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	<title>Sport Fever &#187; Afghanistan</title>
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		<title>Moscou 1980 &#8211; L&#8217;olympisme dans la tourmente (Partie 3)</title>
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		<pubDate>Thu, 19 Mar 2009 15:49:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les dessous des Jeux &#8211; une nouvelle approche du boycott américain
.
Dans les pays occidentaux, l&#8217;invasion soviétique en Afghanistan est au moment des faits, présentée comme un vaste dessein offensif ayant pour but une occupation stratégique près du Golfe Persique, et le développement du glacis de l&#8217;Union Soviétique. Les gouvernements et médias de l&#8217;époque relaient cette [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4>Les dessous des Jeux &#8211; une nouvelle approche du boycott américain</h4>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;">Dans les pays occidentaux, l&#8217;invasion soviétique en Afghanistan est au moment des faits, présentée comme un vaste dessein offensif ayant pour but une occupation stratégique près du Golfe Persique, et le développement du glacis de l&#8217;Union Soviétique. Les gouvernements et médias de l&#8217;époque relaient cette thèse, et il en va de même pour l&#8217;historiographie contemporaine. En effet, aucun historien du sport ayant traité des Jeux olympiques de Moscou, n&#8217;a remis en cause cette version « officielle » des faits : aucun, avant M. Jérôme Gygax, de l&#8217;Institut universitaire des hautes études internationales de Genève. En travaillant sur de nouvelles sources (notamment les archives de l&#8217;ex-Union Soviétique ouvertes depuis 1993), et sur l&#8217;administration américaine de l&#8217;époque, il a entrepris de mettre à jour le rôle de cette dernière dans l&#8217;intervention soviétique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_368" class="wp-caption alignright" style="width: 234px"><img class="size-medium wp-image-368" title="brzezinski" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/brzezinski-224x300.jpg" alt="Zbiniew Brzezinski" width="224" height="300" /><p class="wp-caption-text">Zbiniew Brzezinski</p></div>
<p style="text-align: justify;">Selon lui, la Maison Blanche, en venant en aide à la rébellion basée au Pakistan, a favorisé « l&#8217;intervention communiste, entraînant les Soviétiques dans le guêpier afghan, un second Vietnam ». Les dires de Zbigniew Brzezinski, proche de Carter, et de l&#8217;ancien directeur de la CIA Robert Gates, apportent des éléments nouveaux quant à la compréhension du problème : « Ils laissent alors supposer une intervention détournée des services de la CIA bien avant le mois de décembre 1979 ». Dans un entretien accordé au Nouvel Observateur en janvier 1998, Brzezinski contredit les arguments qu&#8217;il avançait lui-même au moment des faits, et conforte la thèse nouvelle de l&#8217;aide apportée par les Américains, aux moudjahidins du Pakistan : « C&#8217;est en effet le 3 juillet 1979 que le président Carter a signé la première directive sur l&#8217;assistance clandestine aux opposants du régime pro-soviétique de Kaboul. Et ce jour-là, j&#8217;ai écrit une note au président dans laquelle je lui expliquais qu&#8217;à mon avis cette aide allait entraîner une intervention militaire des Soviétiques ». Ce soutien prend la forme d&#8217;une « covert operation », une opération secrète, mise en place très tôt avec le concours de la CIA de Gates, les déclarations de ce dernier l’attestent : « Carter et compagnie se tournèrent vers la CIA pour des actions secrètes visant la scène intérieure soviétique dès mars 1977 ».</p>
<p style="text-align: justify;">De ce fait, en armant les rebelles islamistes, avec l&#8217;aide du Pakistan et de la Chine (qui ont tous deux des avantages à tirer de la situation, la Maison Blanche se préserve en agissant à couvert, et tend à susciter une résistance contre le régime de Kaboul, qui pourrait s&#8217;étendre à Moscou : « Armer les partis islamistes présente l&#8217;avantage de ne pas impliquer les Américains de façon visible et peut, si l&#8217;action réussit, non seulement déstabiliser l&#8217;Afghanistan, mais également menacer d&#8217;embraser les républiques méridionales musulmanes d&#8217;URSS ».</p>
<p style="text-align: justify;">Le Kremlin lui-même, est bien conscient de ces ingérences dans la résistance contre Kaboul. A l&#8217;occasion des événements d&#8217;Hérat (un grand soulèvement a lieu dans cette ville de l&#8217;Ouest du pays en mars 1979, faisant 5 000 morts), Andrei Gromyko, membre influent du Politburo, déclare : « Des bandes de saboteurs et de terroristes, qui se sont infiltrées par le territoire du Pakistan, entraînées et armées non seulement avec la participation des forces pakistanaises mais aussi de la Chine, des États-Unis, et de l&#8217;Iran, sont en train de commettre des atrocités à Herat ».</p>
