise à une écrasante majorité, par 521 voix à 1. Seul un jeune élu radical, Pierre Mendès France, s’exprime contre. Les communistes, de leur côté, s’abstiennent, voulant éviter de voir la motion concernant les crédits barcelonais être bloquée.</p>
<p style="text-align: justify;">Quelles hypothèses pouvons-nous apporter sur l’attitude résolument louvoyante arborée par le Front Populaire dans cette controverse?</p>
<p style="text-align: justify;">Dans une Europe qui commence à être tourmentée par la montée des totalitarismes en ce milieu des années 1930, il serait aisé de penser que la question olympique ne soit pas traitée en tant que priorité, au milieu de l’abondance de dossiers qui s’amoncèlent sur le bureau de Léon Blum. Pourtant, il apparaît que le chapitre des Jeux occupe une place bien plus qu’anecdotique dans la diplomatie française à cette époque, ainsi que le fait remarquer Jean-Baptiste Duroselle: «<em> Cette affaire des Jeux olympiques n’est superficielle qu’en apparence. Elle atteint en effet un public infiniment plus vaste que les diverses actions, même ouvertes, de la diplomatie </em>»2 . Il ressort que la thématique olympique entre dans une stratégie à plus large échelle, où le gouvernement français semble être victime de ses propres contradictions.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans un premier temps, il est clair que le Front Populaire ne souhaite pas porter un coup au mouvement sportif, dont le couronnement est l’olympisme. A l’image du sous-secrétaire d’État aux loisirs et aux sports, Léo Lagrange, il ambitionne de démilitariser le sport, et refuse dès lors d’incorporer ce dernier au sein d’une diplomatie d’État. Les hommes de gauche sont de plus, profondément attachés aux idéaux de Coubertin, capables de rassembler les hommes autour d’un concensus positif: l’idée internationale de paix.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl id="attachment_131" class="wp-caption alignleft" style="width: 237px;">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-medium wp-image-131" title="lagrange1" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/lagrange1-227x300.jpg" alt="Léo Lagrange" width="227" height="300" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Léo Lagrange</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">D’autre part, l’olympisme jouit d’une grande popularité auprès de l’opinion publique: l’on décèle là une volonté évidente de ne pas froisser les masses, notamment populaires. A ce titre, l’attitude de Léo Lagrange est particulièrement révélatrice. Indiscutablement opposé aux Jeux du Reich, il est néanmoins conscient des risques d’éclatement du rassemblement populaire. N’ayant pas les moyens d’endiguer la vague qui conduira la France outre-Rhin, il déploie une farouche volonté pour permettre au pays de se rendre aux <em>olympiadias populares</em>: « <em>faute de pouvoir s’opposer à l’envoi des sportifs français à Berlin, Léo Lagrange engage la France à fond dans une participation à ces contre-Jeux de Barcelone</em> »3.</p>
<p style="text-align: justify;">En dernier lieu, et il s’agit là sans aucun doute du principal facteur explicatif, l’affaire olympique est la première grande décision internationale du gouvernement Blum. Lui et son parti sont profondément attachés à la paix, et veulent adapter leurs prises de position en matière de <em>Realpolitik</em> à cette fin. A l’aube de l’été 1936, il affleure que le Front Populaire soit tenté par un rapprochement, au moins momentané, avec l’Allemagne hitlérienne. L’ambassadeur de France outre-Rhin, André François-Poncet, semble jouer un rôle particulièrement influent dans cette résolution. Il est en effet persuadé qu’une participation des athlètes tricolores à Berlin est indispensable, car selon lui, les Jeux olympiques vont renforcer les efforts de paix en Europe. Il déclare ainsi aux journalistes de <em>L‘Auto</em>: « <em>Je ne puis vous dire qu’une chose, c’est que j’ai tout fait pour que la France soit représentée aux Jeux de Berlin. J‘attends maintenant en vrai sportif une décision de mon gouvernement</em> »4. Et il invite, en coulisses, sa hiérarchie à prendre position en faveur des Jeux, afin de ne pas provoquer de rupture avec l’ogre allemand. Car, comme le fait remarquer à juste titre Jean-Marie Brohm, « <em>soucieux de préserver la paix, le gouvernement de Léon Blum ne peut pas déclarer la guerre olympique</em> »5.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;">La France, en choisissant de se rendre dans la capitale du Reich pour l’olympiade, ménage l’Allemagne, mais cela au prix d’un attentisme dangereux. En effet, il apparaît que cette résolution entre dans le terrible engrenage des reculades, qui trouve son point d’orgue à Munich en 1938: après l’affaire éthiopienne (dans laquelle l’Italie de Mussolini est impliquée), la remilitarisation de la Rhénanie en mars 1936, la participation aux Jeux nazis s’intègre dans une série de décisions démontrant l’impossibilité pour la France, et à plus large échelle pour les démocraties, de faire front contre les totalitarismes (l’apathie de la société des nations dans les affaires précédemment évoquées est à ce titre, éloquente). Après les États-Unis, l’aval de la France aux Jeux est le dernier succès qui manquait au Reich pour exploiter ces derniers.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Notes</span></p>