<p style="text-align: justify;">Au moment de l&#8217;entrée des troupes en Afghanistan, Moscou évoque d&#8217;ailleurs ces influences extérieures pour justifier son geste. L&#8217;administration Carter dément évidemment. Lors de son interview avec le Nouvel Observateur, le journaliste pose la question suivante à Brzezinski : « Lorsque les Soviétiques ont justifié leur intervention en affirmant qu&#8217;ils entendaient lutter contre une ingérence secrète des États-Unis en Afghanistan, personne ne les a crus. Pourtant, il y avait un fond de vérité&#8230; Vous ne regrettez rien aujourd&#8217;hui ? » La réponse est sans équivoque : « Regretter quoi ? Cette opération secrète était une excellente idée. Elle a eu pour effet d&#8217;attirer les Russes dans le piège afghan et vous voulez que je le regrette ? Le jour où les Soviétiques ont officiellement franchi la frontière, j&#8217;ai écrit au président Carter, en substance : &laquo;&nbsp;Nous avons maintenant l&#8217;occasion de donner à l&#8217;URSS sa guerre du Vietnam&nbsp;&raquo; ».</p>
<p style="text-align: justify;">Ce témoignage de l’un des acteurs principaux de la crise apporte du crédit aux travaux de M. Gygax. Le président Carter condamne le geste soviétique sur la scène internationale, alors qu&#8217;il a favorisé l&#8217;intervention en coulisses. Par la suite, il demande le retrait des troupes, brandissant des sanctions à l&#8217;encontre de Moscou, alors que là encore, il alimente le conflit en augmentant « substantiellement l&#8217;aide militaire au Pakistan dès le mois de janvier 1980 ».</p>
<p style="text-align: justify;">Parmi ces mesures de rétorsion figure le boycott des Jeux olympiques de Moscou, qui semble difficilement compatible avec la volonté affichée de retrait des troupes, objet de l&#8217;ultimatum de Carter. Le 20 janvier 1980, le président américain écrit à Kane : « Le gouvernement soviétique attache une énorme importance politique à la tenue des Jeux olympiques de 1980 à Moscou, et si les Jeux ne se tiennent pas à Moscou du fait de l&#8217;agression militaire soviétique en Afghanistan, ce fort outrage mondial ne pourra être caché au peuple soviétique, et se répercutera autour du globe ».</p>
<p style="text-align: justify;">En s&#8217;attaquant à la société soviétique, au peuple, le boycott prend ainsi une dimension supérieure, et devient une arme politique redoutable.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-369" title="boycottmos" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/boycottmos-191x300.jpg" alt="boycottmos" width="191" height="300" />Suite à cela, Carter mène une dure campagne pour imposer le boycott aux États-Unis, alors que le Comité olympique américain souhaite faire le déplacement à Moscou. Pour s&#8217;adjuger le ralliement de l&#8217;USOC, réticent à sa cause, l&#8217;administration présidentielle exerce des pressions financières, en influant sur ses principaux sponsors, qui menacent rapidement de stopper leurs subventions. La veille du vote qui doit décider de la participation ou non, Carter pousse son chantage encore plus loin, en annonçant qu&#8217;il « supprimera le statut fiscal privilégié dont bénéficie l&#8217;USOC et qu&#8217;il annulera la subvention de 4.2 millions de dollars, non encore allouée par le Congrès, en cas de vote contraire ». Le jour J, une délégation gouvernementale est présente à Colorado Springs, et le vice-président Walter Mondale, prononce un discours dans lequel il compare Moscou à Berlin, faisant ainsi monter la pression : « L&#8217;histoire retient son souffle devant ce qui se joue en ce moment et qui ne représente rien de moins que la future sécurité du monde civilisé ». Au pied du mur, l&#8217;USOC ne peut que s&#8217;aligner sur son gouvernement, en ratifiant le boycott à une large majorité. Les athlètes contredisent pour la plupart la décision de leur président, mais ils sont une nouvelle fois pris en otage par la politique, et ne feront pas le déplacement à Moscou.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Notes</span></p>
<p style="text-align: justify;">Toutes les citations sont extraites des travaux suivants :</p>
<p style="text-align: justify;">- Jérôme Gygax, <em>Le facteur idéologique dans la diplomatie américaine : instrumentalisation des Jeux olympiques dans la nouvelle guerre froide 1980-1984</em>, DEA en relations internationales mention Histoire et politiques internationales, Genève, IUHEI, 2003, 113 f.</p>
<p style="text-align: justify;">- Jérôme Gygax, « Entre enjeux internationaux et nationaux &#8211; Le boycott américain des Jeux de Moscou », in Pierre Milza (dir.), <em>Le pouvoir des anneaux : les Jeux olympiques à la lumière de la politique : 1896-2004</em>, Paris, Vuibert, 2004, pp. 263-297.</p>
<p style="text-align: justify;">- Jérôme Gygax, « Raisons et prétextes au boycott américain des Jeux de Moscou 1980 : covert operation ou engagement militaire en Afghanistan » in <em>Relations Internationales</em>, n° 112, Hiver 2002, pp. 263-297.</p>
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		<title>Moscou 1980 &#8211; L&#8217;olympisme dans la tourmente (Partie 2)</title>
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		<pubDate>Wed, 18 Mar 2009 17:27:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Vers la ruine des Jeux olympiques de Moscou
.
Pour faire du boycott une réussite, il faut pour Carter s’approprier le soutien de l’opinion américaine, mais aussi de la communauté internationale. Il veut en faire une action de grande ampleur, qui prendra la forme d’une sanction exemplaire contre le régime de Moscou. Comme le précise Jérôme Gygax [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4>Vers la ruine des Jeux olympiques de Moscou</h4>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<div id="attachment_362" class="wp-caption alignright" style="width: 211px"><img class="size-medium wp-image-362" title="American President Jimmy Carter" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/carter1-201x300.jpg" alt="American President Jimmy Carter" width="201" height="300" /><p class="wp-caption-text">Jimmy Carter</p></div>
<p style="text-align: justify;">Pour faire du boycott une réussite, il faut pour Carter s’approprier le soutien de l’opinion américaine, mais aussi de la communauté internationale. Il veut en faire une action de grande ampleur, qui prendra la forme d’une sanction exemplaire contre le régime de Moscou. Comme le précise Jérôme Gygax : « Le boycott olympique est choisi comme mesure de représailles pour sa dimension symbolique. Il exprime une condamnation morale qui devrait être adoptée par la communauté internationale […] Le boycott olympique a seul la capacité de mobiliser la sphère publique »1.</p>
<p style="text-align: justify;">Dès le lendemain de l’annonce du 20 janvier, la Chambre des représentants suit Carter dans sa démarche, à une très large majorité (386 voix pour, 12 contre), et est relayée une semaine plus tard par le Sénat (88 voix pour, 4 contre). La population et les médias sont eux aussi, en accord avec leur président2. Seuls le Comité olympique américain, l’USOC, et son président Robert Kane, contestent ces méthodes. Ce dernier refuse l’ingérence de la politique dans le sport : « Si nous commençons à faire de la politique c’est la fin des Jeux »3. Mais il apparaît bien isolé dans son combat, et il cède peu à peu du terrain sous les pressions exercées par le gouvernement. Lloyd Cutler écrit à Jimmy Carter : « La majorité, à l’image du président Robert Kane, se sentent victimes de la pression du président et du Congrès qui les forcent à prendre position »4. Le 27 janvier 1980, la commission exécutive de l’USOC, réunie à Colorado Springs, « accepte à l’unanimité de demander au CIO le déplacement, l’abandon ou le report des Jeux »5.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur la scène internationale, l’Assemblée générale des Nations Unies vote une résolution condamnant largement (par 104 voix contre 18, et 18 abstentions) l’intervention en Afghanistan et exige « un retrait immédiat et inconditionnel des forces soviétiques ».</p>
<p style="text-align: justify;">A Islamabad, les 27 et 28 janvier 1980, au cours de la réunion de l’Organisation des États de la Conférence islamique, réunissant trente-trois pays, on assiste à une dénonciation massive de l’attitude soviétique, qui « porte atteinte aux droits de l’homme et à la liberté des peuples » dans un pays frère. Au final, vingt-neuf d’entre eux décident de s’aligner sur la position américaine, en demandant l’ « arrêt immédiat et inconditionnel » de l&#8217;intervention soviétique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_357" class="wp-caption alignleft" style="width: 260px"><img class="size-full wp-image-357" title="killanin" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/killanin.jpg" alt="Lord Killanin" width="250" height="350" /><p class="wp-caption-text">Lord Killanin</p></div>
<p style="text-align: justify;">C’est un point important marqué par Carter et son administration, qui vont maintenant s’atteler à obtenir le soutien des gouvernements et CNO étrangers : « De gros efforts sont faits pour persuader les autres gouvernements, les comités olympiques et les fédérations sportives internationales de déplacer, annuler ou reporter les Jeux de Moscou 1980 ».6 Cette campagne prend de l’ampleur lors de la réunion des délégués du CIO, le 9 février 1980 à Lake Placid. Lord Killanin, président du CIO, ouvre la séance en faisant l’apologie d’un sport exempté des interférences avec la politique, souhaitant sauver le mouvement olympique d’une nouvelle catastrophe : « Je ne me suis jamais refusé à reconnaître les intrusions de la politique dans le mouvement olympique et je demeure persuadé que nous devons nous y opposer. Nous ne pouvons qu’espérer que les dirigeants politiques de notre monde sauront résoudre leurs différends et éviter ainsi un autre holocauste [...] j’implore tous ceux qui ont des opinions et des sentiments divergents : n’utilisez pas les Jeux olympiques pour diviser le monde, mais pour l’unifier. N’utilisez pas les athlètes pour trouver une solution aux problèmes politiques »7. Le secrétaire d’État américain, Cyrus Vance, lui répond en ne laissant transparaître aucune ambiguïté sur la position américaine : « Mon gouvernement considère que ce serait une violation de ce principe fondamental (la trêve olympique) des Jeux olympiques que de tenir ou d’assister à des Jeux qui se tiendraient dans un pays engagé dans une guerre d’agression et qui a refusé d’obtempérer à l’ordre donné par la communauté internationale de cesser les hostilités. […] Nous nous opposerons à la participation d’une équipe américaine à tous les Jeux olympiques dans la capitale d’un pays envahisseur et demandons que les Jeux soient transférés de la capitale soviétique. Car nous voyons déjà le pays désigné comme hôte des Jeux cet été présenter ce choix comme une reconnaissance de la justesse de sa politique étrangère et de ses énormes services dans la lutte pour la paix ».8</p>