<p style="text-align: justify;">1- <em>L’Auto</em>, 20 juin 1936.</p>
<p style="text-align: justify;">2- Jean-Baptiste Duroselle, <em>Politique étrangère de la France. La décadence, 1932-1939</em>, Paris, Seuil, 1979, p. 185.</p>
<p style="text-align: justify;">3- Fabrice Abgrall et François Thomazeau, <em>1936 &#8211; La France à l’épreuve des Jeux Olympiques de Berlin</em>, Paris, Alvik, 2006, p. 48.</p>
<p style="text-align: justify;">4- <em>L’Auto</em>, 19 juin 1936.</p>
<p style="text-align: justify;">5- Jean-Marie Brohm, <em>1936 &#8211; Jeux Olympiques à Berlin</em>, Bruxelles, Editions Complexe, 1983, p. 88.</p>
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		<title>La France face aux Jeux de Berlin &#8211; 1936 (partie 1)</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Mar 2009 14:25:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
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Plus d’un siècle après avoir été restaurés à l’initiative de l’utopiste baron français Pierre de Coubertin, les Jeux olympiques, manifestation universelle par excellence, ont définitivement perdu leur label de « jeu ». Les intrications qu’ils entretiennent avec la politique, les enjeux qu’ils impliquent, les passions qu’ils déchaînent, l’intérêt majeur qu’ils représentent pour les états qui, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="aligncenter size-full wp-image-116" title="berlin361" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/berlin361.jpg" alt="berlin361" width="174" height="269" /></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Plus d’un siècle après avoir été restaurés à l’initiative de l’utopiste baron français Pierre de Coubertin, les Jeux olympiques, manifestation universelle par excellence, ont définitivement perdu leur label de « jeu ». Les intrications qu’ils entretiennent avec la politique, les enjeux qu’ils impliquent, les passions qu’ils déchaînent, l’intérêt majeur qu’ils représentent pour les états qui, depuis des âges reculés, ont toujours été soucieux de se comparer à leurs voisins, prompts à affirmer leur supériorité, ont fini par consommer leur vocation originelle. Instrumentalisés sans relâche par des nations, des gouvernements, des groupes, tout au long d’un XXè siècle au cours duquel les termes « universalité » et « globalisation » ont pris leur véritable sens, ils sont peu à peu passés d’un statut ludique à celui d’acteur à part entière de l’inextricable monde des relations internationales. A la veille des Jeux de Pékin, l’intense campagne de boycott menée contre ces derniers est là, une nouvelle fois, pour nous le rappeler vertement.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Lorsqu’est évoquée une instrumentalisation politique des anneaux, une date vient immédiatement à l’esprit, et fait office de référence dans les manuels d’histoire : 1936, et les Jeux organisés à Berlin, sous l’égide du IIIè Reich. Si la genèse de l’olympisme moderne est pervertie, dès le départ, par les intrications politiques qu’il génère, la fascisation du sport au tournant des années 1930, et l’exploitation de ce dernier par les régimes totalitaires, font qu’un nouveau cap est franchi. Car désormais, en matière de sport, la question de la position à prendre dans le manège tourmenté de la géopolitique internationale « <em>s‘avère primordiale et permanente</em> »1.</p>
<p style="text-align: justify;">Il nous a ainsi paru intéressant de revenir en détail sur ces Jeux nazis, et de mettre en lumière l’attitude de la France qui, de la campagne de boycott à la participation, joue un rôle majeur dans le succès du dessein d’Hitler, et se trouve être un des révélateurs dans les déséquilibres qui vont conduire au second conflit mondial.<br />
<span style="color: #ffffff;">.<br />
</span></p>
<h4 style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;"><em> </em></span>L’investiture conférée à l’Allemagne</h4>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;"> </span>Au prime abord, nous pouvons nous demander comment l’organisation d’une manifestation comme les Jeux olympiques, vouée à célébrer la paix entre les peuples, a pu ainsi échoir entre les mains d’un régime totalitaire. Plusieurs raisons peuvent être avancées pour tenter d’expliquer ce qui apparaît, à première vue, comme une aberration.</p>