<p style="text-align: justify;">Le but ultime de Carter est clair : il souhaite la ruine des Jeux de Moscou. Cependant, le CIO reste inflexible face à ce qui s’apparente à un « diktat » américain. Faisant suite aux engagements pris par les CNO européens et l’Association des CNO au début du mois, les soixante-treize membres du CIO adoptent à l’unanimité, le 12 février 1980, une résolution confirmant les accords pris à Vienne en 1974. Les Jeux olympiques de 1980 auront bien lieu à Moscou. Cette prise de position satisfait bien évidemment le Kremlin. Mais c’est sans compter sur la détermination du président américain, qui démultiplie les efforts pour trouver des alliés à sa cause.</p>
<p style="text-align: justify;">La Grande-Bretagne et son premier ministre Margaret Thatcher, sont les premiers à apporter leur soutien au boycott. Le 17 janvier 1980, la Dame de fer ose même comparer l’olympiade moscovite à celle de Berlin : « Les Jeux de Moscou, comme en 1936 ceux de Berlin, sont essentiellement utilisés à des fins de propagande. Les athlètes sont des citoyens comme les autres, avec des droits mais aussi des responsabilités »9. Le 18 mars 1980, la Chambre des communes se prononce massivement en faveur de la non-participation (par 315 voix contre 147). Mais le CNO britannique, présidé par Sir Dennis Follows, résiste aux pressions et décide d’envoyer une équipe à Moscou, le 26 mars (par un vote de 18 voix contre 5).</p>
<p style="text-align: justify;">Carter et son administration commencent à craindre un effet « boule de neige », qui aboutirait sur une participation massive des pays de l’Ouest. A Bruxelles, le 22 mars 1980, les seize CNO d’Europe de l’Ouest, « réaffirment leur solidarité envers le CIO et leur opposition à l’organisation de toute compétition sportive qui se présenterait comme un moyen de se substituer aux Jeux olympiques »10 .</p>
<p style="text-align: justify;">Malgré cela, les défections commencent à voir le jour. En RFA, et malgré le désir de Willi Daume (président du CNO d’Allemagne de l’Ouest) d’envoyer une délégation en Union Soviétique, le chancelier Helmut Schmidt choisit de s’aligner sur Washington, et condamne les Jeux de Moscou en ces termes : « L’objectif du mouvement olympique était d’éduquer la jeunesse pour contribuer à un monde meilleur et plus pacifique. Une participation dans la situation actuelle aurait été comprise comme la négation de ces principes olympiques ».11 Le Bundestag vote le retrait (446 voix pour, 8 contre et 9 abstentions), suivi par le CNO le 19 mai (59 voix contre 40).</p>
<p style="text-align: justify;">Le 26 avril 1980, le Canada, dans un premier temps favorable à la participation, se rétracte et décide de ne pas se rendre en URSS (par un vote du CNO, 137 voix pour contre 35).</p>
<p style="text-align: justify;">Aux États-Unis, l’USOC finit par céder aux pressions, et ses délégués réunis à Colorado Springs le 12 avril 1980, finissent par voter le boycott avec une large majorité (1604 voix pour, 797 contre et 2 abstentions).</p>
<p style="text-align: justify;">S’ensuit une pluie de forfaits, avec notamment celui de la Chine Populaire, qui confirme la crise des rapports sino-soviétiques, Israël qui renonce le 22 mai, le Japon le 24…</p>
<p style="text-align: justify;">Finalement, soixante-deux pays prennent position en faveur du boycott. A l’initiative de la France, dix-neuf CNO européens se réunissent à Rome le 3 mai, et posent des conditions à leur engagement : ils exigent qu’il n’y ait pour eux « ni drapeaux, ni hymnes nationaux, ni uniformes, ni discours politiques, et refusent de participer à des manifestations qui ne sont pas strictement sportives afin d’éviter de cautionner la politique ou l’idéologie du pays hôte »12.</p>
<p style="text-align: justify;">Brejnev, sentant le péril fondre sur « ses » Jeux, reçoit Killanin au Kremlin le 7 mai, et fait d’importantes concessions en acceptant notamment cette « dépolitisation » souhaitée par l’Europe de l’Ouest.</p>