<p style="text-align: justify;">Jusqu’au début des années 1930, les relations entre l’Allemagne et le monde des anneaux sont pour le moins chaotiques. Après des premiers pas hésitants sur le stade, les Allemands décident de s’investir plus généreusement dans l’aventure olympique. Ils font ainsi acte de candidature, et Berlin est retenue pour les Jeux de 1916. Mais l’événement se trouve annulé en raison de la guerre : les vaincus sont exclus du mouvement olympique, et se voient priver des compétitions d’Anvers en 1920, et de Paris en 1924. Le sport continue cependant son développement dans le pays, réputé pour son ancienne tradition sportive, cultivée depuis Bismarck, en passant par Guillaume II et la République de Weimar. Un homme, Theodor Lewald, qui avait pris une part active lors de la candidature de 1916, rêve toujours de voir sa patrie héberger la grande manifestation quadriennale. Il parvient à se faire élire au sein du comité exécutif du CIO en 1926 (sur proposition de Coubertin), et s’attèle dès cet instant à monter un nouveau projet. Celui-ci reçoit un très bon écho auprès de l’instance suprême &#8211; séduit par la capacité d’organisation et la rigeur germaniques -, qui décide finalement d’attribuer les Jeux à la capitale allemande lors de la session de Lausanne, le 13 mai 1931. Lewald intervient auprès des milieux capitalistes du pays, et les convainc des bénéfices qu’ils peuvent retirer des Jeux. Puis, après avoir obtenu l’accord d’Hitler, il met sur pied, en collaboration avec le Comité National Olympique allemand, un comité d’organisation, qui voit officiellement le jour le 24 janvier 1933.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec l’arrivée des nazis au pouvoir, c’est pourtant sans surprise que l’on assiste dans tout le Reich à une véritable « fascisation » du sport, qui est mis sous la tutelle de l’État. Dès avril 1933, le général Hans Tschammer und Osten est nommé Reichssportfürher. Rattaché au ministère de l’intérieur, il contrôle tout ce qui touche de près ou de loin au domaine sportif. Dans l’esprit des dirigeants nationaux-socialistes, le sport tient une place particulière dans leur stratégie politique, puisqu’il est destiné à être un instrument du raffermissement du nationalisme allemand. En plus de consolider et d’endurcir la race aryenne, il doit contribuer à servir les ambitions militaires et expansionnistes du Reich, en forgeant une jeunesse destinée à devenir une armée indestructible : « <em>le sport nazi entend donc être l‘antidote à la dégénérescence de la race aryenne et il participe au déploiement d‘un sentiment pangermaniste idéalisant un futur où le peuple allemand, réuni et conquérant, pourra régner sur l‘Europe</em> »2. Ainsi est instauré un système de promotion des exercices physiques, parfaitement huilé, qui touche toutes les couches de la société, en particulier les enfants, qui entament leur formation dès le plus jeune âge.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1931, il y avait objectivement peu de raisons pour le CIO de ne pas porter son choix sur l’Allemagne, qui déployait de larges efforts pour se réconcilier avec le monde de l’olympisme. Pourtant, devant les dérives croissantes opérées par les nazis, nous pouvons nous demander pourquoi le CIO, qui a vocation d’organe suprême, est resté passif, voire a cautionné les méthodes nationales-socialistes.</p>
<p style="text-align: justify;">L’olympisme apparaît, une fois de plus, être victime de ses contradictions initiales. Instrumentalisé, le stade devient le champ clos d’un affrontement, non plus entre athlètes, mais entre nations, qui n’ont d’autre but que la suprématie sportive, traduction de leur puissance extérieure. En outre, lorsqu’il évoque son œuvre, le baron de Coubertin aime à faire l’apologie de la force virile, de la compétition, des vertus d’honneur du drapeau et de la race, amenées à ériger un homme nouveau : « <em>la première caractéristique essentielle de l‘olympisme ancien aussi bien que de l‘olympisme moderne, c‘est d‘être une religion. En ciselant son corps par l‘exercice comme le fait un sculpteur d‘une statue, l‘athlète antique honorait les dieux. En faisant de même, l‘athlète moderne exalte sa patrie, sa race, son drapeau</em> »3. Ces propos présentent des similitudes idéologiques flagrantes avec la doctrine nazie. Hitler et les responsables du mouvement sportif allemand ne manqueront d’ailleurs pas une occasion de se référer aux ambiguïtés des paroles du restaurateur pour justifier leur démarche. Les dirigeants olympiques font