<p style="text-align: justify;">En fin de compte, les Jeux olympiques se tiennent bien à Moscou du 19 juillet au 3 août 1980, regroupant quatre-vingt nations. Malgré le boycott, ils sont une réussite pour le Kremlin, qui les transforme en une vitrine du régime. On assiste à un déchaînement de chauvinisme, la ville est bouclée, les effectifs de la milice quadruplés et les dissidents épurés. Les athlètes soviétiques triomphant dans un stade Lénine couvert de rouge, sont le symbole de la grandeur du communisme. L’URSS et les démocraties populaires remportent tout sur leur passage13, confirmant leur suprématie sur le terrain olympique. Mais les anneaux se sont une nouvelle fois désunis, et la prochaine olympiade, qui doit se tenir à Los Angeles en 1984, inspire d&#8217;ores et déjà les plus grandes craintes…</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Notes</span></p>
<p>1- Jérôme Gygax, « Entre enjeux internationaux et nationaux – Le boycott américain des Jeux de Moscou (1980) » in Pierre Milza (dir,), <em>Le pouvoir des anneaux : les Jeux olympiques à la lumière de la politique : 1896-2004</em>, Paris, Vuibert, 2004, p. 275.</p>
<p>2- Pour plus de détails voir <em>Le Matin</em>, 22 janvier 1980.</p>
<p>3- Alain Lunzenfichter, <em>Athènes 1896 – Pékin 2008 : choix épiques des villes olympiques</em>, Anglet, Atlantica, 2002, p. 149.</p>
<p>4- Jérôme Gygax, <em>op. cit.</em>, p, 280.</p>
<p>5- <em>Ibid</em>.</p>
<p>6- <em>Ibid</em>.</p>
<p>7- Voir David Miller, <em>La révolution olympique : portrait de Juan Antonio Samaranch</em>, Paris, Payot, 1993, p. 131 et Henri Charpentier et Alain Billouin, <em>Périls sur les Jeux olympiques : trop vite, trop haut, trop fort ?</em>, Chartres, Le cherche midi, 2004, p. 67.</p>
<p>8- David Miller, <em>op.cit.</em>, p, 131.</p>
<p>9- Jérôme Gygax, <em>op. cit.</em>, p. 280.</p>
<p>10- Henri Charpentier et Alain Billouin, <em>op. cit.</em>, p. 68.</p>
<p>11- Jérôme Gygax, <em>op. cit.</em>, p. 291.</p>
<p>12- Henri Charpentier et Alain Billouin, <em>op. cit.</em>, p. 68.</p>
<p>13- Voir James Riordan, <em>Sports, politics and communism</em>, Manchester, Manchester University Press, 1991, p. 67.</p>
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		<title>Moscou 1980 &#8211; L&#8217;olympisme dans la tourmente (Partie 1)</title>
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		<pubDate>Wed, 18 Mar 2009 16:59:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Reydecali</dc:creator>
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		<description><![CDATA[

1945: la seconde guerre mondiale prend fin, et un «rideau de fer» s’abat sur le continent européen. Deux blocs, celui de l’Ouest et celui de l’Est, chacun sous l’égide d’une superpuissance (les États-Unis et l’URSS), s’opposent dans les années suivantes, en une lutte qui prend la forme d’une «guerre froide». Durant cette période, caractérisée par [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="aligncenter size-full wp-image-351" title="moscou80" src="http://www.sport-fever.com/wp-content/uploads/2009/03/moscou80.jpg" alt="moscou80" width="200" height="283" /></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">1945: la seconde guerre mondiale prend fin, et un «rideau de fer» s’abat sur le continent européen. Deux blocs, celui de l’Ouest et celui de l’Est, chacun sous l’égide d’une superpuissance (les États-Unis et l’URSS), s’opposent dans les années suivantes, en une lutte qui prend la forme d’une «guerre froide». Durant cette période, caractérisée par une instabilité extrême, ponctuée de conflits périphériques et de crises brûlantes, la rencontre quadriennale des Jeux devient rapidement pour les deux grands un instrument politique essentiel dans le conflit glacé qui les oppose, où le symbolique a une part prépondérante. Chaque pays, à son niveau, profite des Jeux pour faire un bilan des progrès réalisés, pratiquer une politique nationale de prestige, et tenter de prendre l’ascendant sur ses rivaux. Tout autour de la planète, d’importants moyens sont mis en œuvre à cet effet. Le bras de fer dans l’enceinte sportive devient la règle au fil des années.</p>
<p style="text-align: justify;">Les oppositions de la guerre froide sont stigmatisées dans les luttes olympiques, comme le note Juan Antonio Samaranch en 1988: « <em>Il est presque impossible d’éviter l’ingérence de la politique dans le sport. Si nous avons un monde en paix, nous aurons un mouvement olympique très tranquille. Si nous avons un monde au bord de la guerre froide, nous aurons beaucoup de difficultés. Je ne suis ni optimiste, ni pessimiste. Je crois que l’avenir du monde olympique dépend beaucoup de celui du monde, et notamment des relations Est-Ouest</em> ».1 Les victoires sont mises en avant par les gouvernements et le tableau des médailles, officiellement interdit, devient une référence. Malgré tout, la détente des années 1970 offre une période de répit. En 1972 à Munich et en 1976 à Montréal, si l’Olympisme est meurtri dans sa chair par les fléaux du terrorisme et du boycott, les superpuissances sont présentes et s’affrontent pacifiquement sur le stade. L’accalmie finie, le renouveau des tensions, caractérisé par l’émergence de la «nouvelle guerre froide», va se cristalliser dans les Jeux, au cours d’un premier épisode : l’olympiade de 1980, organisée au pays des Soviets.</p>