eux aussi preuve d’une grande complaisance à l’égard des méthodes du Reich. En effet, sans être des nazis, les Baillet-Latour, Brundage, Sherill ou même Coubertin (qui bien que ne faisant plus partie officiellement de l’organigramme de l’institution, garde une influence certaine, et reste une caution morale incontournable), ne cachent pas leur admiration pour les hommes forts et les régimes musclés. Ainsi, tant pour motifs sportifs (l’Allemagne considérée comme terre d’élection des exercices physiques, et reconnue pour sa capacité à organiser une manifestation d’une telle ampleur), que politiques (leur vision du sport et de l’olympisme se rapproche largement de celle du führer), le CIO s’engage ouvertement pour le maintien des Jeux outre-Rhin. L’olympisme et les nazis trouvent tous deux un intérêt dans cette affaire, Jean-Marie Brohm allant jusqu’à parler de la « rencontre de deux expansionnismes » : « <em>celui de l‘impérialisme hitlérien en quête de prestige et de reconnaissance internationale, avec celui du mouvement olympique cherchant à imposer la religion athlétique, “doctrine philosophico-religieuse“ selon l‘expression de Coubertin</em> »4.</p>
<p style="text-align: justify;">Hitler, qui semble durant les premiers temps peu intéressé par la question des Jeux, est convaincu par son ministre de la propagande, Goebbels, que cet événement représente une « <em>occasion de propagande sans précédent</em> », selon ses propres termes. Le führer lance alors son pays dans l’odysée olympique, en gardant en point de mire deux objectifs principaux :</p>
<p style="text-align: justify;">- d’un côté, il souhaite donner l’image apaisante d’une Allemagne hospitalière et adoucie face aux démocraties.</p>
<p style="text-align: justify;">- d’un autre, il désire utiliser les Jeux comme paravent pour ancrer le régime et réarmer à outrance, en toute impunité.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourtant dès 1933 surgissent les premières interrogations, et les premières inquiétudes. Face aux mesures discriminatoires prises à l’encontre des juifs, plusieurs démocraties posent un cas de conscience : peut-on décemment organiser les Jeux dans un pays ouvertement raciste ? Le CIO, par la voix de son président Baillet-Latour, émet également des réserves, n’hésitant pas à mettre sur la table le problème de la discrimination raciale, et exige des dirigeants allemands des garanties quant au respect de la Charte olympique. Lors de la 31ème session du CIO, qui se tient à Vienne du 7 au 9 juin 1933, les membres allemands de l’instance (Carl Diem, président du CNO allemand, et Theodor Lewald), apportent une notification écrite, émanant du ministre de l’intérieur Frick, attestant que l’Allemagne organisera bien les Jeux suivant le règlement en vigueur. Ces assurances de pure forme ressemblent davantage à une vague promesse, qui n’entravera pas les nazis dans leur entreprise, mais elles suffisent au CIO, qui entérine sa décision de confier les Jeux à Garmisch-Partenkirchen (J.O d’hiver) et à Berlin. Il affleure clairement que les chantres de l’olympisme se voilent la face, réduisant leur intervention à une non-intervention complice : « <em>Il est difficile d‘imaginer complicité plus étroite avec un régime fasciste. Personne n‘ignorait, en effet, et les responsables olympiques encore moins que quiconque, que les nazis concevaient le sport comme une continuation de la politique par d‘autres moyens. [...] Aussi fallait-il une bonne dose de cynisme ou d‘inconscience pour se satisfaire de telles assurances</em> »5. Néanmoins, le durcissement constant du régime national-socialiste inquiète de plus en plus les démocraties : une vaste campagne de boycott va ainsi voir le jour&#8230;</p>
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<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Notes</span></p>
<p style="text-align: justify;">1- Jacques Defrance, « La politique de l‘apolitisme. Sur l‘autonomisation du champ sportif », in <em>Politix</em>, n° 50, 2000, p. 21.</p>
<p style="text-align: justify;">2- Jean Saint-Martin, « Sport, nationalismes et propagande (1918-1939 », in Philippe Tétart (dir.), <em>Histoire du sport en France du second Empire au régime de Vichy</em>, Paris, Vuibert, p. 199.</p>
<p style="text-align: justify;">3- Pierre de Coubertin, « Les assises philosophiques de l‘olympisme moderne » in <em>L’idée olympique</em>, Stuttgart, Carl Diem Institut &#8211; K. Hoffman, 1967, p. 60.</p>
<p style="text-align: justify;">4- Jean-Marie Brohm, <em>1936 &#8211; Jeux Olympiques à Berlin</em>, Bruxelles, Editions Complexe, 1983, p. 15.</p>
<p style="text-align: justify;">5- Jean-Marie Brohm, <em>op. cit.</em>, p. 39.</p>
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