<h4 style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;"> </span>Aux origines du boycott</h4>
<p style="text-align: justify;">Forte de ses progrès constants et de sa domination imposée sur la scène olympique à partir des années cinquante, consciente de l’apport politique que procure la tenue d’une olympiade pour un pays, c’est tout naturellement que l’Union Soviétique se pose en candidate pour organiser ses propres Jeux olympiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Dès 1970, Moscou présente un projet mais est submergée par Montréal, qui se voit octroyer l’investiture de 1976. Loin de se décourager, les Soviétiques préparent un nouveau programme, mieux élaboré, pour 1980. Le vote doit avoir lieu à Vienne, où se tient la 75è session du CIO, le 23 octobre 1974. Tous les éléments sont réunis pour aboutir à un succès communiste. Moscou a pour principal adversaire Los Angeles, qui a déjà organisé les Jeux de 1932. Après le Canada, il semblerait normal que la flamme se déplace cette fois sur le Vieux Continent. De plus, l’URSS a fait briller le rouge au sommet de l’olympisme, de par ses performances, mais aussi parce qu’elle met un point d’honneur à promouvoir la perfection sportive dans son pays comme autour de la planète : « <em>Ses millions de sportifs, ses centaines de médaillés olympiques et l’ensemble de ses installations sportives, dont on ne trouve nulle part ailleurs l’équivalent, plaident pour les Soviétiques</em> ».2</p>
<p style="text-align: justify;">D’autre part, la session de Vienne se tient dans un contexte qui marque l’apogée de la détente. Les Américains viennent de se retirer du Vietnam, les deux superpuissances signent plusieurs accords bilatéraux, notamment sur la prévention de la guerre nucléaire, et la conférence d’Helsinki pointe à l’horizon :  « <em>En 1974 la plupart des pays de l’Ouest ont voté pour Moscou. Si cela avait été un vote politique, le CIO, dont la base est conservatrice, aurait voté différemment. Mais c’était le sommet de la détente Est-Ouest et, de toute façon, le vote reposait sur des considérations sportives</em> ».3</p>
<p style="text-align: justify;">Tout semble aller dans le sens d’un triomphe moscovite, et même si certains membres conservateurs du CIO peuvent être réfractaires à cette idée, il semble difficile de refuser l’investiture olympique à la capitale soviétique. Jérôme Gygax précise d’ailleurs : «<em> Ne pas accorder les Jeux à l’URSS, et ce malgré l’excellence de la candidature sportive soviétique, pouvait [...] être perçu comme un refus d’intégrer les pays socialistes dans le mouvement olympique, légitimant l’antagonisme des blocs idéologiques sur le plan sportif</em> ».4</p>
<p style="text-align: justify;">Le vote est ainsi sans surprise, offrant la victoire à Moscou avec une marge très confortable : « <em>On avance le chiffre de 39 voix pour Moscou contre 22 à Los Angeles, ce qui semble bien surprenant. Plus exact paraît être le score de 49 à 12, puisé de bonne source</em> ».5 Les dirigeants soviétiques, Brejnev en tête, sont ravis, et entendent faire des Jeux un spectacle grandiose. Mais des voix contestatrices vont émerger, objectant la tenue du rassemblement olympique en URSS.</p>
<p style="text-align: justify;">Aux États-Unis, dès 1974, quarante membres du Congrès s’élèvent contre Moscou. C’est le début d’une longue campagne anti-soviétique au pays de l’Oncle Sam, menée à divers échelons. Zbigniew Brzezinski, conseiller aux Affaires de Sécurité nationale du président Carter, soutient des démarches effectuées auprès de l’URSS, ayant trait au respect des droits de l’homme et à la cessation de la ségrégation politique, notamment celle du sénateur du Minnesota, Wendell Anderson. Celui-ci, dans une résolution datée du 18 juillet 1978 , indique que «<em> de récents événements en Union Soviétique ont montré que la discrimination politique serait la toile de fond des Jeux olympiques s’ils se tiennent en URSS. Organiser une telle compétition dans un tel environnement relève de la dérision et représente une insulte à l’esprit des Jeux olympiques</em> ».6 Ces idées sont reprises par des syndicats, comme l’AFL-CIO, qui milite contre la participation des pays «libres». Son président, George Meany, demande même le 8 août 1978, le transfert des Jeux dans une autre ville tout en refusant un poste honorifique à l’USOC (Comité Olympique américain).</p>
<p style="text-align: justify;">Les médias ont également un rôle essentiel dans cette campagne. Journaliste à la <em>National Review</em>, James Burnham amalgame l’olympiade moscovite à celle de Berlin en 1936, à la différence près qu’au lieu d’être une vitrine du nazisme, les Jeux feraient cette fois « <em>l’apologie du communisme</em> ».7 Des témoignages de dissidents paraissent dans les organes de presse. Alexander Ginzburg, poète et journaliste exilé aux États-Unis, plaide en faveur du retrait des Jeux soviétiques. Vladimir Boukovsky et Vladimir Skutina, anciens prisonniers politiques, partagent le même point de vue, en témoignent les paroles de ce dernier publiées dans <em>Le Monde</em>, en 1979 : « <em>Je trouve qu’il est absolument juste que Vladimir Boukovsky ait lancé un appel pour boycotter les Jeux olympiques de Moscou. Il est absurde, illogique et paradoxal d’apporter la flamme olympique et d’autres symboles olympiques dans la capitale d’un état totalitaire et le plus cruel de l’histoire de l’humanité</em> ».8</p>
<p style="text-align: justify;">Autour du globe, les échos de cette campagne se font également ressentir. En Grande-Bretagne, le parti libéral prône le boycott « <em>en protestation de la persécution des dissidents soviétiques</em> ». Même rhétorique en Israël, où le Premier ministre Menahem Begin, avec l’appui du lobby américain, condamne le choix du CIO « <em>en raison des restrictions faites aux Juifs soviétiques d’émigrer en Israël </em>».</p>
<p style="text-align: justify;">Toutes ces contestations ne peuvent cependant suffire à engendrer un boycott de grande envergure. La crise afghane va en être l’amorce.</p>
<h4 style="text-align: justify;"><strong>La crise afghane, élément déclencheur</strong></h4>
<p style="text-align: justify;">L’Afghanistan, situé dans la région stratégique de l’Asie du Sud-Ouest, est pris dans les soubresauts de la guerre froide dès le début des années 1950. En conflit avec son voisin pakistanais à propos de leur frontière commune, il se retrouve dans une situation délicate lorsque la Maison Blanche décide de s’allier avec le gouvernement d’Islamabad (du fait que le Pakistan possède un accès à la mer par le port de Karachi, et n’a pas de frontière commune avec l’URSS). Les dirigeants afghans se tournent ainsi naturellement vers le voisin soviétique, capable de les aider économiquement et de leur fournir des armes.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1973, Mohammed Daoud accède à la présidence, avec le soutien du parti communiste afghan, le Parcham. Celui-ci, mené par Nur Mohammed Taraki et Hafizullah Amin, fomente un coup d’état le 27 avril 1978, supprime Daoud et proclame la République démocratique d’Afghanistan. Le Parti communiste est désormais officiellement au pouvoir, mais cette nouvelle donne n’entraîne pas de réaction immédiate de la part des États-Unis. En effet, cette affaire ne change pas fondamentalement le jeu des alliances traditionnelles dans la région, l’Afghanistan se trouvant dans la mouvance soviétique depuis longtemps. De plus, les Américains restent en position de force du fait de leurs unions, avec le Pakistan d’un côté et l’Iran de l’autre. Leurs intérêts dans le Golfe Persique ne peuvent être menacés à ce moment. Les événements vont cependant s’enchaîner rapidement par la suite.</p>
<p style="text-align: justify;">En décembre 1978, Taraki signe un « Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération entre l’URSS et la République démocratique d’Afghanistan », plaçant officiellement son pays dans la sphère d’influence de Moscou. Un refroidissement des relations américano-afghanes se fait dès lors sentir, en témoignent les propos de Taraki : « <em>Après ma visite en Union Soviétique et la signature d’un traité très important entre nos pays, les impérialistes américains et autres réactionnaires devinrent fortement antagonistes à la République démocratique d’Afghanistan. Ils ont compris que l’Afghanistan avait finalement été perdu par l’Ouest</em> ».9</p>
<p style="text-align: justify;">De plus, le Shah d’Iran, Mohammad-Réza Palavi, est renversé en février 1979. Le pouvoir bascule entre les mains de l’ayatollah Khomeiny, qui instaure une République islamique. Les États-Unis perdent ainsi leur principal allié &#8211; avec Israël &#8211; dans la région, et s’inquiètent pour l’avenir. Dans le même temps, la révolte populaire gronde en Afghanistan, les méthodes des dirigeants qui visent à imposer un régime socialiste par la force étant de plus en plus contestées. La résistance islamiste s’organise à partir du Pakistan et Taraki perd peu à peu le contrôle du pays. Au départ réticents à une intervention militaire, malgré les appels à l’aide de Kaboul, les Soviétiques se voient contraints de revoir leurs plans lorsque Taraki est assassiné, le 16 septembre 1979, par Amin qui prend le pouvoir. Ce dernier est vu d’un mauvais œil par le Kremlin qui craint le basculement de l’Afghanistan à l’Ouest, comme le précise cette lettre d’Andropov (alors à la tête du KGB) à Brejnev : « <em>Après le coup d’état et le meurtre de Taraki en septembre de cette année, la situation en Afghanistan a commencé à prendre une tournure indésirable pour nous [...] Au même moment, des informations alarmantes ont commencé à nous parvenir à propos des activités secrètes d’Amin, nous avertissant d’un possible revirement politique vers l’Ouest</em> ».10</p>
<p style="text-align: justify;">Redoutant, en outre, une intervention militaire indirecte des États-Unis via l’Iran où la tension est à son paroxysme, craignant de perdre un régime allié près de la frontière méridionale en plus de vouloir garder une certaine cohérence en matière de politique étrangère (en venant au secours d’un régime communiste en péril), les dirigeants du Politburo décident d’envahir l’Afghanistan le 6 décembre 1979. Ils mettent en place un nouveau gouvernement, dirigé par Babrak Karmal, un homme choisi par le Kremlin. Moins d’un mois plus tard, le 27 décembre, les blindés franchissent la frontière. Une grave crise s&#8217;ouvre alors.</p>
<p style="text-align: justify;">Jimmy Carter, président des États-Unis depuis 1977, rompt peu à peu avec les idéaux de la détente, mettant en avant la défense des droits de l’homme, dans une lutte idéologique avec les communistes. Dans la logique de refroidissement des relations américano-soviétiques, qui prévaut à la veille des années 1980, l’invasion de l’Afghanistan est un événement majeur, lourd de conséquences. Empêtré dans l’affaire des otages de Téhéran et ayant en point de mire l’élection présidentielle de fin d’année, Carter ne veut pas laisser passer cette occasion de condamner l’Union Soviétique devant la communauté internationale. Présentée comme une opération offensive d’envergure qui permet une prise de position près du Golfe Persique, apparentée également à une violation du droit des peuples, l’invasion soviétique est immédiatement dénoncée par le président Carter. Dans son annonce du 4 janvier 1980, qui fait état de sanctions prises à l’égard de l’URSS (embargos sur le blé et les matières technologiques en particulier), apparaît pour la première fois la possibilité d’un boycottage des Jeux olympiques de Moscou : « <em>Bien que les États-Unis préféreraient ne pas se retirer des Jeux olympiques prévus à Moscou cet été, l’Union Soviétique doit comprendre que la continuation des actions agressives va mettre en danger et la participation des athlètes et le voyage à Moscou des spectateurs qui, normalement, aimeraient assister aux Jeux olympiques </em>».11</p>
<p style="text-align: justify;">La menace devient effective le 20 janvier 1980. A cette occasion, Carter pose, lors d’une allocution télévisée, un ultimatum à l’adresse de Moscou. Il fixe le délai du retrait des troupes soviétiques à un mois. Au cas contraire, les athlètes à la bannière étoilée ne se rendront pas aux Jeux : « <em>Si dans un mois au plus tard, le 20 février, vos soldats n’ont pas évacué l’Afghanistan, l’équipe olympique américaine n’ira pas à Moscou et nous demanderons aux autres pays de s’abstenir aussi</em> ».12</p>
<p style="text-align: justify;">Il écrit ensuite à Robert Kane (président de l’USOC) : « <em>Je vous demande solennellement d’aviser le Comité international olympique que si les troupes soviétiques ne quittent pas l’Afghanistan dans le prochain mois, Moscou ne peut être le cadre d’une organisation qui a pour but de promouvoir la paix et la bonne volonté</em> »13. Dès lors s’engage une course contre-la-montre, dont le but avoué est la ruine de l’olympiade moscovite.</p>
<p><span style="color: #ffffff;">.</span><span style="text-decoration: underline;">Notes </span></p>
<p style="text-align: justify;">1- <em>Le Monde</em>, 21 juillet 1988.</p>
<p style="text-align: justify;">2- Alain Lunzenfichter, <em>Athènes 1896 – Pékin 2008 : choix épiques des villes olympiques</em>, Anglet, Atlantica, 2002, p. 144.</p>
<p style="text-align: justify;">3- Lord Killanin, <em>My Olympic years</em>, Londres, Secker et Warburg, 1983, p. 168.</p>
<p style="text-align: justify;">4- Jérôme Gygax, « Entre enjeux internationaux et nationaux – Le boycott américain des Jeux de Moscou (1980) » in Pierre Milza (dir,), <em>Le pouvoir des anneaux : les Jeux olympiques à la lumière de la politique : 1896-2004</em>, Paris, Vuibert, 2004, p. 263.</p>
<p style="text-align: justify;">5- Alain Lunzenfichter, <em>op. cit.</em>, p. 145.</p>
<p style="text-align: justify;">6- Jérôme Gygax, <em>op. cit.</em>, p. 266.</p>
<p style="text-align: justify;">7- Alain Lunzenfichter, <em>op. cit.</em>, p. 148.</p>
<p style="text-align: justify;">8- Jérôme Gygax, <em>op. cit.</em>, p. 267.</p>
<p style="text-align: justify;">9- Jérôme Gygax, « Raisons et prétextes au boycott américain des Jeux olympiques de Moscou 1980 : covert operation ou engagement militaire en Afghanistan » in <em>Relations Internationales</em>, n° 112, Hiver 2002, p. 495.</p>
<p style="text-align: justify;">10- <em>Ibid.</em>, p. 501.</p>
<p style="text-align: justify;">11- Jérôme Gygax, « Entre enjeux internationaux et nationaux – Le boycott américain des Jeux de Moscou (1980) » in Pierre Milza (dir,), <em>Le pouvoir des anneaux : les Jeux olympiques à la lumière de la politique : 1896-2004</em>, Paris, Vuibert, 2004, p. 265.</p>
<p style="text-align: justify;">12- <em>Ibid.</em>, p. 275.</p>
<p style="text-align: justify;">13- Henri Charpentier et Alain Billouin, <em>Périls sur les Jeux olympiques : trop vite, trop haut, trop fort ?</em>, Chartres, Le cherche midi, 2004, p. 66.</p>
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